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Indigestion médiatique: quand la presse américaine écrit une centaine d'articles sur une pause déjeuner d'Hillary Clinton

Hillary Clinton chez Chipotle, le 13 avril 2015 (image CNN).

Hillary Clinton chez Chipotle, le 13 avril 2015 (image CNN).

En route pour l'Iowa, Hillary Clinton, fraîchement candidate à la primaire démocrate, s'est arrêtée le 13 avril dans l'Ohio pour manger dans la chaîne de fast-food mexicain Chipotle. Ce détail de son itinéraire de campagne est a priori complètement insignifiant, mais dans la presse et sur les chaînes de télévision américaines, cette pause déjeuner a donné lieu à un incroyable emballement médiatique. L'«événement» a été analysé sous tous les angles possibles. 

1.L'angle flash actu

C'est le New York Times qui a déniché le scoop: Hillary Clinton, portant de grosses lunettes de soleil, a mangé chez Chipotle. La journaliste du quotidien a été informée par une source anonyme et a aussitôt contacté le gérant du restaurant. Une analyse des images de la caméra de surveillance a alors confirmé que la candidate démocrate avait bien mangé dans ce Chipotle de Maumee, 15.000 habitants. L'info s'est même retrouvée dans la presse française: «Clinton incognito dans un fast food» titrait le site du Figaro.

2.L'angle sociologie du fast-food

Le Wall Street Journal a ressorti un sondage de 2014 qui étudie le lien entre opinions politiques et choix de restauration rapide. Il s'avère que Chipotle est une chaîne qui plaît particulièrement aux démocrates (alors que Taco Bell, une autre chaîne tex-mex, est plutôt aimée des centristes). Chipotle est le choix des jeunes urbains (tendance Obama) et permet donc à Hillary d'avoir l'air cool et moderne.

3.L'angle nutritionnel

Le New York Times se demande si l'ancienne Première dame a mangé un menu très calorique par rapport aux commandes habituelles dans le restaurant. Dans un article de février, le quotidien avait déterminé que le client moyen de Chipotle mange environ 1.070 calories. Or madame Clinton, qui a commandé un burrito au poulet et du guacamole (environ 800 calories) a mangé plus léger que la moyenne des Américains. 

4.L'angle critique

Assez vite, les commentateurs conservateurs ont regardé comment utiliser cet «incident» pour critiquer Hillary. L'animateur radio Rush Limbaugh a trouvé un angle porteur: «J'aimerais bien savoir si elle a laissé un pourboire, parce que cela indiquerait qu'elle comprend l'Américain ordinaire, l'Américain moyen qu'elle cherche à représenter.» Peu après, un journaliste de Bloomberg a mené l'enquête et suite à sa conversation avec le personnel, il a conclu qu'Hillary Clinton n'avait pas laissé de pourboire. Chez Fox News, les commentateurs ont aussi trouvé que le fait de porter des lunettes noires en intérieur était symptomatique du manque de transparence de la candidate.

5.L'angle social

Le site Politico se penche sur le salaire des employés qui ont servi et préparé le burrito d'Hillary Clinton. Le jeune de 25 ans qui a cuit son poulet gagne 8,20 dollars de l'heure (soit 7,60 euros) et le salaire moyen chez Chipotle est de 10,10 dollars de l'heure (9,30 euros), plus élevé que dans la plupart des fast-food. L'assistant manager gagne environ 2.600 euros par mois, et il est plutôt content.

6.L'angle overdose médiatique

Les médias ont rapidement réagi à cet emballement médiatique en se moquant de leurs confrères. «Flash Actu: Hillary mange de la nourriture», a titré le site MediaiteDans le Daily Show, l'humoriste Jon Stewart s'amuse du fait que l'annonce de la candidature du républicain Marco Rubio a presque été moins analysée que le burrito: «Pas de chance, le jour où Rubio annonce sa candidature, Hillary Clinton décide de manger un déjeuner.»

Il faut préciser que dans la majorité des articles sur la pause Chipotle, les journalistes ont tout de même adopté un ton humoristique: «Un des grands mystères politiques des débuts de la campagne présidentielle de 2016 a été résolu: Hillary Clinton n'a pas laissé de pourboire chez Chipotle», écrivait le journaliste de Bloomberg. 

Moins d'une semaine après l'annonce de sa candidature, on en est donc déjà arrivé au point où les reporters se moquent eux-mêmes de leurs articles sur Hillary Clinton. Ils ont encore un an et demi à tenir comme ça.

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