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L'ambassadeur de France recalé au Vatican pour cause d'homosexualité: un sommet d'hypocrisie

Le pape François au Vatican le 12 avril 2015. REUTERS/Tony Gentile

Le pape François au Vatican le 12 avril 2015. REUTERS/Tony Gentile

L'affaire révèle les contradictions internes qui divisent aujourd’hui la «tête» de l’Eglise catholique.

Qui gouverne au Vatican? Y a-t-il encore, au-dessus du Tibre, un pilote dans l’avion? On est en droit de se poser la question devant l’interminable polémique, qui est tout sauf insignifiante, opposant la Curie romaine au gouvernement français à propos de la nomination d’un nouvel ambassadeur de Paris auprès du Saint-Siège. Une affaire, apparemment protocolaire, mais qui révèle les contradictions internes qui divisent aujourd’hui le «sommet» de l’Eglise catholique.

Voilà un candidat de la France qui a le curriculum parfait pour siéger villa Bonaparte à Rome, l’historique demeure de son ambassade au Vatican, l’une des plus prisées et convoitées dans le milieu diplomatique: Laurent Stefanini, chef du protocole de l'Elysée sous François Hollande et Nicolas Sarkozy, ancien chef du service des questions religieuses au Quai d’Orsay, avait déjà été, entre 2001 et 2005, premier conseiller de cette ambassade, où il s’était fait apprécier par sa discrétion et son professionalisme. Au terme de cette mission diplomatique au Vatican, il avait même été décoré de l'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand, l’une des plus hautes distinctions délivrées par le pape.

Ce candidat de la France qui, en outre, n’a jamais fait mystère de ses convictions et de sa pratique catholiques, a bénéficié d’un coup de pouce, à Rome, de l’archevêque de Paris, le cardinal André Vingt-Trois, et surtout du cardinal Jean-Louis Tauran, la plus haute personnalité française dans l’entourage du pape: c’est lui qui préside l’important Conseil pontifical du dialogue interreligieux (avec l’islam sutout) et a été nommé, il y a peu, par le pape argentin «camerlingue» de l’Eglise, un poste très élevé dans la hiérarchie vaticane. Le camerlingue est celui qui assure la transition du pouvoir après la mort ou la démission du pape.

Et pourtant, depuis près de trois mois, la candidature de Laurent Stefanini est bloquée. Aucune réponse n’est donnée à la proposition de la France de la part du Vatican où, selon la tradition, tout silence équivaut à un refus d’agrément. Pourquoi ce blocage? Parce que le diplomate Laurent Stefanini, très expérimenté et très catholique, a le tort d’être homosexuel! Déjà, en 2007, le Saint-Siège (entité juridique qui gouverne l’Eglise, à distinguer du Vatican qui désigne un territoire) n’avait pas donné son agrément à l’ambassadeur alors proposé par Paris, Jean-Loup Kuhn-Delforge, parce que celui-ci était ouvertement homosexuel et vivait avec son compagnon auquel il était lié par un PACS.

La pratique constante du Saint-Siège est, en effet, de ne pas accepter les lettres de créance d’un ambassadeur qui se trouve en situation d’ «irrégularité» matrimoniale au regard des canons catholiques. Mais à la différence de ce premier cas français de refus, l’actuel candidat, Laurent Stefanini, ne se trouve pas dans une telle situation irrégulière. Ce catholique est célibataire sans enfant. Il n’a même jamais manifesté le moindre militantisme pour les droits des homosexuels.

«Qui suis-je pour juger»

Les bras tombent devant pareille situation et la question n’est pas superflue: qui gouverne vraiment au Vatican? Est-ce encore le pape François qui, le 28 juillet 2013, à bord de l’avion qui le ramenait de Rio de Janeiro à Rome, avait posé devant les journalistes une question qui avait fait le tour du monde: «Qui suis-je pour juger la personne homosexuelle, qui cherche le Seigneur avec bonne volonté»? Il l’avait répétée dans une longue interview à la revue des jésuites La Civiltà Cattolica, ajoutant: 

«l'ingérence spirituelle dans la vie personnelle n’est pas possible». 

Cette double affirmation avait énormément contribué au succès médiatique du pape François. Beucoup y avaient vu, sans doute à tort, un virage dans la doctrine traditionnelle de l’Eglise, alors qu’elle n’était qu’une prise en compte plus «pastorale», de la part de ce pape jésuite et argentin, de ce vieux précepte selon lequel l’Eglise condamne l’homosexualité, mais propose la miséricorde et la charité pour l’homosexuel. L’Eglise condamne la pratique, mais pardonne au pécheur!

Alors oui, la question est posée. Est-ce le pape François qui gouverne ou sont-ce certains cercles de la Curie ceux qui renâclent devant les réformes engagées, qui peinent à admettre le grignotage de leur pouvoir, qui crient au risque d’abandon et de renoncement doctrinal, qui rêvent de revanche contre un pape si éloigné des habitudes romaines, qui dénonce régulièrement les réflexes bureaucratiques et mondains de son entourage. On se souvient des «quinzes maladies» de la Curie qu’il avait dénoncée à Noël dernier: «Alzheimer spirituel», «fonctionnarisme», «schizophrénie existentielle», «carriérisme», «opportunisme», «pétrification mentale», «visages lugubres», «commérages»!

On est frappé par un tel festival d’hypocrisie romaine

On est frappé par un tel festival d’hypocrisie romaine. Le refus des lettres de créance d’un ambassadeur homosexuel est en contradiction flagrante avec le «Qui suis-je pour juger?», devenu la marque de fabrique du pontificat du pape François, mais aussi et surtout avec la quantité d’ecclésiastiques homosexuels qui hantent les couloirs du Vatican et que ne dément pas le pape argentin lui-même, à qui la rumeur avait prêté, à son arrivée, une dénonciation du «lobby gay» de la Curie. Certains de ces homosexuels notoires ont même bénéficié depuis deux ans d’une stupéfiante promotion, comme celle de Battista Ricca, un monsignore au passé scandaleux, nommé par le pape (mal informé) directeur de la Maison Sainte-Marthe et «prélat» de l’Institut pour les œuvres de la religion (IOR), la déjà sulfureuse banque du Vatican.

On ne voit pour le moment pas de sortie à cette crise entre Paris et le Vatican à propos de la nomination d’un nouvel ambassadeur. Le nonce à Paris a fait comprendre à Laurent Stefanini qu’il devait se retirer mais, mercredi 15 avril, le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a réaffirmé que Laurent Stefanini restait le candidat de la France. On ne sait pas non plus qui l’emportera du pape ou des cercles les plus conservateurs de la Curie. Mais cette mini-crise renforcera à coup sûr les partisans de la suppression de cette ambassade auprès du Saint-Siège, au nom des économies à faire au Quai d’Orsay et de l’historique «doublon» à Rome avec l’ambassade de France auprès de l’Italie (au palais Farnese). Dans cette lamentable affaire, les croyants devront surtout constater qu’on est très loin de la formule évangélique qui fait dire à Jésus «Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés» et attribue le pouvoir de «lier et délier les péchés» donné par Jésus à Pierre, son premier apôtre et premier pape.

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