Partager cet article

La Russie se croit en guerre avec l’Europe et les Etats-Unis

Vladimir Poutine à Moscou, le 10 septembre 2014. REUTERS/Alexei Druzhinin/RIA Novosti/Kremlin.

Vladimir Poutine à Moscou, le 10 septembre 2014. REUTERS/Alexei Druzhinin/RIA Novosti/Kremlin.

Le discours du Kremlin ne cessant de répéter aux Russes qu’ils sont engagés dans une guerre contre l’occident fonctionne parfaitement explique The Economist mais s’apparente à une fuite en avant. Une grande partie de la population russe est maintenant convaincue qu’une guerre ouverte avec les pays occidentaux est proche. Pas moins de 81% des Russes, selon un sondage, considèrent que les Etats-Unis de Barack Obama sont une menace, le chiffre le plus élevé depuis la disparition de l’URSS.

L’histoire martelée sans cesse par les médias russes est celle d’une agression menée sur tous les fronts –économique, idéologique, au Moyen-Orient, en Europe, en Ukraine, dans les Etats Baltes… La décision prise cette semaine de vendre finalement le système sophistiqué de missiles anti-aérien S-300 à l’Iran, ce qui rend plus difficile un accord sur le nucléaire avec Téhéran, est considéré comme une réponse aux menaces occidentales. Et puis si en provoquant des tensions au Moyen-Orient cela fait remonter le prix du pétrole, ce sera encore une meilleure opération pour le Kremlin.

Les théories du complot les plus délirantes se multiplient dans les médias russes. La première chaîne de télévision expliquait récemment à ses auditeurs que «l’Union Européenne a commencé à se développer et à prospérer comme un mécanisme de redistribution des gains réalisés avec la disparition de l’URSS et du bloc communiste. Mais cette expansion a maintenant été stoppée nette par la Russie et l’Union Européenne devrait bientôt s’effondrer.

La stabilisation récente de l’économie russe est célébrée comme une victoire. Après avoir perdu la moitié de sa valeur, le rouble a regagné un peu de terrain face au dollar et l’inflation à 17% est finalement moins forte que ce qui était craint. La récession aussi pourrait être de l’ordre de 3% cette année plutôt que 5%. Et pendant ce temps-là, la popularité de Vladimir Poutine atteint des sommets!

La raison pour laquelle Vladimir Poutine joue depuis sa réélection à la Présidence de la Russie et avec succès la carte de la confrontation est avant tout intérieure souligne The Economist. Le magazine cite une étude menée par Alexei Kudrin, un ancien ministre des finances et des sociologues d’un Think Tank appelé New Economic Growth. Elle montre que la motivation principale derrière la conquête territoriale russe en Ukraine est la nécessité pour le Kremlin de consolider son pouvoir après les manifestations de l’hiver 2011-2012.

«Ces protestations étaient le fait avant tout de la classe moyenne russe, frustrée par l’absence de perspective. Après une décennie de croissance rapide qui a amélioré le niveau de vie, les aspirations étaient celles d’une amélioration de la justice, de l’éducation, de la santé, autant de progrès que le régime corrompu de Poutine est incapable d’apporter. Aux yeux de la classe moyenne, Vladimir Poutine était devenu un symbole de stagnation plus que de sécurité. La confiance dans les médias d’Etat était faible et certains commençaient à comparer la situation avec celle du milieu des années 1980 qui a amené à l’effondrement de l’URSS».

L’annexion de la Crimée par la Russie a totalement changé la situation. Alexei Navalny, un des chef de file des manifestation de 2011-2012 qui avait dénoncé le parti Russie Unie de Poutine comme un parti de voleurs et de voyous explique que le Président a détourné les enjeux politique en substituant le nationalisme impérial à la construction d’un Etat moderne. La guerre de conquête territoriale à l’est de l’Ukraine et la crise économique ont transformé à leur tour l’euphorie après l’annexion de la Crimée en un patriotisme paranoïaque tourné contre les occidentaux. Et dans les sondages, le taux de satisfaction de la population pour Vladimir Poutine est de 90%!

Le budget de l’Etat suffit à démontrer quelle est la stratégie du Kremlin. Les dépenses militaires et de sécurité représentent 40% du total. Et tandis que les dépenses de santé et dans les infrastructures ont nettement baissé, les médias d’Etat sont particulièrement bien traités. Il faut continuer à répandre la haine et les théories du complot.

 

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte