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Les panneaux solaires ne sont pas une innovation réservée aux classes supérieures

REUTERS/Amit Dave.

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Les énergies renouvelables provenant des panneaux solaires ne devraient pas être l’apanage des plus aisés. Voici comment une entreprise américaine a réussi à les mettre à la portée de toutes les bourses.

Les technologies écologiques permettant de faire des économies d’énergie sont à la base des produits de luxe. Les équipements solaires et les améliorations indispensables pour de meilleures performances énergétiques nécessitent d’importants investissements immédiats dans des équipements dont l’amortissement peut prendre plusieurs années. Si un Américain dépense 40.000 dollars (36.000 euros) en panneaux solaires pour son toit, il ne commencera à faire des économies grâce à la baisse de ses factures d’électricité qu’au bout d’une douzaine d’années minimum. Et il lui faudra parcourir des dizaines de milliers de kilomètres avec sa voiture hybride pour commencer à compenser ce qu’elle lui aura coûté de plus qu’un véhicule normal grâce aux économies de carburant. Par conséquent, depuis toujours, être écologique est un choix réservé à ceux qui ont les moyens d’afficher leur mode de consommation vertueux –peut-être pas les 1%, mais en tout cas les 25% les plus riches.

Or les choses changent, notamment parce que le prix des panneaux solaires a beaucoup baissé ces dernières années. Mais aussi parce que des entreprises intelligentes mettent au point de nouveaux business-models autour des panneaux solaires, accessibles au commun des mortels.

Prenez PosiGen, entreprise fondée il y a quatre ans à la Nouvelle-Orléans, qui associe rénovation énergétique et location de panneaux solaires –le tout sans acompte et avec des versements mensuels de l’ordre de 50 ou 60 dollars. Ce ne sont pas les jeunes cadres dynamiques que cible PosiGen. Une étude portant sur un tiers de ses 6.000 clients environ révèle que «le client moyen est une femme afro-américaine entre 56 et 65 ans, qui passe au moins quatre heures par semaine à l’église», explique Aaron Dirks, quadragénaire passionné, diplômé de la prestigieuse université de West Point et fondateur de l’entreprise. Les trois-quarts de ses installations se situent dans des zones où le revenu médian est inférieur à 120% du revenu médian national. Des cols bleus verts, en quelque sorte.

Electricité revendue au service public

Né à Bâton-Rouge, en Louisiane, Dirks a étudié le génie écologique à West Point avant de passer dix ans dans l’armée puis de travailler dans le génie civil et la finance dans son Etat natal. Alors qu’il faisait rénover sa maison de la Nouvelle-Orléans, la paperasserie associée aux subventions et aux crédits d’impôts pour les dispositifs d’énergie renouvelable et de performance énergétique, ainsi que l’ampleur des coûts engendrés, lui firent perdre patience. Le paradoxe lui sauta aux yeux. «Seuls les gens comme moi étaient capables de tirer un bénéfice d’un dispositif dont je devrais être le dernier à pouvoir bénéficier», déplore-t-il. Au même moment, de nombreux habitants de la Nouvelle-Orléans aux revenus fixes ou modestes vivaient dans de vieilles maisons mal isolées et plus difficiles à entretenir. Conséquence: «Ce sont eux qui ont les plus grosses factures d’électricité proportionnellement à leurs revenus», s’indigne-t-il.

Un des moyens de réduire le coût du passage à l’énergie solaire consiste à louer des panneaux solaires à des propriétaires plutôt qu’à les leur vendre. Dans l’une des formules assez populaires, les propriétaires paient un montant fixe chaque mois et reçoivent gratuitement l’électricité produite par les panneaux (et c’est une tierce partie, propriétaire des panneaux, qui bénéficie des crédits d’impôts réservés aux propriétaires au niveau de l’État ou de l’État fédéral). Lorsque le système fabrique davantage de courant que ce que la maison n’en consomme, dans de nombreux États, y compris en Louisiane, l’électricité produite est revendue au service public. Et la nuit ou l’été, lorsque les climatiseurs se mettent en marche, quand les réseaux domestiques ne suffisent pas à produire l’électricité nécessaire, le propriétaire achète son complément de courant au service public. Et voilà: des coûts énergétiques plus bas et des investissements de départ très réduits. Des entreprises comme SolarCity et Vivint prospèrent grâce à cette stratégie, mais elles le doivent principalement à une clientèle aux revenus moyens ou supérieurs.

Dirks s’est fait la réflexion suivante: associer d’une part une nouvelle source de génération d’énergie réduisant la nécessité d’acheter de l’électricité, et d’autre part des rénovations pour moins en consommer, permettrait de réaliser plus d’économies. Ce chef d’entreprise a su trouver un moyen de le proposer à ses clients sans qu’ils aient à avancer d’argent.

En 2010, après le passage de l’ouragan Katrina, il restait des fonds destinés à financer, entre autres améliorations immobilières, la protection des habitations contre les intempéries. Aaron Dirks et son cofondateur, Tom Neyhart, ont alors créé une entreprise, emprunté de l’argent à la banque et se sont attachés à prouver que leur concept tenait la route en l’expérimentant sur environ 200 maisons. A leurs clients potentiels, ils proposaient la location de systèmes de panneaux solaires. En même temps, ils payaient des entreprises pour pratiquer des tests d'infiltrométrie, consistant à installer un ventilateur pour vérifier l’étanchéité d’une maison et ainsi pratiquer les travaux nécessaires pour réduire la déperdition énergétique (j’ai fait pratiquer ce test chez moi dans le Connecticut dans le cadre d’une série d’articles sur l’efficacité énergétique des maisons en 2010).

Au moins 50 dollars par mois

L’objectif n’était pas d’éliminer les factures d’électricité mais d’en réduire le montant. «Nous nous étions fixé comme mission de faire en sorte que nos familles voient leur compte en banque s’enrichir d’au moins 50 dollars par mois», relate Dirks. C’est-à-dire qu’une personne dont la facture s’élevait à 150 dollars mensuels avant les améliorations apportées à son système énergétique verrait ses dépenses totales, location de panneaux et achat d’électricité au service public compris, tomber à environ 100 dollars par mois. L’entreprise ayant démontré l’efficacité de sa méthode et les économies réalisées, les coûts pour les consommateurs ont également baissé. Aujourd’hui, PosiGen facture environ 50 dollars par mois un contrat de location de panneaux solaires sur dix ans, et 10 dollars par mois les rénovations énergétiques.

Margie Vicknair Pray, 62 ans, retraitée du secteur de la sécurité gazière et pétrolière à Houston, vit dans une maison de 90m2 sur un terrain de 2.000m2 à Lacombe, en Louisiane, au nord du lac Pontchartrain. Autrefois, en été, ses factures d’électricité s’échelonnaient entre 185 et 250 dollars. Elles étaient encore plus élevées l’hiver –jusqu’à 300 dollars– car son chauffage est électrique. Fin 2013, elle a signé un contrat avec PosiGen et des ouvriers sont venus étanchéifier son logement, fabriquer un nouveau caisson pour son climatiseur et isoler le grenier avec une tente en aluminium fermée au moyen d’une fermeture Eclair. Ils ont ensuite posé 24 panneaux solaires sur son toit.

Margie Vicknair Pray affirme qu’elle réalise depuis des économies substantielles. Outre les versements mensuels de 60 dollars, elle souligne que «certains mois d’été, ses factures d’électricité sont tombées à 11 dollars». L’hiver, sa facture la plus élevée affiche 85 dollars. Elle estime qu’elle a économisé environ 1.000 dollars en 2014. «Les six premiers mois je postais mes factures d’électricité sur Internet», s’amuse-t-elle.

«Quartiers à revenus bas à moyens»

Margie Vicknair Pray, propriétaire d’une petite maison et qui n’a ni les capacités, ni le désir de faire des investissements financiers lourds, est une parfaite illustration de la clientèle type de PosiGen, explique Dirks. D’ailleurs, l’entreprise ne demande pas toujours à ses clients potentiels d’apporter une preuve de leur solvabilité. «Nous constatons que les gens placent leur facture d’énergie solaire avant celle de leurs remboursements de crédits», justifie-t-il. Quand les clients n’honorent pas leurs factures, les panneaux sont ôtés. Si PosiGen n’a pas fourni de détails, Dirks affirme que les défauts de paiement sont «très rares».

PosiGen emploie directement 150 personnes et permet à 150 entrepreneurs qui installent les panneaux solaires et réalisent les audits et les perfectionnements de performances énergétiques d’être constamment en activité. L’entreprise, qui s’est agrandie en utilisant ses propres ressources et en quémandant des crédits, a installé son 5.000e système en Louisiane en novembre 2014. A l’automne dernier, PosiGen a conclu des accords portant sur 40 millions de dollars de financement avec l'Urban Investment Group de Goldman Sachs et d’autres investisseurs, ce qui devrait l’aider à s’agrandir davantage.

En regardant au-delà des bayous, PosiGen essaie de montrer que l’énergie solaire n’est pas réservée aux palaces suburbains qui ont des Tesla garées dans leur allée. «Nous visons des maisons plus anciennes, pas forcément très arborées, dans des quartiers à revenus bas à moyens», m’a confié Dirks. Lorsque l’année dernière, PosiGen s’est étendu aux Etats de New York et du Connecticut, il a ouvert des bureaux à Albany et à Bridgeport, pas à Scarsdale ni à Greenwich.

Les panneaux solaires n’ont peut-être pas le pouvoir de sauver la planète. En revanche, ils ont celui de remplir un peu les poches des petits propriétaires des classes laborieuses.

Cet article est publié dans le cadre d'un dossier innovation en partenariat avec le prix EDF Pulse.

 

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