Dette des Etats: inutile de s'en faire
Nous pouvons nous permettre d'être plus égoïste vis-à-vis des générations à venir qui seront plus riches et travailleront moins.
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C'est bien connu: le parti Républicain américain se fait toujours du mauvais sang pour les enfants. Et selon lui, si une chose menace nos chères têtes blondes, c'est bien notre dette nationale. La semaine dernière, quand la Maison Blanche a annoncé qu'elle relevait de 2 000 milliards de dollars sa prévision de déficits cumulée à dix ans, quelques membres de l'opposition ont changé leur fusil d'épaule. Ils avaient jusqu'ici réservé toutes leurs cartouches à la réforme du système de santé, sensée mettre les seniors en péril; ils s'attaquent désormais à la dette, et aux multiples dangers auxquels elle pourrait exposer nos enfants...
«Nous devons peser le pour et le contre avec une extrême prudence. Nous sommes sur le point de mettre en place un système massif et coûteux, qui mettra en péril notre économie et le futur de nos enfants», a déclaré Judd Gregg, le sénateur (Républicain) du New Hampshire. John Boehner, chef de la minorité à la Chambre des Représentants, n'a pas accueilli la nouvelle avec plus d'enthousiasme: «la frénésie de dépenses des Démocrates est en train d'ensevelir nos enfants et nos petits-enfants sous une montagne de dettes auxquelles ils ne pourront faire face.»
Ces inquiétudes partent d'un honorable sentiment: après tout, quel homme politique pourrait vouloir nuire aux enfants? Il n'y a certes pas de mal à discuter du montant et de la signification de la dette fédérale; la théorie a ses mérites. Mais en pratique, ne sommes-nous pas en train d'imposer à nos descendants un fardeau qui s'alourdit chaque jour un peu plus; fardeau qu'ils ne seront peut-être plus, un jour, en mesure de porter? Est-il seulement permis d'en douter?
Eh bien, oui. Nous pouvons nous permettre d'être plus égoïste vis-à-vis des générations à venir, et ce pour une simple et bonne raison: toutes choses égales par ailleurs, les Américains du futur seront plus riches et travailleront moins dur que nous. Il est généralement considéré comme légitime d'imposer les riches pour donner aux pauvres; il serait tout aussi légitime de taxer la future richesse de l'Amérique pour faire face aux difficultés du présent...
Comment peut-on affirmer que les Américains de demain vivront mieux que ceux d'aujourd'hui, me direz-vous? La réponse se trouve juste sous vos yeux, dans les diodes électroluminescentes qui éclairent votre écran d'ordinateur, et elle tient en deux mots: avancées technologiques. L'économie a beau s'effondrer, le déficit se creuser: qu'il pleuve ou qu'il vente, le progrès technologique n'a jamais interrompu sa course, nous proposant une gamme d'options toujours plus large. Même si votre maison a perdu de sa valeur, le nombre d'applications utilisables sur votre téléphone a, lui, sans doute grimpé...
Une productivité accrue, entièrement consacrée à la technologie personnelle: voilà qui présente bien des avantages. Prenons un exemple: il est bien plus simple de trouver des informations, de les organiser de façon cohérente et de les adresser à un collègue (ou à un rédacteur en chef) aujourd'hui qu'il y a cinq, dix ou vingt ans. La «productivité multifactorielle» (PMF) du secteur privé de notre pays, qui mesure la productivité en prenant en compte toute une série de facteurs de production (comme le capital ou le travail), est l'instrument nous permettant d'évaluer avec le plus de précision l'impact de la technologie sur la productivité. Durant les soixante ans qui viennent de s'écouler, son taux a augmenté de 1,4% par an en moyenne. Même pendant la période la plus improductive de l'histoire américaine récente (entre 1973 et 1990), la PMF a tout de même augmenté (de 0,6% par an).
Certes, les gains générés par les nouvelles technologies ne sont pas toujours équitablement répartis. Mais si tout le monde n'a pas eu droit à sa part, les avancées technologiques ont néanmoins fait grossir le volume du gâteau... Elles permettent d'accomplir les tâches quotidiennes plus rapidement, ce qui permet de travailler plus - ou de disposer de plus de temps pour se reposer. Et même si vous pensez que la plupart de ces innovations encouragent fortement la procrastination (ce qui est mon cas), vous pourrez au moins reconnaître que vous avez plus de temps à tuer qu'avant...
Une question demeure, cependant: une augmentation de la dette pourrait-elle provoquer une baisse de l'innovation? Rien ne permet de l'affirmer. Il est vrai que le rythme du progrès technologique est influencé par d'autres variables économiques, et il serait vaguement possible d'imaginer que la dette nationale puisse être l'un de ces facteurs. On peut résumer cette théorie ainsi: la dette d'aujourd'hui est l'impôt de demain (après tout, il faut bien rembourser un jour); ces futures augmentations d'impôts pourraient mettre à mal le budget de la recherche, et les inventeurs recevraient moins de subventions. Inquiétude compréhensible; reste qu'à ce jour, on ignore encore l'influence réelle que peuvent avoir les variables économiques sur le progrès technologique. (Dans le modèle de croissance à long terme le plus courant, c'est une variable «exogène», déterminée par des forces extérieures au modèle).
De la même manière, rien ne permet d'affirmer que la dette et les impôts ont un impact durable sur l'innovation américaine. Au 20ème siècle, les meilleures années du progrès scientifique (la fin des années 1940 et le début des années 1950) furent marquées par une dette et un taux d'imposition extrêmement élevés; à choisir, John Boehner préférerait sans doute notre situation actuelle à celle de l'époque, et de loin!
Même si la technologie évolue moins vite demain, notre niveau de technologie ne chutera pas pour autant. Il y a certes des précédents; aussi bizarre que cela puisse paraître, certaines civilisations ont régressé au cours de leur histoire (on peut citer la disparition des armes à feu dans le Japon ancien, ou la dissipation de la sagesse accumulée par l'Empire romain). Mais de tels phénomènes sont rares. Le niveau de notre technologie ne résume pas à l'accumulation physique des véhicules, des usines et des outils. On ne le mesure pas non plus à la taille de notre force de travail, dont la croissance fluctue d'une génération à l'autre... C'est un savoir-faire: la capacité à produire un maximum de choses en un minimum de temps. Le génie technologique requis pour construire un iPhone ou un missile balistique intercontinental ne sera pas enfoui de sitôt sous les sables de l'histoire...
Est-ce que cette efficacité passée nous garantit un futur sans nuages? Peut-être pas; peut-être que notre société s'effondrera, que nous plongerons dans un nouvel âge des ténèbres. Un bon nombre d'excellents romans de science-fiction nous promettent un avenir de ce type. Mais si l'Amérique de nos enfants sombre dans l'obscurantisme et la sauvagerie, j'imagine que la dette nationale sera bien, alors, le cadet de leurs soucis...
Conor Clarke, correspondant de TheAtlantic.com
Traduit par Jean-Clément Nau
A lire également: L'économie américaine au bord de la banqueroute, Dette publique, le plus dur est à venir, La dette publique accapare l'épargne.
Image de Une: le cadran à New York qui mesure en temps réel la dette de l'Etat fédéral américain Shannon Stapleton / Reuters
Mis à jour le 11/09/2009 à 16h18









































Ce article est très intéressant et je suis d'accord avec monsieur Clarke, le progrès technologique amènera une productivité accrue dans le futur et génèrera de nouveaux métiers, de nouvelles façons de travailler qu'on a de la peine à imaginer aujourd'hui.
Il est difficile de croire que les sénateurs républicains l'ignorent. Mais il semble que le seul argument qu'ils aient trouvé pour s'opposer au projet de réforme du système de santé qui améliorerait les conditions de vie de millions d'Américains d'aujourd'hui, soit de dire que cela pourrait coûter très cher à leurs enfants.
Et le pire c'est que cet argument risque de fonctionner sur l'Américain moyen du Nebraska ou du Dakota.
C'est lamentable : depuis quand élit-on des politiques pour qu'ils sacrifient leurs électeurs sur l'autel du futur ?
Cet article commence sur un biais important: Il suppose que les américains seront plus riches grâce au progrès technologique. Mais il ne définie pas la richesse.
Question: Une famille de RMIste en France, bénéficiant d'une relative sécurité physique, de l'école gratuite pour ses enfants, de la santé gratuites et d'un logement sommaire mais équipé de l'électricité et de l'eau courante est-il plus ou moins riche qu'une famille de classe moyenne en Colombie?
La richesse est une donnée relative. On n’est pas riche dans l'absolu. On est riche par rapport aux autres. De même pour la pauvreté: Cette même famille de RMIste se considérera à juste titre comme pauvre dans notre pays, car n’ayant pas les moyens de s’acheter de quoi équiper convenablement son logement ou de partir en vacances. Souvenons-nous enfin que nos barres d’HLM considérée comme indignes aujourd’hui représentaient il y à 50 ans une nouvelle étape dans le confort par rapport aux logements de l’époque.
Donc oui, les américains des générations futures seront probablement plus riches que nos contemporains. Mais cela n'a peut-être aucune importance.
Si le progrès technologique permet d'augmenter la productivité individuelle et collective, et donc la richesse par habitant, pour autant cette richesse n'est pas obligatoirement partagée également. Si on fait le pari que le progrès technologique ne peut pas être stoppé, rien ne garantie que dans 20 ans l'Amérique soit aux avant-postes de ce progrès.
Si l'Asie par exemple progresse plus vite, et même si elle reste moins riche par habitant que les Etats-Unis, alors oui les américains de demain seront plus riches que ceux d'aujourd'hui en PIB/habitant. Mais ils se seront appauvris relativement au reste du monde. Ce qui générera moins d'impôts pour rembourser cette dette.
En élargissant la question, ce qui est vrai pour l'Amérique est aussi vrai pour l'Europe. La compétition est internationale et la solidarité aussi doit être internationale. Nous n'avons pas le droit d'interdire aux 3/4 des autres habitants de notre petite planète l’accession aux biens essentiels dont nous bénéficions: Education, Santé, Sécurité... On peut donc penser que nos enfants accèderont à plus de ces biens essentiels, à plus de confort de vie, mais seront moins riches dans un monde plus riche. Ce qui serait une excellente nouvelle pour l’humanité et une frustration pour nos enfants.
Si tout cela est vrai, pourquoi avons-nous l'impression (confirmée par les chiffres) d'être moins riches que nos parents ? Cette envie de richesse est vraiment pénible.
le cote nettement provocateur, a contre-pieds de cet article.
les laissees pour compte sont laisses en route, la conquete de l'West continue, les forts ( les malins avec education maintenant) survivent et leurs descendants seront encore plus forts et donc plus riches.
tout ca grace a l'inepuisable progres technologique, la capacite d'integrer les innovatioons et le savoir faire.
Qu'est-ce qu'on doit faire de Sarat Palin et des rednecks, de la cagnote chinoise, de 1 milliards de musulmans pas contents, des latinos et des autres ?
On s'en fout.
le fiston se debrouillera.
J'aimerais connaître l'âge de cet inspiré Conor Clarke... Sûrement plus tout jeune...
Son analyse me semble fausse, pour la France comme pour les Etats-Unis, car la dette augmente plus vite que la richesse créée. L'argument développé est que les générations futures pourront payer plus (proportionnellement) car elles bénéficieront d'un progrès technologique. Mais quand on arrivera à un niveau de remboursement des dettes équivalent à la richesse créée, il en fera quoi de son progrès technologique le fiston ?
De toute façon les Chinois auront coupé les vannes avant. Et rappelons qu'il y a deux manières de rembourser la dette : l'inflation et la guerre. En temps de guerre, la dette est le cadet des soucis, non ?
Il semble bien qu'à l'image d'une cupidité augmentante, la sagesse d'un "vieux américain" n'ayant pas hésité à réclamer 15 à 20%d'intérêts sur les fonds de pension pour sa retraite ne peut qu'envisager de faire payer par les générations suivantes son confort, la préservation de sa richesse, et son "américan way of life". Il serait dramatique, en Europe, de suivre ce concept.
... que j'ai du mal à comprendre, c'est cette histoire de dette. A qui on doit de l'argent? on rembourse auprès de qui? pour moi c'est un épouvantail fréquement utilisé par la droite : la gauche creuse les déficits publics (so what?). si on ne peut pas remboursé la dette, qu'est ce qui se passe? huissiers? mise en faillitte et partage du territoire?
j'irai même plus loin : je n'y croit pas à la réalité de cette dette...
en même temps le mot "économie" est pour moi un concept fumeux : un peu comme les stratégies de domenech, en somme.
L'article voit juste : ou l'inflation ou le progrès technologique (probablement les deux) vont soulager le poids de la dette dans les années à venir. mais ces dettes seront remplacées par...de nouvelles dettes! Et c'est normale! Il y a beaucoup d'hystérie autour de ce sujet.
L'important n'est pas la dette en soi. C'est plutôt ce qu'on fait avec l'argent. Un pays comme la France peut s'endetter parce que des prêteurs (les pays du Moyen Orient et de l'Asie) pensent que c'est un placement sûr. C'est comme une "entreprise" qui tourne plutôt bien. Elle s'endette pour investir.
Et elle investit pour la plupart dans la France. Pour nous les citoyens et les contribuables! Dans des hôpitaux et le système de santé. Dans des écoles et universités. Dans l'infrastructure. Notre seul soucis devrait être de savoir si elle investit bien ou non - d'où tout l'intérêt de la commission bi-partisan Juppé / Rocard chargée de proposer des projets qui mériteraient un investissement.
En ce qui concerne les États Unis, et les colères hypocrites des Républicains, il est douteux que l'endettement a été sain. La guerre honteuse en Irak a déjà coûté bien plus que les système se santé que propose Obama. Les Républicains ont voté massivement en faveur de cette guerre.
Sans s'inquiéter trop pour les enfants irakiens!
Quand les intérêts seront le poste le plus important du budget de l'état, alors la machine fiscale tourne en rond. Il faudra bien à ce moment là faire des choix douloureux.