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Le vrai album à guetter, ce n’est pas Blur, c’est Tame Impala

Tame Impala en concert, en 2013. Imnotcmjames via Wikimedia Commons.

Tame Impala en concert, en 2013. Imnotcmjames via Wikimedia Commons.

Si l’actu musicale va trop vite pour vous, rendez-vous toutes les deux semaines dans la rubrique «Dans ton casque». Actu, vieilleries, révélations ou underground: vous serez nourris en 3 minutes, durée d’une bonne pop song. Aujourd’hui: Blur, Tame Impala, Colleen, le Record Store Day et My Brightest Diamond.

1.Le buzzBlur et Tame Impala

Ere numérique ou pas ère numérique, 45 tours ou streaming, certaines recettes de promo traversent le temps. Celle consistant à envoyer un morceau –pardon, un single– en ballon sonde pour attirer le chaland vers un album futur se porte à merveille.

On vient d’apprendre que Blur allait bien sortir un nouvel album, douze ans après le dernier en date. Ce sera le 27 avril, il s’appellera The Magic Whip, il y aura un cornet deux boules dégoulinant sur la couverture et des inscriptions en mandarin à côté, hommage entendu à la ville de Hong Kong où, en 2013, un maxi-boeuf a donné la matière à Damon Albarn, Graham Coxon, Alex James et Dave Rowntree pour proposer de nouvelles chansons. Plusieurs scènes, depuis le génial Think Tank de 2003, laissaient entendre que Blur n’en avait pas fini et que sa carrière était simplement interrompue par les projets parallèle de ses membres, notamment Damon Albarn.


La publication d’une intégrale studio, en 2012, semblait avoir figé leur oeuvre commune pour l’éternité. Le groupe ne s’était à engagé à rien, et il nous promet que cette reformation a un sens artistique. Que le nouvel objet va puiser dans tout son savoir-faire, la britpop des années 1991-1996, l’expérience saturée et sonique des années 1997-1999, la mélancolie lumineuse du Out of Time de 2003. Même si, à cette heure, les morceaux Lonesome Street et Go Out nous semblent à ranger dans la colonne anecdotes de la splendide épopée du groupe. Douze ans, c’est ce qu’il leur avait fallu à la grande époque pour enregistrer sept albums, de Leisure en 1991 à Think Tank en 2003.

S’il fallait guetter une nouveauté prometteuse à l’heure où nous écrivons, ce serait plutôt le prochain Tame Impala. Aucune date de sortie n’a été fixée. Mais le scepticisme qui entourait notre écoute des deux premiers albums du groupe australien a été balayé par la mise en ligne, à la surprise générale, de la chanson Let It Happen.


Tame Impala a ramassé un succès public et d’estime phénoménal à l’aube des années 2010 pour sa texture sonore à la fois ouatée et saturée, mélange de vieille tradition psyché et d’electro futuriste, étalée sur InnerSpeaker (2010) et Lonerism (2012). Certes, elle est candidate pour incarner la bande-son d’une époque qu’on percevrait comme rude, vaine mais créative. Certes, elle est devenue une nouvelle esthétique dont l’influence est, d’emblée, devenue notoire sur de nombreux groupes. Mais on cherche encore la chair de cette musique, ce qui la rend vitale une fois que tout le monde a éteint la lumière du laboratoire.

Let It Happen, en comparaison, est une bombinette qui répare à elle seule tout ce qui nous manquait jusqu’ici dans le travail de Kevin Parker: une clarté rythmique épatante, des phrases musicales indélébiles, des variations parfaitement scénarisées, sans rien abandonner de l’ADN de Tame Impala, pas même cette insolence qui conduit le morceau à durer plus de sept minutes.

2.Le coup de pouceColleen

Colleen est à ranger, dans le rang de nos admirations, non loin de Christophe Chassol, l’inventeur des Ultrascores dont nous vous parlions il y a deux semaines. La Française Cécile Schott, seule maître à bord du projet, crée, elle aussi, des formes qui contemplent toutes les modes de très, très haut. Le chemin solitaire qu’elle trace depuis Everyone Alive Need Answers (2003) s’enrichit d’une nouvelle étape avec Captain Of None, son dernier album à peine paru.


Aussi singulier, épuré et radical que les quatre précédents, il en propose une sorte de synthèse: on y retrouve les entrelacs de sons qui font son empreinte, des postures totalement acoustiques, des voix –la grande nouveauté du précédent effort, The Weighing Of The Heart– surgies de la lumière. En supplément, de premiers essais de percussions et une place ample laissée aux fréquences basses. Pour ceux qui découvriraient ici Colleen, son deuxième disque, The Golden Morning Breaks (2005), est un must-have d’une discothèque idéale des années 2000. Et les illustrations d’Iker Spoizo, qui dessine sa musique depuis dix ans, un must-see.

3.Un vinyleCelui que vous allez vous procurer ce samedi

Si vous n’avez pas mis les pieds chez un disquaire depuis des mois, c’est le jour ou jamais pour expurger vos péchés et obtenir le repentir. Ce samedi 18 avril est le Record Store Day; le Jour des Disquaires, mais comme ça sonne moins bien, on dit Disquaire Day. Partout en France, les derniers militants ultimes de l’art mélodique que sont les marchands de disques physiques mettent en vente des dizaines de références à tirage ultra-limité, produites spécifiquement pour ce jour-ci.

Qu’importe si, dit-on, le concept perd de sa vitalité première. Le disque est un objet magique qui ne sera jamais assez célébré. Des groupes vont jouer live dans les petites boutiques. Et quelques curiosités vous font les yeux doux: des pictures disc de Bowie, un point d’étape avec Feu! Chatterton, une compilation trop classe de Cannonball Adderley, une rareté de 1961 d’Etta James rééditée, l’intégrale des Red House Painters (voir ici une pré-sélection anglo-centrée de The Indépendant). Allez, on sort la bleue, et avec le sourire SVP.

4.Un lienMy Brightest Diamond

Si on s’écoutait, on vous ferait un lien de redirection vers les videos de la Blogothèque un numéro sur deux. On les réservera à l’élite de l’élite de la crème. My Brightest Diamond, par exemple. Ecouter chanter l’Américaine Shara Worden est un privilège de notre époque.

Chryde, qui présente la soirée de poche dans un texte fort inspiré, dresse un parallèle que nous avions fait spontanément il y a quelques années avec la grâce surnaturelle de feu Jeff Buckley. Jamais, depuis le fils de Tim, une telle voix n’avait gravé des mélodies pour ses contemporains. Jamais, depuis l’auteur de Grace, un être n’a semblé à ce point habité par le fait musical.

Il n’y aura jamais de soirée de poche avec Jeff Buckley, ce sera l’une des grandes cruautés de notre existence. Avec My Brightest Diamond, si. Il suffit de mesurer sa chance.

5.Un copier-collerColleen par elle-même

En 2007, Cécile Schott, alias Colleen, avait ouvert les portes de son appartement, lieu de créations de ses oeuvres, à la même Blogothèque:

«Je ne fais pas de la musique élitiste. Ma musique n’est pas difficile pour des gens ouverts d’esprits et curieux. Et j’ai l’impression qu’il y en a beaucoup. C’est assez mélodique. La pop, j’adore ça, mais je serais juste incapable d’en faire. Hey Ya!, d’Outkast, pour moi, c’est un super morceau, mais John Cage a aussi fait des super morceaux. Dans la musique indienne, il y a de super morceaux… Maintenant, je sais que pas mal de gens ne comprennent pas la musique instrumentale. Pourtant la musique commence quand on sort un son d’un tambour ou d’une flûte. Pas par une chanson pop.»

8 janvier 2007, entretien réalisé par votre serviteur.

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