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Viens dans mon tiers-lieu, j’organise un hackaton en open source

L’Open model, le peer to peer et les fablabs expliqués comme au bistrot. Ou les questions les plus bêtes que vous n’osez pas poser à un «maker» qui bosse dans un «fablab collaboratif» en «open source».

Michel Bauwens, président de la fondation Peer to Peer (P2P), était à Paris en mars pour présenter son nouveau livre, Sauvez le monde, vers une économie post-capitaliste avec le peer-to-peer (éd. Les liens qui libèrent) prolongeant notamment la réflexion de Jeremy Rifkin sur l’impact du numérique sur l’organisation économique, qui remettrait les «communs», ces biens qui appartiennent à tout le monde, au cœur de la création de valeur et inciterait à repenser en profondeur l'économie capitaliste reposant sur une maîtrise totale de la chaîne de production et une protection des innovations par la propriété intellectuelle.

Dans la préface de Sauver le monde, Jean Lievens écrit:

«Michel Bauwens entrevoit dans l’enchevêtrement apparent de phénomènes nouveaux tels que l’économie collaborative, les réseaux peer-to-peer, l’open source, le crowdsourcing, les FabLabs, les micro-usines, le mouvement des "makers", l’agriculture urbaine…, un modèle qui nous mène vers une société post-capitaliste, où le marché doit enfin se soumettre à la logique des commons (du bien commun).»

Sauf à être vous-mêmes un maker de l'économie collaborative bossant en peer-to-peer dans un fablab, vous n'avez probablement rien compris au passage précédent. Reprenons tout depuis le début comme si nous devions expliquer à votre grand-mère ou au café du coin ces termes dans l'air du temps, et comprendre s'ils cachent une révolution économique encore au stade précoce de l'expérimentation, ou s'il ne s'agit que de phénomènes de mode qui s'épuiseront rapidement.

Ma remarque de beauf:

Les fablabs, beaucoup de bruit pour des ateliers de bricolage?

Avant, votre oncle bricolait dans son garage, passait se fournir chez Bricorama le samedi et tout le monde s’en foutait. A présent, le moindre fablab, atelier de bidouille d’un nouveau genre muni d’outils à commande numérique fréquenté par des geeks, artistes ou entrepreneurs, est considéré comme un lieu où s’invente la nouvelle révolution industrielle. Comment en est-on arrivé là?

Déjà, de quoi parle-t-on? D’ateliers dans lesquels des bricoleurs –des «makers»– façonnent des objets à l’aide de techniques de pointe comme les imprimantes 3D à commande numérique, et travaillent en réseau sur Internet, comme par exemple en téléchargeant un plan mis à disposition gratuitement (modèle dit «open»).

Michel Bauwens, président de la fondation Peer to Peer, est l’un des principaux acteurs et penseurs de cette foisonnante mouvance. Voilà ce qu’il nous répond:

«C’est quoi les fablabs, c’est quoi les hackers spaces pour moi? C’est une réinvention de l’artisanat à l’ère digitale. Dans le modèle industriel, il y avait une division du travail entre ceux qui exécutent et ceux qui commandent et organisent le mode de production, or pour moi ce qui est vraiment intéressant dans le modèle des fablabs, c’est que c’est un retour à cette connaissance [artisanale].

 

Pour moi un “faber”, c’est un penseur qui fait, et un faiseur qui pense, donc c’est vraiment une réunification entre ces aspects du travail qui avaient été séparés. Et c’est un artisanat qui est post-industriel, qui a donc tous les avantages de l’industriel, c’est-à-dire le fait que les connaissances puissent être partagées non seulement dans la proximité mais à une échelle mondiale.»

Les fablabs ne sont d’ailleurs qu’une composante des tiers-lieux, rappelle Antoine Burret, auteur d'un essai très complet justement nommé Tiers-Lieux et plus si affinités (FYP Éditions). Le «tiers-lieu» est un terme utilisé pour rendre compte de la diversité de ces nouveaux ateliers collectifs où on apprend à «travailler et vivre autrement». Le fablab, nous explique-t-il, n’est que la partie dévouée à la fabrication au sein d’une architecture sociale qui peut accueillir tout type de projet, ce mélange des genres étant justement ce qui le définit: on peut y mettre une épicerie, un laboratoire ou un atelier, comme on peut y voir se côtoyer un néo-entrepreneur social, un avocat, des geeks, des habitués du lieu et d’autres qui ne le fréquentent qu’épisodiquement…

Les fablabs, les hackers spaces, c’est une réinvention de l’artisanat à l’ère digitale

Michel Bauwens, président de la fondation P2P

Le principe commun, c'est que «différentes personnes viennent pour leurs propres projets, et une partie de ce qu’elles font va être documenté», constituant progressivement «un patrimoine informationnel commun». D'autres vont alors «partir de ces savoirs-là et les exploiter pour leurs propres produits, qui sont améliorés par les mécanismes communautaires».

Louis-David Benyayer a dirigé la rédaction de l’ouvrage collectif Open Models, les modèles business de l’open (il publie également avec Simon Chignard Datanomics aux Éditions Fyp). Comme son nom l’indique, l’objectif de ce riche recueil d’analyses et d’interviews a pour but d’approcher les pratiques ouvertes sous l’angle de leur viabilité économique. Face à l’engouement médiatique pour ces «makers», nouveaux bidouilleurs qui prolongent l’état d’esprit hacker de l’informatique libre, il faut certes «se prémunir d’un risque: les slogans “tous makers ou tous codeurs” sont parfois vides de sens. Est-ce qu’on aurait dit il y a dix ans “tous bricoleurs, tous photographes, tous rédacteurs”? On sait bien que ça ne va pas concerner tout le monde, il y a une grande partie des gens que ça emmerde de bidouiller» .

«Donc il faut éviter d’avoir une vision de substitution en disant que c’est le grand soir, que, demain, on sera tous en train de fabriquer nos voitures et de fabriquer notre compost.»

«Il y a vraiment les germes d’un renouveau structurel de la société, donc moi j’y crois évidemment», nous confie Bauwens. Tout en nuançant avec l’exemple très cité de la voiture Wikispeed, qui est fabriquée de manière «ouverte», c’est-à-dire que sa méthode de fabrication est consultable par quiconque est suffisamment équipé et motivé pour se construire une voiture:

«Bon, en Allemagne, ils ont Volkswagen, Mercedes, Porsche, on ne voit pas tout de suite pourquoi ils feraient ça. Mais si on est en Malaisie, où on ne fabrique pas de voiture, et si tout à coup l’énergie devient quatre fois plus chère, à ce moment on peut s’imaginer qu’une famille va se dire: “Pourquoi on ne fabrique pas nos voitures nous-mêmes?” On est encore très tôt dans cette émergence, mais ceci dit tous les chiffres sont exponentiels quand même, que ce soit pour les makers, les fablabs ou le coworking.»

Ma remarque de beauf:

Les mouvements «open» ne concernent qu’une élite numérique

Les modèles ouverts et contributifs, c’est avant tout un fait social: on y trouve un certain type de population, des jeunes diplômés qui, de plus en plus nombreux, constatent que la société ne leur réserve pas de place à hauteur de leurs qualifications et aspirations. Un «prolétariat intellectuel», proche des «intellectuels aliénés» décrits lors de la révolution anglaise, comme le retrace Antoine Burret dans son essai consacré aux tiers-lieux.

Il y écrit que certaines logiques peuvent dérouter le profane:

«Le regroupement d’individus aux caractéristiques communes érige inextricablement des frontières matérielles et symboliques.»

La maîtrise de l’informatique en est la plus visible. «Le langage, qui parfois s’apparente à un dialecte, technique, jargonneux, anglicisé, est un second mur, une barrière génératrice de cet entre-soi qui peut irriter et freiner les bonnes volontés», et dans les milieux pionniers transparaît «une forme de gymnastique sémantique et syntaxique prise (à tort) pour du snobisme. Il s’agit en réalité d’un code lexical, permettant de faire communiquer entre eux des univers différents».

En tant qu’utilisateur ou consommateur, ils sont très nombreux à consommer ces modèles sans le savoir: aller sur internet, c’est utiliser du logiciel libre

Louis-David Benyayer, directeur de l’ouvrage collectif Open Models, les modèles business de l’open

En revanche, nous explique-t-il, il est tout à fait faux selon lui de réduire les tiers-lieux à une population homogène en matière de maîtrise de l’outil numérique, d’âge et de niveau socioéconomique. Les tiers-lieux sont plus ouverts à des publics aux origines et positions sociales plus diverses qu’au temps des pionniers. Il s’en crée sur tout le territoire, loin de se réduire aux lieux parisiens, peut-être trop mis en avant au détriment des autres. Il existe par ailleurs des fablabs ruraux tournés vers l’agriculture «ouverte», comme le signale Michel Bauwens.

Cette diversité des profils n'irait d'ailleurs pas sans friction et rapports de pouvoir, si on en croit notamment la monographie réalisée par le sociologue Michel Lallement sur un hackerspace californien dans L'Âge du faire. Le «libre» du logiciel libre n'a d'ailleurs, contrairement à l'idée qu'il renvoie parfois, jamais signifié que le travail s'organisait dans un grand bordel anarchique.

C’est aussi un mode de vie, qui valorise le partage (le fameux co-) et une approche très communautaire et désintéressée de l’activité, qui n’est pas toujours pensée comme un travail, comme le résume Antoine Burret dans son livre:

«Toutes les semaines, [le néo-entrepreneur] se rend à des rencontres, des meetings, des apéros ouverts pour se créer un réseau. Il participe à des “challenges” pour booster son projet. Dans une débauche d’énergie remarquable, il écoute, discute, propose des idées, des projets, des programmes.»

«En tant qu’utilisateur ou consommateur, ils sont très nombreux à consommer ces modèles sans le savoir: aller sur internet, c’est utiliser du logiciel libre», poursuit Louis-David Benyayer. Mais «les gens en situation de contribuer sont plutôt des gens éduqués, principalement dans les cercles numériques, mais c’est un petit peu en train de changer».

Pour Michel Bauwens, le pair à pair est l’idéologie des travailleurs de la connaissance, qui se réapproprient leur existence précarisée de la même manière que les ouvriers se sont alliés dans des mouvements sociaux au XIXe pour défendre leurs intérêts communs: 

«Les fablabs, c’est le véhicule de la révolution culturelle, c’est là que les jeunes entrepreneurs sociaux ou pas se rencontrent, mutualisent leurs besoins, échangent leur savoir, créent de la force sociale, donc finalement il y a une culture digitale de la collaboration mais ça n’est pas suffisant: il faut aussi une culture de proximité.»

Alors quand on lui fait remarquer que cette population est loin d’être aussi nombreuse aujourd’hui que le monde ouvrier l’était deux siècles plus tôt, et qu’on a plutôt à faire à une élite culturelle digitale urbaine, certes précarisée, Bauwens rétorque:

«Oui mais, tu sais, le changement social, ça vient jamais de tout le monde, la Renaissance c’était quelques milliers de personnes dans les villes italiennes, c’était pas les paysans, donc ça ne veut rien dire. L’innovation est toujours portée par des forces sociales spécifiques, puis ensuite ça se diffuse dans la société.»

Ma remarque de beauf:

Les «communs» et l’«open», est-ce que ça paye le loyer? Faut-il travailler à l’œil pour changer le monde?

Cette indétermination du statut du néo-entrepreneur de tiers-lieux nous ramène à une question prosaïque: quand tout est «open», qui paye le loyer? La vieille maxime selon laquelle en économie il n’y a pas de repas gratuit se rappelle à notre bon souvenir.

Dans l’ouvrage Open Models auquel il a contribué, Michel Bauwens affirme d’ailleurs à propos des modèles contributifs sur la base du volontariat que «justement, c’est bien là le problème: [les contributeurs] ne trouvent pas directement [leur revenu] par leur implication dans la production de biens communs. Les individus doivent aller dans l’économie marchande pour pouvoir subvenir à leurs besoins».

Complémentarité entre les logiques marchandes et celles du libre

Le modèle du développement informatique en source ouverte, l’open hardware, est mixte: les trois quarts des individus qui travaillent sur le noyau de Linux sont salariés par ailleurs, indique Michel Bauwens dans Open Models, et peu de contributeurs volontaires vivent de leurs contributions. Selon Louis-David Benyayer, il y a complémentarité plus qu’opposition entre les logiques marchandes et celles du libre:

«Pour des universités ou des entreprises, c’est intéressant d’allouer des ressources humaines à des modèles contributifs. Quand certains universitaires ou salariés sont détachés pour travailler sur des projets ouverts, c’est aussi parce que c’est l’intérêt de l’institution, par exemple pour répondre à un problème opérationnel sur lequel elles ne trouvent pas de réponse sur le marché. Par exemple IBM est impliqué dans le financement de la fondation Linux, et c’est aussi un moyen pour IBM de garder une position sur le marché.»

Mais tout le monde n’est pas informaticien et, si le succès de l’open source / logiciel libre (1) n’est plus à démontrer, il est plus difficile d’imaginer comment seraient rétribués des travailleurs manuels et d’autres part des travailleurs de la connaissance dans des domaines moins porteurs économiquement que le développement de logiciels.

C’est là qu’intervient le modèle du «freemium». Pour le comprendre, prenons l’exemple d’un travailleur immatériel moins coté que l’informaticien: le photographe. Selon Louis-David Benyayer, ce dernier pourrait mettre à disposition gratuitement ses photos pour le grand public, et se faire rémunérer lorsqu’elles sont utilisées par des agences de communication ou de publicité.

«Là où il y a un changement important, admet-il cependant, c’est dans la façon dont ces producteurs peuvent tirer un revenu: avant, ils tiraient un revenu de la diffusion de leur œuvre photographique, ou de leur article pour un journaliste. Ce qui évolue, c’est qu’ils vont être de moins en moins nombreux à tirer un revenu de cette façon-là. Et c’est là qu’il y a cette question des modèles hybrides ou duaux.»

Le modèle fremium fonctionnerait donc en deux temps: une vitrine sur le savoir-faire, librement légué au public, qui implique donc que la production et la diffusion ne soient pas toujours rémunérées. Des segments spécifiques du marché entrent ensuite dans l’équation s’ils font une utilisation commerciale de l’œuvre.

C’est d’ailleurs le modèle qui semble le mieux fonctionner dans le secteur de la gestion de donnée, le fameux big data: des «infomédiaires», spécialistes de la collecte et de la diffusion de données, les mettent gratuitement à disposition, et développent des services associés payants.

Ma remarque de beauf:

Est-ce que ça n'est pas encore une de ces ruses pour rendre cool le capitalisme avec des mots funky?

En quelques années, on a vu tout ce que le CAC 40 comptait d’industriels, d’acteurs des télécoms ou de constructeurs se mettre à la page, adopter tout le lexique du scoutisme numérique et créer qui son Fablab, qui son atelier d’innovation open source, etc. 

Qu’y a-t-il de vraiment alternatif dans tout ça, au-delà de l’affichage? Ces grands groupes dont la valeur repose sur le capital immatériel, donc sur la propriété intellectuelle verrouillée par les brevets, ont-ils un quelconque intérêt autre que de relation publique à s’emparer de ces modèles «ouverts»?

Difficile de concilier l’engagement bénévole dans des projets collectifs quand seules quelques organisations en bénéficient en bout de chaîne

Ici, les avis divergent, reflétant cette auberge espagnole idéologique qu’est le milieu des modèles contributifs en source ouverte. Antoine Burret explique dans son essai que tous les «néo-entrepreneurs» des tiers-lieux n’ont pas les mêmes approches de la révolution en cours:

«Certains sont guidés par la volonté romantique de changer le monde, de produire les supports technologiques qui vont améliorer la vie quotidienne, de "faire de l’argent". D’autres s’éloignent de ce modèle et adoptent une approche radicalement différente, une posture entrepreneuriale que l’on peut qualifier d’humble et justifiée par leur motivation initiale: améliorer leur cadre de vie, développer une activité qui les intéresse, parvenir à se créer un salaire, à employer quelques personnes.»

L'auteur aborde dans son portrait du néo-entrepreneur de tiers-lieux la difficulté de concilier l’engagement bénévole dans des projets collectifs quand seuls quelques individus et organisations semblent en bénéficier en bout de chaîne, ceux qui savent valoriser ce nouveau savoir. 

«Son langage est devenu “éléments de langage” dans la bouche de consultants, dans les textes des politiques territoriales. Des cabinets de conseil se créent, des expertises s’autoproclament en tant que telles. Les concepts qu’il défendait apparaissent en gras dans les appels à projets ministériels.

 

On l’assène de vidéos sur des trajectoires entrepreneuriales successfull. Des images colorées qui s’enchaînent sur une musique entraînante, des slogans que ne renieraient pas les premiers surréalistes sur la créativité, la pensée en rupture, “think outside the box”. [...] Des figures de propagande, stakhanovistes de l’entreprise au sourire radieux, lui parlent à l’oreille. “Innovation” est le mot magique.»

Les fondateurs du mouvement sont d’ailleurs loin d’être dupes: «Il semble bien que tout le monde parle aujourd’hui de culture maker. Des termes prononcés par des personnes qui ont toujours été opposées à ce qu’ils devraient signifier.» C’est ce qu’écrit le Brésilien Felipe Fonseca, à l’origine d’un des premiers réseaux de makers qui s’appuie sur le concept de «gambiarra», une pratique du recyclage d’objets avec les moyens du bord à des fins pratiques plutôt qu’une nouvelle méthode pour produire un bien qui sera mis sur le marché. Dans une interview très intéressante au site Makery, qui tient une veille sur ces sujets, il se montre très critique du tournant pris par le mouvement maker, en contradiction avec les principes qu'il défend:

«Malheureusement, la principale compétence dans la culture maker ces temps-ci semble consister à tenir une feuille de calcul sur Google Drive avec un business plan et une stratégie cohérente de relations publiques pour les médias sociaux. [...]

 

La plupart de ces prototypes ne serviront à rien, mais leurs créateurs vont tout de même spammer Facebook, Twitter et Instagram pour essayer de nous convaincre qu’ils construisent notre avenir (meilleur, d’une manière que personne ne peut préciser). Qui sait, ils seront peut-être invités à faire un “TED Talk” ou recueillir des fonds sur Kickstarter. Ou au moins devenir consultants pour une ONG internationale disposée à développer des "technologies pour l’éducation".»

La principale compétence dans la culture maker ces temps-ci semble consister à tenir une feuille de calcul sur Google Drive avec un business plan

Felipe Fonseca, à l'origine d'un des premiers réseaux de «makers»

Tous les acteurs concernés ne rejettent pas aussi catégoriquement les flirts entre ces milieux alternatifs et le monde entrepreunarial. Par exemple Michel Bauwens se montre plus mesuré dans sa critique du versant marchand de l’open:

«Dans la majorité des cas, pour les start-up, le capital risque, les incubateurs, les accélérateurs, il s’agit d’une adaptation pragmatique aux réalités dominantes. Évidemment on peut le critiquer mais c’est aussi pour ça qu’il y a une croissance forte du modèle.»

Il voit pourtant clair dans ce qui se joue en ce moment comme avec l’utilisation de plus en plus populaire du «crowdsourcing», la sagesse des foules, en lieu et place des salariés chargés du développement ou du design d’un produit:

«Quand moi je parle de peer to peer, c’est de création de communs, mais les formes les plus capitalistiques de cette économie comme par exemple le crowdsourcing, sont une compétition entre individus, avec une privatisation des connaissances qui vont être sélectionnées à la fin, il n’y a pas de commun créé, et il y a même une atomisation de l’offre».

Tout en défendant les vertus du croisement d'acteurs venus de milieux différents, Antoine Burret nous prévient: le développement contributif se distingue du modèle de la start-up, qui prend, lui, appui sur la contribution pour l'exploiter sans rétribution. D'où l'importance de travailler à l'aspect juridique du système. C'est le point central des licences qui doivent permettre d'établir des règles d'utilisation des fameux «communs» issus de la contribution, développe Michel Bauwens:

«Pour éviter une captation dans l’industrie physique, je travaille sur une licence qui dit que tout le monde peut utiliser le commun mais qu’il faut qu’il y ait une réciprocité, donc une firme privée qui simplement utiliserait sans réinvestir, devrait payer pour la licence, ce serait la seule exception. Il y a des licences encore plus restrictives, qui refusent toute participation à des entreprises, moi je suis plus pragmatique parce que je trouve qu’il faut des ponts pour justement permettre l’adaptation des vieux systèmes au nouveau.»

Il faudra donc attendre encore quelques années pour savoir si ce monde économique qui s'invente ressemblera ou non à celui que nous connaissons déjà.

1 — Pour les puristes, les deux expessions «open source» et «logiciel libre» ne sont pas tout à fait synonymes et renvoient à des philosophies différentes comme le développe cet article de Richard Stallman. Retourner à l'article

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