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Pourquoi la Corée du Nord invite-t-elle des étrangers à son marathon?

Vidéo des cérémonies du marathon de Pyongyang en 2014

 Le 15 avril, jour des célébrations pour l'anniversaire de Kim Il-sung, la Corée du Nord organisait un marathon ouvert aux étrangers pour la deuxième année consécutive. Mais comment aborder un évènement comme celui-ci dans le pays le plus fermé au monde? Jéré Longman, journaliste sport au New York Times, a participé à cette course avec environ 650 coureurs venus de 30 pays différents.

Jéré Longman raconte qu'un guide de son bus touristique a examiné les tenues de sport de tout le monde pour vérifier qu'il n'y avait aucun drapeaux des Etats-Unis, de la Corée du Sud ou du Japon, ni de logos de marques.

Mais il a remarqué que, sur d'autres points, l'Etat était plus laxiste. Si les appareils photos étaient interdits sur la course, la règle semblait peu encadrée: personne ne les confisquait et personne ne refusait d'être photographié. Zahlen Titcomb, un coureur américain qui était allé à Pyongyang pour une compétition d'ultimate en 2011, a expliqué à Jéré Longman:

«Ça semble plus souple, moins contrôlé.»

Il lui a raconté qu'en 2011 les touristes devaient s'incliner devant leurs guides et qu'il aurait été impensable de prendre des photos sans permission. O Ryong-jong, un fonctionnaire du ministère des Sports nord-coréen, qui faisait partie des guides de Jéré Longman, lui a dit:

«Beaucoup de gens voient seulement notre pays à travers un développement militaire et des personnes pauvres. Nous voulons qu'ils viennent et voient par eux-mêmes.»

Jéré Longman rappelle qu'en 2013 Kim Jong-un avait ordonné que la Corée du Nord fasse passer le nombre de touristes étrangers de 200.000 à un million en 3 ans. Dans ce but, le pays fait construire un nouveau terminal d'aéroport, invite d'autres nationalités au marathon de Pyongyang et à son festival international du film et essaye d'attirer la jet-set avec une station de ski. 

Filippo Nicosia, un diplomate à l'ambassade d'Italie à Pékin, a donné son avis à Jéré Longman au sujet de cette course:

«Ce n'est qu'une légère ouverture, pas un changement structurel. Comme lorsque le New York Philarmonic est venu en 2008. Une petite goutte dans un océan. Rien ne change réellement, mais ça donne une chance à la curiosité de se transformer en chaleur humaine.»

Même s'il a été question en février d'interdire le marathon aux étrangers à cause d'Ebola, cette course a bénéficié d'une plus grande ouverture que la précédente. 

En 2014, nous rapportions les propos de Will Philipps, qui avait participé à la course. L'année dernière, il avait couru avec 250 personnes, soit trois fois moins de coureurs que cette année. Il expliquait que l'ambiance n'avait rien de détendu pour cette course. Il avait eu une prise de conscience au début de la course, lorsqu'il avait comparé son équipement à celui des coureurs locaux.

Tout le monde n’a pas le même regard critique sur ce marathon, comme le montre un article de 20 minutes:«On y va plus pour l’événement et le fun de courir dans l’endroit le plus hermétique au monde», avait expliqué Nathalie Armengol, de l’agence basée à Shanghai «Experience North Korea». Mais même si la Corée du Nord cherche à améliorer son image, 20 minutes rappelle:

«On parle bien d’une dynastie stalinienne, qui internerait 120.000 opposants politiques dans ses prisons, tout en développant un programme nucléaire, et où la grande famine de 1997 a provoqué entre 1,5 et 3 millions de morts (sur 9,5 millions d’habitants).»

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