Partager cet article

Coup de neuf à Monaco

Le Sporting © Monte-Carlo SBM

Le Sporting © Monte-Carlo SBM

Des travaux gigantesques sont en train de métamorphoser le cœur de la principauté méditerranéenne afin que la cité-Etat des Grimaldi entre réellement dans le XXIe siècle grâce à des constructions immobilières et des lieux de vie plus adaptés à la modernité.

A la veille de la saison d’été, lancée par le Masters de Monte-Carlo et le Grand Prix de Formule 1, les visiteurs et vacanciers du Rocher princier vont découvrir, médusés, le vaste chantier qui occupe les hauteurs de Monte-Carlo: les jardins en terrasse du casino, l’Hôtel de Paris en partie fermé, l’arrière du palace et la Rotonde 1900 détruits, le Sporting d’Hiver emballé comme une momie verticale –des échafaudages partout.

L’Hôtel de Paris et l’Hermitage ne sont plus quasi mitoyens: rues barrées et déviations par la mer ou les abords du Sporting d’Hiver sont obligatoires.

Sur les Jardins des Boulingrins, balade traditionnelle des résidents, une vingtaine d’énormes bulles en métal abritent les boutiques Vuitton, Dior, Chanel, Boucheron, Cartier, Prada, John Galliano… telle une esplanade alvéolée vouée aux objets du luxe joaillier et vestimentaire si recherché par la clientèle férue de shopping haut de gamme, une des spécialités emblématiques de Monaco.

Voilà la première implantation originale qui attire l’œil, les badauds et les fous de pierres dures et autres rivières de diamant qui habitent de temps à autre les appartements panoramiques des tours toujours plus élevées qui tutoient le ciel bleu, jusqu’à 100.000 euros le mètre carré.

Au sommet de la Tour Odéon, à peine achevée, le triplex est mis à prix 350 millions d’euros. Il y aurait trois acheteurs en discussions, aucun Français semble-t-il.

En fait, la principauté ne s’étend que sur deux kilomètres carrés pour 9.000 citoyens monégasques, 40.000 résidents et 50.000 comptes en banque. C’est trop peu pour le Rocher qui ne cesse de capter la fine fleur des expatriés des pays riches qui paient très cher le bien-être sous le soleil, la «paix monégasque» et surtout la sécurité, l’atout incomparable pour ces résidents huppés qui roulent en Rolls Apanage accompagnés de dames bijoutées. C’est l’aspect «principauté d’opérette» qui est loin d’avoir disparu, voir le Bal de la Rose, mille convives triés sur le volet, smokings et robes du soir.

Donc, il faut de l’espace, des lieux de vie à inventer car l’attractivité de Monaco est devenue mondiale, c’est un refuge cosmopolite pour de nouveaux arrivants, des familles avec enfants en âge d'être scolarisés, qui occupent ces tours non plus seulement pour la belle saison, les plages, le yachting et les mondanités à l’Hôtel de Paris mais pour y vivre à l'année.

Projet terminé de l'Hôtel de Paris © Monte-Carlo SBM

Les jeux d’argent, le black jack et la roulette ne sont plus ce qu’ils étaient dans les années 1960-1980, mais les casinos restent une pièce maîtresse dans le glamour monégasque, un sérieux prétexte à installer ses pénates dans la Principauté où les tapis verts sont à chaque coin de rue, ou presque: dans le hall du Café de Paris par exemple.

Des tours plantées à la place de villas 1900 il y en a eu, hélas. L’extension de la ville-Etat est une nécessité, c’est une des clés de voûte du développement actuel voulu par le prince Albert et les édiles locaux. Il ne faut pas se figer dans la contemplation du passé, mais regarder en face les décennies à venir –ce fut déjà l’objectif révolutionnaire de Rainier III, prince bâtisseur s’il en fut.

Le plan d’urbanisme 2014/2018, approuvé par une ordonnance souveraine, affecte en priorité l’Hôtel de Paris, joyau Napoléon III, qu’il s’agit de repenser de haut en bas. Il n’est plus aux normes côté incendie, chambres de service hors d’âge, suites à aménager, cloisons à abattre et une nouvelle harmonie d’ensemble à mettre sur pied avec une villa et une piscine sur le toit –le super glamour.

La Rotonde a été sacrifiée, vestige d’un autre temps. L’Hôtel de Paris, la beauté des intérieurs, les salons en marbre du rez-de-chaussée et les trésors du Louis XV, le restaurant trois étoiles d’Alain Ducasse restent dans leur jus, modernisé ici et là par Patrick Jouin et Sanjit Manku, concepteurs du restaurant-musée du chef landais, citoyen monégasque. On fait dans le raisonnable, les détails et les ajouts nécessaires à la modernisation raisonnée.

Au Sporting d’Hiver, de l’autre côté de l’Hôtel de Paris, le projet d’urbanisme est plus radical car le bâtiment Art Déco, ses salons à mezzanines, les bureaux où la SBM a eu son siège, les boutiques du rez-de-chaussée, les cinémas, ce gigantesque building n’avait plus sa raison d’être depuis que la salle de spectacles du Sporting d’eté (mille places) a pris le relais pour des dîners de gala, des shows de stars de la chanson et d’autres événements. La culture vivante est une exigence de la famille princière: voir l’opéra, la danse, le théâtre chers à la princesse Caroline.

A la place du défunt Sporting, sept bâtiments d’habitations, un nouveau quartier, 30% d’espace public offert à la population: la destruction et la reconstruction sont un plus indéniable pour le Rocher.

Encore une fois, le foncier est restreint et patrimonial. L’Ordre des Architectes, présidé par Patrick Raymond, rappelle sa position historique: pas d’autorisation de démolir sans permis de construire. Pas de chantiers béants à Monaco.

«Il n’y a pas de constructions sauvages, indique Daniel Lambrecht, directeur immobilier de la SBM, il y a des instances de l’Etat, tout doit être validé par le gouvernement de la Principauté.»

En un mot, il s’agit d’inventer le futur et de faire évoluer l’identité monégasque et la gestion économique du territoire pentu.

Et l’extension sur la mer? Le prince Albert a autorisé en 2009 la création du Monte-Carlo Bay Hotel, construit sur quatre hectares gagnés sur les eaux bleutées: un building géant couleur crème et ocre de 340 chambres est né, ainsi qu’un casino, un vaste spa avec piscine chauffée, une autre piscine-lagon, des jardins méditerranéens, quatre restaurants, des salons ici et là. Un beau complexe «resort» pour les congrès et les vacances familiales au bord de l’eau.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte