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Les LED, ça rapporte de l'argent

Un mur de LED à Coachella en 2010. REUTERS/Mario Anzuoni

Un mur de LED à Coachella en 2010. REUTERS/Mario Anzuoni

Les innovations comme les éclairages à LED ne sont pas uniquement bons pour l’environnement: ce sont des investissements rentables pour les entreprises.

Les personnes qui gagnent leur vie en jouant en bourse font face à un dilemme. Les actions ont atteint des sommets et semblent peu susceptibles de grimper encore. La croissance est minime en Europe et au Japon. L’économie chinoise ralentit. Les perspectives économiques sont si peu encourageantes que les taux d’intérêt sont remarquablement bas. Dans un monde qui stagne, les rendements attractifs semblent difficiles à trouver.

Une rentabilité rapide

Mais lorsque j’entends des professionnels se plaindre qu’il est difficile de trouver des investissements prometteurs, j’ai souvent envie de leur faire avaler une ampoule. Une LED, en l’occurrence. Parce que, oui, il existe encore des investissements qui offrent des rendements incroyables. Dans une certaine mesure, le problème n’est pas le manque d’options correctes, mais le manque d’imagination.

Prenez les ampoules électriques. Sérieusement.

Il serait assez phénoménal de trouver un investissement qui permette de récupérer l’intégralité du capital investi dans les deux ans, puis de toucher des dividendes de l’ordre de 50% pour chacune des 18 années suivantes. Cela reviendrait à doubler son investissement dans les quatre ans et le quadrupler dans les huit ans. C’est la promesse qu’une société de Boston baptisée Digital Lumens fait (et semble, pour l’instant, tenir) à un nombre croissant d’actionnaires du monde entier.

Les LED utilisent 80% d’électricité en moins que les ampoules traditionnelles pour produire la même quantité de lumière. Si l’on rend les LED plus «intelligentes» (avec des variateurs d’intensité, des capteurs et des logiciels qui ajustent la lumière aux conditions extérieures et à l’utilisation de l’espace), les économies d’énergie seront encore plus importantes. Pour tout dire, Digital Lumens promet carrément 100% de lumière pour seulement 10% du prix actuel.

Fondée en 2008, la société fabrique et installe toutes sortes d’équipements lumineux et autres sortes d’éclairages. «L’idée était de combiner plusieurs tendances émergentes: les LED et les technologies dites “intelligentes”, explique Tom Pincince, le PDG de Digital Lumens, et puis de les marier ensemble, avec l’idée de rendre chaque lumière “intelligente”, ce qui conduirait encore à de nouveaux niveaux d’efficacité.» Certes, elles sont beaucoup plus chères à l’achat que les vieilles lampes à incandescence ou les tubes fluorescents, mais la consommation électrique des LED est si basse qu’elles constituent un investissement efficace (en particulier dans les bâtiments qui sont éclairés la majeure partie de la journée).

Prenons un exemple hypothétique fourni par Tom Pincince. Imaginez un bâtiment de 10.000 m² avec une facture électrique annuelle de 100.000 dollars, uniquement pour l’éclairage. Le client achète le nouveau système entre 150.000 dollars et 250.000 dollars. La facture électrique chute à 10.000 dollars, ce qui permet d’économiser 90.000 dollars par an. Grâce aux économies sur la facture électrique, le client rentabilise entièrement son investissement en l’espace de 18 à 33 mois. Et puisque les systèmes peuvent durer une douzaine d’années, les clients vont continuer à économiser annuellement 90.000 dollars durant un bon nombre d’années.

D’après Tom Pincince, le temps moyen pour rentabiliser un équipement Digital Lumens est de deux ans. Bien entendu, les résultats varient selon les endroits. Un centre commercial où les lumières restent allumées 18 heures par jour rentabilisera plus vite son investissement qu’un entrepôt dans lequel les lumières ne sont allumées que six heures par jour.

Les clients auxquels j’ai parlé confirment cela. «Digital Lumens nous a proposé des moyens très efficaces pour utiliser ces lumières», explique John Fershtand, directeur des opérations et de la gestion de l’énergie pour Ben E. Keith, grande entreprise texane de distribution alimentaire, qui compte neuf centres de distribution dans le sud-ouest du pays, allant de 14.000 à 55.000 m². En 2012, Ben E. Keith a rééquipé une zone réfrigérée de 10.000 m² dans un entrepôt à Amarillo, au Texas, avec des lumières Digital Lumens. John Fershtand a remarqué que, par rapport aux ampoules flurorescentes, les LED fonctionnent bien dans le froid. Et elles ont tenu leurs promesses financières.

«L’investissement a été rentabilisé en 18 mois environ, explique John Fershtand. Et aujourd’hui, tout marche parfaitement. C’est comme un cadeau qui ferait des petits.»

La société a depuis aussi installé des équipements Digital Lumens dans un nouvel entrepôt bâti à Houston en 2013 et prévoit de recommencer dans une nouvelle construction à Little Rock.

Bien entendu, le coût de départ des systèmes à LED peut être considérablement plus élevé que celui des ampoules fluorescentes. Mais puisque les systèmes sont conçus plus intelligemment, les architectes peuvent éclairer le même espace avec un plus petit nombre d’appareils.

La Stone Brewing Company, à Escondido, en Californie, est une brasserie «artisanale» en plein essor, qui non contente de produire de la bière, possède désormais deux restaurants «farm to table» («de la ferme à la table») et six boutiques. Elle prévoit aussi de s’étendre en Virginie et à Berlin. En 2012, lors de la construction d’une nouvelle unité de conditionnement de 5.500 m², le chef de projet associé Joshua Lichtman se mit en quête de systèmes d’éclairage efficaces. Après tout, l’unité de fonctionnement était prévue pour fonctionner 24h/24.

Digital Lumens a conçu un système à 42 ampoules (contre les 101 proposées par une autre société, travaillant avec des ampoules fluorescentes). Pourquoi? Les ampoules Digital Lumens sont équipées de capteurs qui peuvent s’adapter à la lumière du jour. «Chaque lumière est indépendante des autres, mais elles forment un réseau», explique Joshua Licthman. A l’inverse, les ampoules fluorescentes sont pour la plupart soit allumées, soit éteintes –elles n’ont pas de variateur d’intensité. Un calcul rapide laisse penser que Stone Brewing devrait récupérer son investissement dans quatre ans, puis économiser 25% par an en frais d’éclairage tant que fonctionneront les ampoules. Et encore, c’est en supposant que le prix de l’électricité reste constant. Si les tarifs augmentaient, les économies seraient encore plus importantes.

Pour de nombreux propriétaires, les économies sont telles que le choix des éclairages LED est presque une évidence (même en l’absence de crédits d’impôt ou autres aides de l'Etat). Il n’est donc pas étonnant que Digital Lumens soit en plein essor. La société affirme que ses systèmes éclairent aujourd’hui plus de 18 millions de mètres carrés d’espace (un nombre qui a doublé en 2014). Elle opère dans 35 pays et a levé 23 millions de dollars en capital-risque à l’automne dernier.

Et il lui reste de la marge pour croître encore. Tom Pincince estime que les LED représentent actuellement près de 10% du marché de l’éclairage commercial et industriel, et que les systèmes dits intelligents comme ceux qu’il propose n’en constituent qu’une fraction.

La plupart des économistes (ainsi que la plupart des directeurs d’entreprises et autres personnes en charge des investissements) continuent de penser les ampoules comme des produits jetables entrant dans la catégorie des frais de fonctionnement. Pourtant, la technologie et les innovations les ont fait entrer dans la catégorie des investissements en capitaux. En achetant un système d’éclairage plus performant, vous ne faites pas la simple acquisition d’un ensemble de lampes montées en réseau. Vous faites l’achat d’un bien vous assurant de retombées financières pour au moins une décennie.

Pas pour les particuliers

Cependant, si, pour l’instant, les systèmes Digital Lumens (et, par extension, le passage aux ampoules LED en général) constituent un investissement réaliste pour les sociétés et les institutions, ce n’est pas le cas pour les particuliers.

C’est un cas récurrent lorsque l’on aborde le thème de l’efficacité. Les technologies et produits qui offrent un retour sur investissement conséquent sous forme de réduction des frais de fonctionnement ne sont intéressants que pour les sociétés et les professionnels qui utilisent beaucoup d’énergie.

Les bus électriques fabriqués par Proterra seront rentabilisés beaucoup plus rapidement qu’une voiture électrique Tesla, parce que les bus fonctionnent 12 heures par jour. Il n’est pas illogique pour une société comme Coca-Cola de demander à XL Hybrids de transformer ses vans en véhicules hybrides parce qu’ils font beaucoup de kilomètres. Mais payer quelques milliers de dollars de plus pour une voiture hybride qui fera 8.000 km dans l’année n’a pas vraiment de sens.

En tant que consommateurs, nous n’avons pas encore à penser à notre éclairage comme un instrument financier, mais les entreprises feraient beaucoup de bien à la planète et à leurs finances en envisageant les appareils à économies d’énergie comme des investissements à haute rentabilité.

Cet article est publié dans le cadre d'un dossier innovation en partenariat avec le prix EDF Pulse.

 

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