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Le demi-tour demi-avoué demi-réussi de François Hollande

François Hollande, pendant le discours du Bourget, le 22 janvier 2012. REUTERS/Benoit Tessier

François Hollande, pendant le discours du Bourget, le 22 janvier 2012. REUTERS/Benoit Tessier

Trois ans après le discours du Bourget, le président a radicalement changé de politique. Trop tard pour emmener derrière lui une majorité plus à gauche que lui. Un piège idéologique qui sera redoutable en 2017.

Imaginez-vous le discours de lancement de sa candidature au Bourget, le 22 janvier 2012, dans lequel François Hollande annonce: l'absolue priorité donnée au rétablissement des marges des entreprises pour leur permettre d'investir massivement; une relance des investissements publics et des collectivités en échange d'une forte réduction de leurs dépenses de fonctionnement; une modification du Code du travail pour permettre aux entreprises de déroger aux règles du temps de travail si les syndicats maison sont d'accord; une réallocation de l'épargne en faveur des placements de long terme au capital des entreprises; enfin, une mesure de gauche, forte et moderne: la création d'«un compte personnel d'activité» qui aide les salariés à changer d'emploi dans un monde mouvant grâce à «une sécurisation des parcours» et la portabilité des droits. Dans une ère schumpétérienne, de créations-destructions, le socialisme n'est plus la défense des emplois existants (les Florange) mais la défense des salariés en les équipant de capacités de rebond.

Imaginez-vous, de surcroît, que le candidat demande à ses électeurs d'être patients sur la croissance, il table de façon totalement inédite dans le monde politique sur des chiffres en deçà de ce que prévoient les économistes: 1% de croissance l'année en cours et 1,5% les deux années suivantes? Dans ces conditions, l'autre priorité est de faire des économies, 21 milliards d'euros dès la première année. Si la croissance est meilleure qu'attendu, «le surplus de recettes doit aller à la diminution plus rapide des déficits».

Imaginez-vous que cette politique conduise la France «sur une trajectoire légèrement meilleure que celle recommandée par la Commission européenne»? Vous noterez le mot «meilleure»: la réduction du déficit est plus forte donc «meilleure», les socialistes rompent avec leur keynésianisme primaire qui voulait que la dépense publique soit toujours bonne et que plus il y en a, «meilleur» c'est.

Les mesures sus-citées sont exactement celles annoncées cette semaine par le Premier ministre, Manuel Valls. Les citations sur le déficit sont celles du ministre des Finances, Michel Sapin, dans une interview aux Echos du 9 avril 2015.

Au regard du discours du Bourget prononcé par le candidat socialiste, qui s'en prenait à son ennemie «la finance» et promettait une taxe de 75% sur les riches, le demi-tour est cette fois-ci complet.

La première question qui se pose est évidemment celle du temps perdu: deux ans. Celle du coût du détour: des hausses d'impôts qu'il faut ensuite effacer. Celle de la confiance: effectuer un demi-tour à demi-chemin du quinquennat a le mortel inconvénient politique de déplaire à ses amis sans séduire ses adversaires. 

Que reste-t-il «de gauche»?

La «confiance» dans François Hollande reste au plus bas. Du moins pour l'instant. La priorité donnée aux entreprises, à l'économie de l'offre ne déclenche pas l'adhésion des chefs d'entreprise, qui restent l'arme de l'investissement au pied. Paralysés par le «choc fiscal» des deux premières années, ils en réclament «toujours plus», à l'instar de Pierre Gattaz, le président du Medef. Aucun gouvernement depuis Pompidou n'a proposé en France une stratégie plus en faveur des entreprises, mais les patrons continuent de douter. Du moins pour l'instant.

La seconde question en découle, elle est posée légitimement par les socialistes: que reste-t-il aujourd'hui «de gauche» dans le programme Hollande-Valls? Aider les entreprises est indispensable pour l'économie française, pour la croissance, il eût fallu le faire dès le début, il faut s'y atteler sans mégoter. Mais cela ne fait pas «une vision sociale». Il faudrait pour avancer redéfinir ce qu'est l'égalité et ce qu'est le service public, mais cette remise en perspective et en mouvement est bloquée tant que le couple au pouvoir ne s'attaque pas aux bastions corporatistes des systèmes éducatif et sociaux. C'est-à-dire au coeur de l'électorat du Parti socialiste.

Le président Hollande n'a pas changé son parti. Chemin faisant, il aurait dû à la manière d'un Pierre Mendès France faire la pédagogie de son demi-tour et relancer la discussion sur des nouvelles politiques de gauche de l'école, de l'urbanisme, de l'intégration, de la protection sociale. Il eût pu dépasser facilement l'opposition primitive des «frondeurs» et celle boudeuse de Martine Aubry.

Trois ans plus tard, le président élu en 2012 se résume à son demi-tour demi-avoué demi-réussi.

A la primaire de 2011, Manuel Valls, qui, lui, n'a pas changé de ligne, n'avait obtenu que 5,63% des voix au premier tour, tandis que Hollande en obtenait 39,17%, Martine Aubry 30,42% et Arnaud Montebourg 17,19%, soit 47,61% à eux deux. La moitié des socialistes était sur une ligne gauche de la gauche et en réalité probablement plus. A l'époque, François Hollande ne pouvait pas se présenter sur une ligne nettement sociale-démocrate, gauche moderne, il aurait été rejeté. Mais aujourd'hui, faute d'avoir trouvé les moyens d'une mue, la composition idéologique et sociologique du PS est restée la même. Même pensée keynésiano-redistributive figée, même surreprésentation de fonctionnaires.

Le social-démocrate François Hollande, chemin faisant, n'a pas réussi à emmener ses camarades derrière lui. Le Parti socialiste reste à majorité non aligné sur la politique actuelle. Il est incapable de redéfinir radicalement ce que doit être une politique de gauche au XXIe siècle. La difficulté du président 2015 avec sa majorité est la même que celle du candidat 2012 et elle se retrouvera en 2017.

Article également publié dans Les Echos

 

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