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Le journal intime d'une Berlinoise au printemps 1945

Katiouchas soviétiques bombardant les poches de résistance allemandes, avril 1945 via Wikipedia

Katiouchas soviétiques bombardant les poches de résistance allemandes, avril 1945 via Wikipedia

Le 21 avril 1945, l'Armée rouge marche sur Berlin, au terme de six jours de combats au nord de la capitale allemande. Les 800.000 soldats allemands qui protègent les frontières de la ville ne font pas le poids face aux 2,5 millions de soldats russes qui arrivent à la mi-avril avec 6.250 blindés, 7.500 avions et 41.600 pièces d'artillerie. En désespoir de cause, les nazis envoient même des membres des jeunesses hitlériennes et des hommes âgés au combat. En vain.

C'est dans une ville dévastée par plus de 300 bombardement qu'arrivent les troupes soviétiques. Pour les 2,7 millions de Berlinois qui s'y trouvent alors –ils était 4,3 millions au début de la guerre– la libération de leur ville sera un cauchemar.

Le quotidien berlinois Der Tagesspiegel publie cette semaine des extraits d'un témoignage inédit: le journal intime d'une Berlinoise de 31 ans, Eva Zimmermann, rédigé au printemps 1945. Dix pages manuscrites que son fils Hubert Zimmerman, né en 1949, a remis au quotidien.

Eva Zimmermann a rédigé ses souvenirs de la libération de Berlin le 8 mai 1945, date de la capitulation de l'Allemagne. Malgré le traumatisme qu'elle a subi à cause des exactions de l'Armée rouge ces dernières semaines, elle écrit:

«Aujourd'hui, le 8 mai, l'Allemagne a capitulé. Ainsi ce n'est pas seulement notre pays natal mais le monde entier qui est libéré du régiment de terreur des nazis. Mais qu'avons-nous vécu dans les jours qui ont précédé cette fin?! La plume devient hésitante, quand on y pense! Et peut-on du reste coucher ça sur le papier, l'atroce, l'abominable?»

Le 22 avril, soit un jour après l'arrivée de l'Armée rouge, Eva Zimmermann et sa soeur cadette Elsa, 28 ans, déménagent en catastrophe dans l'appartement de leurs parents dans le quartier de Schöneberg, après qu'on leur a coupé électricité, gaz, et eau. Deux jours plus tard, elles apprennent que leur ancien immeuble brûle sous les bombes. Eva Zimmermann échappe de peu à la mort en aller cherchant de l'eau dehors. Elle s'en tire avec sept blessures superficielles causées par des éclats de grenade.

Cinq jours plus tard, les soldats russes débarquent dans leur immeuble. Tous les habitants sont réfugiés dans la cave. Les soldats soviétiques traquent les soldats allemands, mais s'installent provisoirement dans l'immeuble, pillant consciencieusement tout ce qu'il reste dans les appartements. C'est là que le cauchemar commence pour Eva Zimmermann et les siens:

«Mais le pire, c'était la traque des jeunes femmes. Un soldat a prétexté être blessé au pied. Il a demandé de l'aide pour être soigné. Fräulein Dr. Möbius était immédiatement prête. Étrangement, Frau Schneider n'a pas eu le droit de l'accompagner. Quand elle revint, elle était décontenancée. Elle a enlevé son bandeau avec la croix rouge et n'a plus jamais voulu qu'on s'adresse à elle en tant que médecin. Elle a été la première victime de notre maison. Après ça n'a pas arrêté. L'âge ne jouait plus aucun rôle, que les femmes aient 60 ou 16 ans. Il ne s'agissait plus que de: "Femme, viens". Les cris, les pleurs et les supplications resteront à jamais dans mes oreilles –et ma propre peur– comment peut-on l'oublier?»

Les soldats soviétiques ne sont pas les seuls à avoir massivement violé les femmes à la fin de la Seconde Guerre mondiale, rappelait récemment l'hebdomadaire Focus à l'occasion de la parution d'un livre de l'historienne allemande Miriam Gebhardt consacré à ces exactions. D'après elle, 860.000 femmes auraient été violées en Allemagne par les soldats alliés.

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