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Le retour du vieux beau

© Stylist

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Stark peut aller pointer chez Ikea avec Matali Crasset. La seule grande prêtresse de la déco, c’est notre grand-mère, qui avait soixante ans d’avance sur la tendance.

Aussi inépuisable qu’un Lance Armstrong période EPO, la tendance vintage a fini par transformer nos intérieurs en appart de grand-mère. Le fixie côtoie le fauteuil en rotin dans le salon, le MacBook Air est posé sur l’enfilade en teck, la fibre optique bien fixée au mur tapissé de papier peint, dans une schizophrénie futuro-passéiste foutraque. Car si notre nostalgie mitterrandienne est partout, recouvrant les oreillers de fleurs, les tables de Formica et les murs d’assiettes paysages, nous n’en avons pas moins le sens du goût et de notre époque. Stylist vous explique comment faire du vieux avec du neuf. 

1.La quincaillerie

Jadis: le bruit de la louche à soupe en fer claquant sur nos fesses parce que nous avions osé dire que Mémé ressemblait à Sim, la tapette à mouche fendant l’air avant d’atteindre la cible, juste entre notre assiette de cassoulet et notre verre Pyrex.

Dès que nos parents nous déposaient sur le pas de la porte de la maison de campagne de nos aïeux, on se sentait comme Al Pacino dans Cruising: en milieu hostile.

La preuve que ça revient: après le café/galerie d’art ou le café/boutique de fringues, voilà que débarque le café/quincaillerie. La boutique parisienne Merci, ouverte en 2009, a été la première à proposer cette hybridation improbable. L’enseigne a organisé du 24 septembre au 15 octobre 2014 au forum des Halles une expo-vente avec Found Muji, l’espace quincaillerie du géant nippon. Alternative plus sympa que le bazar «touta1balle» en bas de chez nous, le café Smörgås et sa Trésorerie, une quincaillerie où l’on peut s’émerveiller devant des objets du quotidien aussi normcore qu’une pelle à poussière en bois ou une paire de ciseaux en laiton. 

Pour Sara Guedj, co-fondatrice de l’e-shop déco IrèneIrène, «ces quincailleries bobos permettent de mettre en avant des produits oubliés et des industries qui continuent à créer de petits miracles, le plus souvent bien plus efficaces que leurs équivalents en supermarché».

Le twist qu’on aime? Revenir à des matières plus «nobles» que le plastoc. Gageons qu’une passoire en émail, ça a quand même plus de gueule qu’une essoreuse à salade en plastique achetée 5 euros à GiFi.

À chiper à shopper:

  1. Poignées de porte en céramique et fer, Anthropologie, 50€
  2. Louche en émail marbré, Merci, 10,90€
  3. Passoire en émail, Neëst, 36€
 

2.Les plantes sous verre

Jadis: les plantes végétaient dans des bonbonnes de vin ou au fond d’un aquarium rond avec des couches alternées de graviers colorés. Et dire qu’il a fallu que Momo le poisson rouge tire sa révérence et que Mamie se descende la bonbonne de piquette pour que naisse le DIY made in France…

La preuve que ça revient: le créateur végétal Jérémy Martin (pour AMI, il a parsemé la barbe de hipsters de petites fleurs), l’artiste Paula Hayes (qui expose ses terrariums géants au Museum of Arts & Design à New York) ou encore le jardinier David Jeannerot (fondateur de la boutique parisienne Les Mauvaises Graines) réhabilitent et décomplexent un hobby qui n’avait plus été mentionné depuis longtemps sur les CV: le jardinage.

Mais vu qu’on n’est pas forcément rompu aux techniques de pro de l’émission Silence, ça pousse, on envisage surtout l’aspect décoratif de notre coin de verdure qui, tout comme notre appart’ de 25 mètres carrés (loi Carrez), est à échelle réduite.

Le twist qu’on aime? On opte pour des terrariums en verre aux formes géométriques, à poser ou à suspendre.

À chiper à shopper:

  1. Suspension, Score+Solder, 149$
  2. Geo Terrarium, Urban Outfitters, 44$
 

3.La céramique

Jadis: dans un souvenir lointain, la céramique ressemblait soit à la poubelle de table provençale jaunâtre avec motifs en feuilles d’olivier, soit aux énormes cigales accrochées au mur de chez nos grands-parents à Vallauris. Ambiance La Gloire de mon père.

La preuve que ça revient: il aura suffi que Ben Medansky, beau barbu basé à L.A., se penche sur le cas de la céramique pour la rendre aussi excitante que lui et nous donner une furieuse envie de mettre la main dans la pâte comme Patrick Swayze et Demi Moore dans Ghost

La papesse surévaluée du cool et réalisatrice de la série Girls, Lena Dunham, s’est, quant à elle, entichée des créations de la designer Rachel Howe (aka Small Spells) qu’elle immortalise sur Instagram, tandis que le New York Magazine (on vous a dit qu’on adorait?) a listé les 17 céramistes cool de New York en juin 2014.

Le twist qu’on aime? Des couleurs et design désirables (pastels, néon…), histoire que votre intérieur ne ressemble pas à l’aile du musée de Cluny consacrée aux céramiques hispano-mauresques.

À chiper à shopper:

  1. Assiettes, Martinich & Carran, à partir de 45$
  2. Pot, Ben Fiess, à partir de 85$
  3. Suspension pour plante, Takeawei, 59$
 

4.Le macramé

Jadis: un vilain filet tissé en guise de rideau de porte. Ado, on pensait le franchir avec grâce, telle Isabelle Adjani dans L’Été meurtrier. En réalité, on s’y emmêlait les cheveux, comme une grosse mouche dans une toile d’araignée.

La preuve que ça revient: comme pour la désuète céramique, il aura suffi de quelques branchées habiles de leurs mains –les New-Yorkaises Alexandra Segreti et Kelly Rakowski du studio New Friends ou encore l’Australienne Maryanne Moodie– pour faire du macramé en laine (ou weaving, pour les bilingues) notre nouvelle obsession déco. De quoi nourrir l’imagination fertile d’Alex Brownsell, fondatrice du salon de coiffure Bleach London, qui a créé la hair tapestry. Soit le macramé pour cheveux.

Le twist qu’on aime? La version tapisserie murale, «qui maintient la fraîcheur en été et garde la chaleur en hiver», précise Sara Guedj. Un tic déco hippie chic repris par la marque Ferm Living dans son lookbook automne-hiver. Gageons surtout que le macramé rhabille nos quatre murs de manière moins cheap et flippante que les poulbots (souvenez-vous ces tableaux représentants des petits Parigots urinant dans la Seine) et autres portraits de clowns tristes.

À chiper à shopper:

  1. Tenture murale, Maryanne Moodie (en fonction des stocks)
  2. Tenture tissée, Maija Elizabeth Ekey (en fonction des stocks)
  3. Macramés, New Friends, prix sur demande
 

5.Les motifs en all-over

Jadis: tel l’intérieur tape-à-l’œil de ces bourgeoises de Renato et Albin dans La Cage aux folles, notre grand-mère adorait la rose (de la fleur synthétique au papier peint), moins par conviction politique et soutien envers le PS (elle n’avait d’yeux que pour Chichi) que par souci d’insuffler un style cocotte chic à son bien immobilier.

La preuve que ça revient: en réaction au style scandinave monochrome (blanc, noir, gris) et aseptisé, on revient aux motifs bariolés et chargés (liberty, toile de Jouy, tartan, etc.), comme Paul & Joe ou Kenzo dans leur version déco. Déclinés sur le linge de maison, les accessoires déco ou encore le papier peint, ces motifs réchauffent une pièce et font parler la Twee qui sommeille en nous (ces personnes qui aiment les mignonneries visuelles comme les cupcakes, les robes vintage à fleurs et les films de Wes Anderson).

Le twist qu’on aime? Mixer les imprimés entre eux pour ne pas se fondre dans le décor parce qu’on a eu la mauvaise idée de se tailler un costume dans le même tissu à fleurs qui a servi à confectionner les rideaux, les draps de lit et la housse de canapé.

À chiper à shopper:

  1. Parure de lit, Paul & Joe x Madura, à partir de 159€
  2. Papier peint Jungle Love, Anna Ekre, 43€ le m2
  3. Coussin killim, Dulong & Dulé, 90€

 

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