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Est-ce vraiment l'oeuvre de Günter Grass que l'on retiendra?

Gunter Grass en Espagne le 21 janvier 2006. Reuters

Gunter Grass en Espagne le 21 janvier 2006. Reuters

Au départ il y a eu Dantzig, où Günter Grass est né. Ensuite il y a eu la guerre et la Shoah. Ensuite il y a eu la littérature: Le Journal des coquecigrues, son premier recueil de poèmes est publié en 1956. Trois ans plus tard: Le Tambour, le roman qui lui apporte la notoriété, le succès, et plus tard le Nobel, dont Elfriede Jelinek dira alors que pour sa génération «l'esthétique du Tambour a été quelque chose d'incontournable» et que «le début du Tambour est l'une des plus grandes ouvertures de roman dans toute l'histoire de la littérature». Le livre sera même adapté au cinéma par Volker Schlöndorff –palme d'or à Cannes– et accompagné d'autres romans, pièces de théâtre, poèmes, qui constitueront une oeuvre. Une vie de littérature et d'engagement, qui s'est terminée ce 13 avril 2015, quand Günter Grass est décédé dans une clinique de Lübeck.

C'est la première version. 

Au départ il y a eu Dantzig. Ensuite il y a eu la guerre et la Shoah, puis il y aura la littérature, mais pendant la guerre, il y aura eu l'enrôlement de Günter Grass dans la Waffen SS. 

Ça, c'est la deuxième version, connue du grand public en août 2006, quand le romancier le rèvèle quelques jours avant la sortie de son autobiographie, Pelures d'oignon. Le Figaro écrit alors:

«De Günter Grass, on savait juste qu'il avait été recruté à 17 ans comme auxiliaire de la défense antiaérienne en 1944 avant de servir comme soldat dans les derniers mois de la guerre. En réalité, il avait cherché à s'engager dans la marine dès l'âge de quinze ans, avant d'être recruté deux ans plus tard par la division Frundsberg, qui appartenait aux Waffen SS. Même si Günter Grass n'a, selon ses propres mots, pas tiré une seule fois, cette expérience lui "a pesé. (...) Il fallait que ça sorte".»

Peut-être que Günter Grass l'avait avoué parce que le moment était venu, comme il l'avait lui-même assuré. Peut-être était-ce pour amplifier la médiatisation de la sortie de son autiobiographie. Ou peut être était-ce autre chose, comme l'envisageait alors le critique littéraire et écrivain Pierre Assouline: 

«L'écrivain n'a-t-il pas essayé de désamorcer la publication prochaine d'une enquête de journaliste, ou d'une nouvelle biographie, révélant ce passé caché? Cette anticipation d'une dénonciation annoncée est tout à fait plausible, surtout depuis la récente divulgation d'un grand nombre de dossiers d'archives récupérés dans les ruines de l'Allemagne nazie, et longtemps conservés à l'abri des regards dans l'ex-Union soviétique et dans les pays de l'Est, notamment l'ex-RDA.»

Dans tous les cas, l'Allemagne perdait alors «une instance morale» selon Michael Jürgs, journaliste et biographe de Günter Grass, cité par Le Figaro; ses «traditionnelles leçons» données «à la conscience collective allemande» devenaient alors «inaudibles» selon Pierre Assouline. Et ses leçons avaient longtemps été clamées fort, c'était tout de même un écrivain que le jury du Nobel avait présenté comme «un homme des Lumières, à une époque qui s'est lassée de la raison». 

Il était très engagé dans la transmission d'une mémoire de la guerre, ancré à gauche, antilibéral et anti-américain revendiqué, qui avait participé dans les années 1960 aux campagnes électorales du Parti social-démocrate (SPD) rapportait Le Monde en 2012, dans un long article sur l'écrivain. Il avait fait campagne pour le futur chancelier Willy Brandt et n'avait rendu sa carte du SPD qu'à 71 ans pour se mettre à faire campagne pour les Verts.

C'est cette personnalité respectée qui avait en fait menti l'essentiel de sa vie, qui mourait un peu en 2006. 

L'écrivain lui avait arrêté d'écrire en 2012. 

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