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L'Atlantide a bien existé: il suffit de lire Platon pour savoir où elle était

Il semblerait, à la lecture de Platon, que l'Atlantide n'ait pas tout à fait été catastrophiquement engloutie sous les flots| REUTERS/Victor Fraile

Il semblerait, à la lecture de Platon, que l'Atlantide n'ait pas tout à fait été catastrophiquement engloutie sous les flots| REUTERS/Victor Fraile

Dans son ouvrage «Meet Me in Atlantis: My Obsessive Quest to Find the Sunken City», le journaliste américain Mark Adams a voulu distinguer le mythe de l'île engloutie de la réalité. Extrait.

Stavros Papamarinopoulos pourrait être un personnage d’un roman de John le Carré. Il m’avait donné rendez-vous dans de grands bureaux vides, propriété d’un ami économiste, dans la ville portuaire et très peu tendance de Patras. J’avais fait le trajet en bus depuis Athènes, il m’avait fallu quatre heures pour arriver sur place. Stavros Papamarinopoulos est professeur de géophysique à l’université de Patras. C’est aussi l’expert le plus respecté au monde au sujet de l’Atlantide.

C’était une belle journée ensoleillée, comme souvent en Méditerranée. Par les fenêtres ouvertes nous arrivaient le chant des cigales, le bourdonnement de la circulation et l’air de la mer ionienne, à seulement quelques rues en contrebas. «Je vais vous poser une question, me dit Stavros Papamarinopoulos en s’appuyant sur la table de conférence qui nous séparait. Qui a défini la science?»

«C’est Platon, dans Phèdre», répondis-je, en omettant de préciser que je ne l’avais appris que deux heures auparavant, dans l’un des livres de Stavros Papamarinopoulos que j’avais lus dans le bus en venant, mais je pense qu’il s’en est douté. En effet, dans Phèdre, Platon montre un Socrate qui explique comment un sujet peut être isolé puis divisé en éléments plus petits afin d’être analysé pour devenir compréhensible.

«Parfait! Si vous savez ça, vous connaissez au moins un peu Platon.» Il prononçait «Plato» à la grecque, ce qui accentuait encore la stature du personnage.

«Platon a aussi défini la mythologie. Il faisait une différence entre les mythes authentiques et les mythes fabriqués. Il est donc recommandé de se demander si l’Atlantide est un mythe authentique ou fabriqué.»

«Mythe authentique»

L’emploi du mot mythe est quelque peu risqué, parce qu’il recouvre plusieurs sens. Le plus courant, du moins auprès du grand public, est celui de quelque chose qui est généralement perçu comme vrai alors qu’il est, en fait, faux (comme quand Kermit explique dans Les Muppets, le film que, contrairement à la croyance populaire, on n’attrape pas de verrues en touchant une grenouille). Ce que Stavros Papamarinopoulos qualifie de «mythe fabriqué» est une histoire inventée, le type de récit dont Platon dit, dans sa République, qu’ils sont pour les enfants.

Pour les folkloristes (et les anthropologues comme Stavros Papamarinopoulos), la définition du mythe qui importe est celle d’une histoire très ancienne, souvent pleine d’éléments surnaturels, qui explique un événement ou un phénomène d’autrefois. Les mythes de ce type incluent généralement des vérités historiques, telles que le mythe de la guerre de Troie raconté par Homère dans L’Iliade, qui a amené l’archéologue allemand Heinrich Schliemann à trouver les ruines de Troie en Turquie au XIXe siècle.

Entre autres réalisations, Stavros Papamarinopoulos a mené à bien des études sismiques afin de vérifier la véracité d’une histoire incroyable contée par Hérodote (selon laquelle le roi de Perse Xerxés aurait ordonné à ses hommes de creuser à travers l’Akté un canal assez grand pour y laisser passer deux vaisseaux de guerre). C’est ce que Stavros Papamarinopoulos qualifie de «mythe authentique». Non content de répéter à plusieurs reprises que l’Atlantide est réelle, Platon ajoute que «le fait qu’il ne s’agisse pas d’une fable inventée mais d’une histoire authentique est très important».

Platon, Athènes et l'Atlantide

Les éléments les plus mémorables du récit de Platon sur l’Atlantide sont bien sûr ceux où il décrit l’essor et la chute soudaine d’une mystérieuse civilisation perdue: son immense flotte, ses anneaux concentriques alternant terre et eau, ses temples recouverts d’or, son engloutissement catastrophique sous les flots. Stavros Papamarinopoulos a regardé de très près ce qu’a dit Platon à propos de l’ennemie trop souvent oubliée d’Atlantide: Athènes.

«Dans La République, Platon présente une Athènes imaginaire, m’a-t-il dit en faisant référence à l’État idéal selon le philosophe. Mais dans le Critias [l’un des deux dialogues dans lesquels Platon narre l’histoire de l’Atlantide], il présente la véritable Athènes.»

L’Athènes de l’Atlantide, a-t-il ajouté, «a été authentifiée par des preuves géologiques et archéologiques».

Authentifier est un mot assez risqué lorsqu’on l’emploie conjointement à l’Atlantide. Il est intéressant, néanmoins, de voir de quelle manière Platon accumule ce qui semble d’abord être une somme de détails sans importance sur Athènes dans l’histoire de l’Atlantide.

Il explique que l’Acropole avait auparavant été le site d’un château fortifié mycénien, très différent de la collection de temples et bâtiments de pierre de l’âge d’or que l’on peut voir aujourd’hui. En ces temps reculés, comme l’explique le narrateur Critias, les guerriers passaient l’hiver ensemble dans des bâtiments simples, situés du côté nord du plateau. Ces soldats puisaient leur eau dans une source qui «fournissait alors à toute la ville une eau abondante», mais qui se tarit lorsqu’Athènes fut touchée par un important tremblement de terre. Ce séisme fut accompagné par des pluies torrentielles qui ravagèrent le fertile sol grec, laissant derrière elles une terre semblable au «squelette d’un corps décharné par la maladie». Le langage écrit mourut, parce que, lorsque «les dieux purgèrent la terre avec un déluge d’eau, les survivants furent des vieillards et des bergers qui vivaient dans les montagnes. Mais ceux qui vivaient dans les cités furent happés par les rivières et transportés jusqu’à la mer».

L’Athènes de l’Atlantide a été authentifiée par des preuves géologiques et archéologiques

Stavros Papamarinopoulos, professeur de géophysique à l'université de Patras et spécialiste de l'Atlantide

Détails précis

Il y a encore assez peu de temps, la moitié du récit de Platon était presque entièrement ignorée par les Atlantologues. Pourtant, les descriptions détaillées que fait Platon de l’ancienne cité mycénienne (dont les ruines étaient enterrées depuis plusieurs siècles lorsqu’il écrivit le Critias et dont il ne subsiste aucune trace écrite) se sont avérées remarquablement précises.

Dans les années 1930, alors qu’il menait des fouilles à l’Acropole, l’archéologue Oscar Broneer localisa une source souterraine qui avait, de toute évidence, était tarie par les débris d’un tremblement de terre. Les vestiges trouvés au fond de la source dataient de 1.200 avant J.-C. environ. Des habitations de l’époque mycénienne, semblables à celles utilisées par les anciens guerriers de Platon, ont aussi été mises au jour du côté nord du plateau, soit exactement là où Platon les avait situées dans le Critias.

D’après Stavros Papamarinopoulos, cela peut dire deux choses. Soit Platon a inventé des détails incroyablement précis à propos de l’Athènes mycénienne, ce qui est extrêmement peu probable, soit il a reproduit fidèlement des informations qui lui ont été transmises oralement. Par conséquent, d’après Stavros Papamarinopoulos, la moitié au moins du récit sur l’Atlantide est fondée sur des faits.

«Il y a peut-être certaines imprécisions ou exagérations, mais les informations essentielles ont été vérifiées et prouvées. Ignorer ces 50% relève d’un grand manque de rigueur scientifique.»

Lecture superficielle

Stavros Papamarinopoulos affirme que la plupart de ceux qui doutent de l’Atlantide, coincés dans leurs certitudes, ont été induits en erreur par leur paresse intellectuelle. «Ils prennent pour acquis que l’Atlantide est une île gigantesque au milieu de l’océan Atlantique», m’a-t-il dit d’un ton exaspéré. C’est pour lui le résultat d’une lecture superficielle de l’œuvre de Platon en grec ancien.

Stavros Papamarinopoulos affirme que la quête de l’Atlantide est née de l’utilisation par Platon du mot de grec ancien «nesos», presque toujours traduit par «île».

«Je connais le grec ancien, m’a-t-il dit en s’allongeant dans son fauteuil. Je sais lire et écrire le grec ancien. Au VIe siècle avant J.-C. [lorsque l’histoire de l’Atlantide apparut pour la première fois], le mot nesos avait cinq sens géographiques différents.» Il commença à les compter sur ses doigts:

«Un, une île, comme nous le savons. Deux, un promontoire. Trois, une péninsule. Quatre, une côte. Cinq, une terre à l’intérieur d’un continent, entourée de lacs, de rivières ou de sources.

 

Eu égard à cette définition, Hawaï pourrait remplir les conditions pour être qualifiée de nesos… Mais ce serait aussi le cas de l’Utah, de la Floride, de la Californie et du Minnesota. Le pont que j’avais traversé en bus ce matin en était un exemple encore plus parlant. Le nom Péloponnèse, sans doute la péninsule la plus célèbre de toute l’histoire occidentale, signifie littéralement Île de Pélopos

Colonnes d'Hercule

«Mais alors, si l’Atlantide n’était pas au milieu de l’Atlantique, où était-elle?» demandai-je.

«Qui étaient les Atlantes? Platon a donné un même nom à une coalition de différentes nations venues envahir l’est de la Méditerranée. Les noms de ces peuples sont inscrits en hiéroglyphes à Médinet Habou, sur une stèle de granit commémorant une victoire.»

Si vous suivez Platon, vous allez tout droit à la péninsule ibérique. Cela correspond exactement à sa description. Comme une pièce de puzzle

Pr. Stavros Papamarinopoulos

Médinet Habou est l’un des plus grands trésors archéologiques de l’Égypte. Temple mortuaire du grand pharaon Ramsès III (qui régna plus ou moins de 1186 av. J.-C. à 1155 av. J.-C., il abrite certains des plus spectaculaires hiéroglyphes de l’histoire. Stavros Papamarinopoulos pense que ces envahisseurs, auxquels les historiens font habituellement référence en les qualifiant de «peuples de la mer», étaient venus d’une «nesos» qui n’était pas une île mais une gigantesque péninsule regroupant tout le continent européen à l’ouest de l’Italie.

«Si vous suivez Platon, vous allez tout droit à la péninsule ibérique, parce que c’est là où le texte vous mène. Littéralement! Il décrit une vallée plate et allongée entourée de montagnes. Ces montagnes sont la Sierra Nevada et la Sierra Morena. La vallée a la même position et la même orientation. Cela correspond exactement à la description de Platon. Comme une pièce de puzzle.»

Cette hypothèse correspond également parfaitement à un autre détail donné par Platon, selon lequel l’Atlantide aurait été située «face aux Colonnes d’Hercule», appellation qui désigne généralement le détroit de Gibraltar. Quand au récit de la «nesos» engloutie sous les flots, il faut signaler que la région a déjà été soumise à des épisodes sismiques. En 1755, une vague causée par le redoutable tremblement de terre de Lisbonne avait été estimée à près de 10 mètres, soit une hauteur comparable à celle du tsunami de Fukushima en 2011.

«Ce sont des inondations extraordinaires qui suivent des séismes extraordinaires, m’a expliqué Stavros Papamarinopoulos. Tout ce qui se trouvait sur la côte a donc été détruit en un jour et une nuit seulement. C’est ça, la catastrophe qui a détruit l’Atlantide.»

Passage vers le continent

Néanmoins, une partie du texte de Platon m’a toujours laissé perplexe. L’Atlantide, écrit-il, était un passage vers d’autres îles, permettant de rejoindre ensuite la totalité de l’autre continent, qui entoure l’océan «véritable» (la mer fermée par les colonnes d’Hercule n’étant qu’un port, comme le prouve son entrée étroite, tandis que «là-bas s'étend un océan véritable et la terre qui l'entoure peut être appelée continent au plein sens du terme»).

«Platon n’a pas employé le mot océan. Il l’a appelé panpelagos, soit “mer infinie”, m’a signifié Stavros Papamarinopoulos. Il parle de la traversée hypothétique du panpelagos et seulement après vous avez le continent.»

Contrairement à la croyance populaire, Platon n’a donc jamais employé le mot continent pour décrire l’Atlantide disparue. En vérité, il a utilisé pour une seule et unique fois trois adverbes pour décrire le continent infini situé de l’autre côté du «panpelagos»: totalement, correctement et véritablement.

«Si vous allez à l’ouest de l’Atlantide, indique Stavros Papamarinopoulos, vous rencontrerez –totalement, correctement et véritablement– un territoire gigantesque. C’est votre pays.»

Je me suis arrêté en plein milieu de la phrase que j’étais en train d’écrire et j’ai levé les yeux vers Stavros Papamarinopoulos. «Quoi?! Platon parlait de l’Amérique?»

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