Partager cet article

«Nos libidos sont très éloignées»

Danae, de Gustave Klimt,  via Wikipedia License CC

Danae, de Gustave Klimt, via Wikipedia License CC

Cette semaine dans C'est compliqué, Lucile conseille un homme qui souffre de frustration sexuelle face à une femme avec laquelle il va pourtant peut-être emménager.

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du coeur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes

J'ai 39 ans, papa solo d'une fille de 6 ans et d'un garçon de 10 ans. Depuis que je suis séparé de la mère de mes enfants, 5 ans sont passés et j'ai eu de nombreuses relations plus ou moins longues. Il est extrêmement difficile de reconstruire sa vie lorsqu'on a la responsabilité de ses enfants 24h/24 7j/7 –cependant j'ai trouvé la bonne personne depuis 3 ans.

Nous sommes prêts à emménager ensemble et reconstruire une vie de couple et de famille recomposée dans les mois à venir. Ce qui devrait me faire plaisir. Hélas, je me pose beaucoup de questions. Car si nous éprouvons beaucoup de tendresse l'un pour l'autre et que nous nous entendons très bien, je me pose beaucoup de questions sur notre disharmonie sexuelle.

Nos libidos sont très éloignées, elle semble se désintéresser du sexe, ce que je déplore. Non pas qu'elle se refuse à moi, mais par le manque d'initiative et l'absence totale de démonstration de son désir et de curiosité. Je ne me sens pas désiré et j'en souffre. Pour moi le sexe est très important, je suis très ouvert d'esprit, c'est une fête, un plaisir et une exploration à deux. Je fais très attention au plaisir de l'autre et ne comprends pas pourquoi si faire l'amour est si bon, on ne peut pas faire l'amour plusieurs fois de suite...

Je fais partie de la génération Marc Dorcel et aime beaucoup la lingerie; elle en porte mais qu'une fois par mois ou tous les deux mois. Je ne suis pas satisfait et suis particulièrement frustré. Se coucher en pyjama est un tue l'amour pour moi!

Nous avons déjà parlé –surtout moi– de nos différences, elle me dit qu'elle va faire des efforts, et jamais ils n'arrivent. Je suis fatigué de cette situation. On ne change pas les personnes et je n'ai pas envie de lui imposer ce que j'aimerais qu'elle fasse naturellement.

J'ai l'impression que cette frustration continuelle me dévore et que notre relation en pâtit –ne suis-je pas inconscient de refaire ma vie avec quelqu'un avec qui j'ai si peu d'affinité sexuelle? Je me pose beaucoup de questions alors que le désir de vie commune devrait se faire naturellement sans avoir de questions telles que celles-ci...

Marc.

A LIRE AUSSI

«J'ai 35 ans, je suis plutôt mignonne et assez drôle, mais je n'ai ni copain ni enfant»

Lire l'article

Cher Marc,

Jamais je ne donnerais le conseil de rester contre vents et marées avec une personne avec qui la sexualité est un problème. Et pourtant, je suis ennuyée. Vous êtes un père célibataire, du genre qui gère ses deux jeunes enfants H24 et pour ça, je vous félicite, donc vous n’ignorez pas le poids du quotidien. Et un homme de votre âge et de votre expérience doit bien connaître le prix de la passion.

Je comprends votre souffrance et votre frustration sexuelle. Mais je pense aussi que si c’est une telle passion chez vous, vous devriez chercher de quoi intéresser votre partenaire au sujet plutôt que de lui reprocher de ne pas être aussi active que vous. Cette attitude est agressive et ne mènera à rien. Elle est même stigmatisante pour les femmes dont la libido se trouve amoindrie et ridiculisée. Vous pouvez essayer de comprendre sa libido à elle, trouver un point de rencontre de vos désirs et justement explorer avec une attitude ludique ce qui pourrait vous rapprocher.

Mais il est rare que les partenaires soient exactement sur la même longueur d'onde –et les femmes ont parfois des libidos supérieures aux hommes aussi. La question est à quel point cet écart de ressenti est grand, et à quel point il est douloureux. Le sexe, c'est une composante essentielle de la vie amoureuse mais une composante parmi d'autres. Si vous avez la complicité, la tendresse, l'entente intellectuelle, les mêmes aspirations, l'envie d'élever vos deux enfants ensemble... Est-ce que votre frustration sexuelle est plus importante que tout cela? Si c'est le cas vous avez parfaitement le droit de partir. Mais si vous êtes amoureux est-ce qu'il ne vaut pas mieux essayer de vous remettre vous-même en question?  

Vous ne pourrez pas forcer, cette femme ou une autre, à prendre du plaisir si elle n’en a pas envie. Certaines femmes auront besoin de leur orgasme quotidien, d’autres s’en passent bien pendant des années. C’est une question de tempérament, d’hormones, de conjoncture, parfois juste une question d’envie. Et cette envie, il faut la respecter. On oppresse déjà bien trop les femmes au quotidien (dans la presse en particulier) avec l’injonction à l’orgasme sans que ça devienne un motif de rupture au foyer.

Vous lui demandez une attitude érotique et des spécificités vestimentaires qui vont à l’encontre de sa nature. Elles vont d'ailleurs à l’encontre de la majorité des femmes. Dormir nue ou en lingerie de nuit est peut-être plus plaisant visuellement pour mon partenaire (combien de temps au final avant qu’il ou elle ne s’endorme aussi?) mais l’expérience ne me fera jamais oublier qu’il extrêmement désagréable de se réveiller en pleine nuit à cause du froid ou parce qu’on a la nuisette en soie coincée sous les aisselles.

Il en va de même pour l’épilation du maillot, satisfaisante un temps et puis finalement si chère, compliquée à entretenir et douloureuse qu’il est compréhensible de se décider à laisser tomber. Ou encore la question de la lingerie fantaisie, qui, si elle est en synthétique, provoque des mycoses, et si ce n’est pas le cas est l’accessoire le plus désagréable à porter sur toute la journée de travail. 

Je ne vous dis pas que tout le monde déteste ces choses qui vous font fantasmer, mais que ces affirmations simples et communes que vous décidez d’occulter, tirent aussi un trait sur le bien-être essentiel de votre partenaire. Dont vous voudriez qu'elle se conforme à votre fantasme, à votre image de la femme gourmande et sensuelle.

Honnêtement, l’issue de votre problème ne dépend que de vous. Si la sexualité a une telle place dans votre vie et que la femme avec qui vous avez partagé et construit les trois dernières années de votre vie, ainsi que vos enfants, ne vous convient pas, alors ne vous laissez pas mourir à petit feu. Mais demandez vous si, vous qui êtes de la génération Marc Dorcel, vous n'imaginez pas une vie sexuelle fantasmagorique qui ne correspond pas aux désirs réels. Demandez vous ce qui pourrait lui plaire, si vous ne l'inquiétez pas à lui demander sans cesse de faire des efforts, si elle ne se sent pas oppressée, si elle n'est pas frustrée, comme vous-même, de ne pas se sentir désirée parce qu'elle porte un pyjama. La vie sexuelle n'est pas –pas toujours, pas forcément– comme dans Soubrettes services: Lola, au plaisir de monsieur. Et cela vaut pour la quantité comme pour le contenu. Nous avons le droit de ne pas vouloir toujours les mêmes choses au même moment, l’important est de le reconnaître et de laisser à l’autre son droit à la différence. Ce que là, il me semble, vous ne faites pas assez.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte