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Le «testament» de Charb arrive au bon moment

Place de la République à Paris le 7 janvier 2015 REUTERS/Gonzalo Fuentes

Place de la République à Paris le 7 janvier 2015 REUTERS/Gonzalo Fuentes

Trois mois après les attentats, un livre posthume du directeur de Charlie Hebdo va sortir, et c'est une très bonne nouvelle.

Il arrive à point nommé ce «testament» de Charb. Même si à «testament» –comme le qualifie l'Obs qui publie les bonnes feuilles du livre du directeur de Charlie Hebdo, tué le 7 janvier– on préfèrera le nom que Charb avait lui-même choisi de donner au livre qu'il a terminé deux jours avant sa mort, une simple «lettre ouverte» adressée «aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes» (Editions Les Echappées). Une énième mise au point publique destinée à désarmer les esprits en surchauffe dès qu'il est question de se moquer des religions en général, de l'islam en particulier. Une mise au point publiée par un homme qui est aujourd'hui six pieds sous terre pour avoir osé opposer à l'hystérie générale le flegme goguenard du celui qui sait qu'un dessin n'a jamais tué personne. 

Il arrive à point nommé parce qu'il aura fallu moins de trois mois après les tueries de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher pour que les profanateurs de sépulture déboulent en masse. Qui pour dire «je suis Charlie mais», qui pour clamer «J'ai une gueule à m'appeler Charlie moi?», qui pour décider que «c'est bon, là, on passe à autre chose». Même si en effet, la société française est passée à aute chose. Après avoir piétiné dans les rues le 11 janvier au son de «Je suis Charlie», «Je suis juif», «Je suis athée», «Je suis flic» les Français sont aujourd'hui abreuvés de petites phrases imbéciles débitées par un rappeur dont la vacuité n'est plus à prouver ou par un journal libertaire qui fait semblant de s'émouvoir d'une récupération dont les 17 morts ne sont en rien responsables. Ou encore par des dessinateurs de presse (des dessinateurs de presse!!!) qui ricanent malhonnêtement de faits dont ils ignorent toute la complexité.

Il arrive à point nommé aussi, quand on constate les réactions sarcastiques voire franchement haineuses suscitées par #RallumerRepu. Le 11 avril, trois mois pile après la marche républicaine et alors que la place de la République qui avait accueilli plus d'un million de personnes était expurgée des bougies, affichettes et fleurs déposées en hommage aux victimes, un rassemblement a été organisé à cet endroit. L'initiative (à laquelle j'ai participé) n'avait d'autre but que de continuer à faire de cette place un lieu de commémoration, de rassemblement. D'autant que quantité d'autres actes terroristes ont été perpétrés depuis janvier ailleurs dans le monde. Remettre quelques bougies, coller des affiches pour le Kénya, pour Bardo, se recueillir pour les morts. Voilà ce qui a amené quantité de personnes à fustiger «la preuve irréfutable d'un nombrilisme occidental», «une génération émotive qui ne sait raisonner que par slogans» ou encore «ce rassemblement d'islamophobes» (???) Sans compter les insultes pures et simples et les Lapidaires «ça sert à rien votre truc».

Ce serait bien naïf d'espérer que cette oeuvre posthume de Charb fasse enfin taire ceux, par trop nombreux, qui continuent à estimer que les victimes «l'ont bien cherché» ou ceux, encore, qui certes s'émeuvent de la barbarie des événements de janvier, mais remettent plein de petites pièces dans la grosse machine à diviser les Français en réclamant la fin des repas de substitution ou en vitupérant sur «les jeunes musulmans».

Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes ne mérite pas de point final. Comme l'écrit fort justement, Aude Lancelin dans l'Obs «ce serait donc lui rendre un bien étrange hommage que de transformer cet ultime texte en tables de la loi intouchables, impossibles à discuter».

Discutons des extraits et du livre entier à partir du 16 avril, sereinement, et avec intelligence. Mais ne nous leurrons pas, les gros cons qui chercheront la petite bête y trouveront aussi de quoi réaffirmer leur impérieux besoin de gueuler «je ne suis pas Charlie» en feignant d'ignorer qu'initialement, «être Charlie», c'était juste être contre le terrorisme.

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