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Vous croyez que les drones nuisent à la planète? Vous avez tort

Des pigeons et un drone, le 9 décembre 2013 à Bonne. REUTERS/Wolfgang Rattay

Des pigeons et un drone, le 9 décembre 2013 à Bonne. REUTERS/Wolfgang Rattay

Les drones, associés à la guerre, pâtissent d'une mauvaise image. Mais ils ne servent pas qu'à ça, et au-delà de leur usage commercial, ils peuvent même servir l'environnement.

«Quelle est la première chose qui vous vient à l'esprit quand vous pensez aux drones?» C'est la question que 15 étudiants des universités américaines de Stanford, Brown et Spelman ont posée à une centaine de personnes dans le cadre du projet de drone qu'ils ont présenté à l'iGEM 2014, compétition internationale de biologie synthétique. Près de 70% des interrogés ont répondu «pour des usages militaires». Aux États-Unis, les drones sont donc considérés avant tout comme des armes. Même constat en France: selon un sondage de Francetvinfo publié le 29 janvier 2014 à la suite de plusieurs survols de drones, près de 70% ont répondu oui à la question «Les drones représentent-ils une menace pour la sécurité intérieure?»

On sait bien pourtant que les drones ne se résument pas à un usage militaire... Le géant du commerce en ligne Amazon teste actuellement le système de livraison par drones au Canada, Google s’y met aussi, tandis qu'en octobre 2014, l'un des premiers prototypes de «drone ambulance» –qui transporte en urgence un défibrillateur auprès des victimes d'accident cardiaque– a été dévoilé aux Pays-Bas par l'Université de Delft.

Mais pour faire évoluer la perception des drones au sein de l'opinion publique, le groupe d'étudiants américains qui concourrait à l'iGEM 2014 a créé –en collaboration avec la société Ecovative spécialisée en matériaux biologiques et écologiques– un drone à l'allure moins métallique que d'ordinaire. Fabriqué principalement à l'aide de mycélium, partie végétative des champignons ou de certaines bactéries filamenteuses, le quadricoptère se veut respectueux de l'environnement et biodégradable. Le circuit électrique a été imprimé à l'aide d'encre à base de nanoparticules d'argent pour contribuer à son étiquette écologique.

«Le recyclage n'est plus un problème puisque le drone se décompose lui-même au bout de deux ou trois semaines. En général, les drones ne sont pas écologiques, car ils sont construits essentiellement de métal. Et lors de la conception des différentes pièces, les propriétés aérodynamiques prévalent sur le souci écologique», nous explique Lynn Rothschild, chercheuse en biologie synthétique au Centre de recherche AMES de la NASA et l'une des scientifiques qui ont conseillé le groupe d'étudiants tout au long de la compétition.

Morceau de mycélium recouvert d’une fine couche de cellulose bactérienne, choisie pour sa légèreté et sa résistance; ©Stanford-Brown-Spelman iGEM2014/ Eli Block

Prototype du bio-drone présenté par l’équipe d’étudiants de  Stanford-Brown-Spelman à l’IGEM 2014. ©Stanford-Brown-Spelman iGEM2014/ Eli Block

Le produit final n'est toutefois pas 100 % biodégradable: impossible de se passer de certaines pièces comme les hélices et les batteries pour faire voler le prototype, «dont les capacités aérodynamiques n'égalent pas celles d'un drone ordinaire», nous précise la scientifique Lynn Rothschild. 

A l'origine, le bio-drone a été pensé pour accomplir des missions environnementales telles que «la chasse aux tornades, la surveillance contre le braconnage ou encore la collecte de données dans des zones difficiles d'accès (volcans, jungles, grottes notamment) », indique Eli Block à Slate, l'un des étudiants ayant participé au projet, spécialisé en biologie à Brown et en design industriel à RISD. A l'heure actuelle, «le projet est loin d'être terminé, puisque l'équipe est en train de discuter avec plusieurs pourvoyeurs de fonds, y compris la NASA», nous confie Lynn Rothschild. Il pourrait ainsi connaître un tout autre destin que ses confrères de ConservationDrones.org, organisme à but non lucratif dont les drones aident à la sauvegarde de l'environnement.

Depuis 2012, ses deux fondateurs, Lian Pin Koh, chercheur en écologie et en préservation de l'environnement à l'Université d'Adélaïde (Australie), et Serge Wich, biologiste et écologiste de l'Université John Moores à Liverpool (Royaume-Uni), utilisent des drones baptisés «Conservation drones» pour leurs recherches. Recenser la biodiversité dans certaines régions du globe, cartographier les écosystèmes terrestres et aquatiques, suivre leurs évolutions et enfin, veiller à la survie des animaux en voie de disparition et de leurs habitats naturels.

Cette carte interactive répértorie quelques missions déjà effectuées par les Conservation Drones.

Les drones permettent d'obtenir une plus haute résolution d'image que les satellites

Serge Wich

«Les drones permettent d'obtenir une plus haute résolution d'image que les satellites. Ils peuvent survoler des superficies assez grandes et prendre des photos utiles pour détecter des habitats naturels et ce qui les menace. Le seul inconvénient, c'est que nos drones ont besoin d'un terrain dégagé pour atterrir en raison de leur système de voilure fixe», nous explique Serge Wich, spécialiste des primates et des forêts tropicales. Lors d'une conférence TED en novembre 2013, son collègue Lian Pin Koh avait longuement exposé l'intérêt de l'usage de drones:

Par ailleurs, «à une distance correcte, les animaux ne font pas attention aux drones. On peut donc les observer de plus près», estime pour sa part Arnaud Ducros, directeur technique de Drones Applications Développement, société toulousaine à l'origine d'un projet de lutte contre le braconnage des rhinocéros en Afrique du Sud. Sans oublier leur pouvoir de dissuasion: «Si les braconniers savent que la zone est surveillée par un drone, ça peut les décourager», affirme Arnaud Ducros qui, avec son associé Vincent Boyer, a lancé un appel à dons pour son projet baptisé Wild Life's Eye Project via la plate-forme de financement participatif Ecobole.

L'utilisation de drones présente également un avantage pécuniaire, notamment pour les pays en développement où sont effectuées la plupart des missions de préservation de l'environnement. Dans un article publié dans la revue scientifique Tropical Conservation Science, Lian Pin Koh et Serge Wich rappellent que «les recensements sur les orangs-outans sur l'île de Sumatra (Indonésie) peuvent coûter jusqu'à 250 000 dollars (232 000 euros) pour un cycle de deux ans. A cause des coûts trop élevés, ils ne sont pas réalisés à une fréquence nécessaire pour analyser et surveiller de façon adéquate l'évolution des populations»

En comparaison, les Conservation drones ne coûtent qu'environ 2000 dollars, soit 1800 euros (sans l'équipement c'est-à-dire un ordinateur, un appareil photo, une GoPro, un capteur thermique et de pression, des batteries rechargeables etc.), car les deux écologistes ont décidé de les construire eux-mêmes grâce au site DIY Drones (soit «fabriquez vous-mêmes votre drone»), où l'on peut trouver toutes les informations nécessaires à la fabrication de drones, puis échanger et partager avec des experts dans le domaine. 

Le codage de l'électronique embarqué de leurs aéronefs a ainsi été développé en communauté sur le web, seul le matériel électronique a été payé. «Les coûts sont bien moins élevés et l'avantage, c'est aussi que l'on peut réparer et modifier les systèmes en cas de problème sur le terrain, puisque nous les avons conçus nous-mêmes», souligne Serge Wich.

Contrairement au bio-drone des étudiants américains, ces «Conservation Drones» ne sont pas biodégradables car ils doivent rester assez résistants pour fonctionner en pleine nature. Les deux créateurs de ConservationsDrones.org espèrent toutefois que leur approche participatif et communautaire va permettre d'élaborer des modèles de drones plus performants, moins coûteux et bien sûr moins néfaste pour l'environnement.

La dépense d'énergie nécessaire pour un drone est moindre comparée à celle d'un satellite ou d'un hélicoptère

Gilles Galinet, géologue

«Un drone pèse entre 3 et 4 kg environ. Plus la masse est lourde, plus il faut de l'énergie pour la déplacer, surtout dans l'air. La dépense d'énergie nécessaire pour un drone est moindre comparée à celle d'un satellite ou d'un hélicoptère», remarque Gilles Gallinet, géologue à l'Atelier d’Écologie Urbaine et cofondateur avec son frère Alain Gallinet de TerranoDrone, société d'imagerie aérienne par drone au service des géosciences, de l'urbanisme, de la topographie, de l'architecture... «Mais ça reste des machines électriques, il faut des circuits électroniques, il faut recharger les batteries...», poursuit l'ingénieur de 34 ans, passionné de modélisme depuis son adolescence.

Des drones pour cartographier

L'utilisation de drones en cartographie est loin d'être une évidence. En France, seulement une dizaine de sociétés le propose. Mais «les premiers essais sont plus que concluants», se réjouit Gilles Gallinet qui construit lui-même ses drones afin de minimiser les coûts et pouvoir les transformer au gré de ses besoins. 

Photo prise par drone, montrant un cordon de la Renouée du Japon. L'espèce invasive est en pleine expansion sur l'installation de stockage de déchets à Etueffont dans le Territoire de Belfort. Gilles Gallinet/Terranodrone

 

Le géologue travaille actuellement pour le SICTOM Sous Vosgien, gestionnaire de déchets non-dangereux basé à Etueffont dans le Territoire de Belfort, sur le suivi de l'évolution de la Renouée du Japon. L'espèce invasive «agresse violemment la végétalisation plurispécifique qui a été mise en place lors de la reconquête écologique et qui a coûté de l'argent. Le gain de biodiversité acquis est en train de disparaître à grande vitesse», précise Gilles Gallinet. Ces missions de suivi, avant, Gilles Gallinet les effectuait tous les six mois, à pied: 

«Le drone permet de prendre de la hauteur, de couvrir de grandes surfaces et d'obtenir des relevés plus rigoureux, puisqu'il effectue à chaque fois le même vol préprogrammé. Enfin, ça nous évite de passer à pied dans des zones où il y a des ronces», note le cofondateur de TerranoDrone, avant d'ajouter que «ce sont les cartographies par drone qui ont permis de convaincre les élus de prendre le problème à bras-le-corps».

Le drone pourrait révolutionner les méthodes de travail dans l'ingénierie

Gilles Gallinet

Alors quid de la mauvaise réputation des drones? «En ce moment, on paie les pots cassés des survols de drones», déplore Gilles Gallinet qui reste néanmoins confiant en l'avenir:

«Le drone pourrait révolutionner les méthodes de travail dans l'ingénierie»

En dépit de leur image, les drones ne constituent pas une technologie intrinsèquement mauvaise; c'est une technologie comme une autre, et l'on se souvient des propos du théologien britannique Hugh Montefiore: «La technologie peut être utilisée pour le meilleur ou pour le pire. Elle a transformé notre manière de vivre.»

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