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Nicolas Sarkozy n'a pas réussi la pédagogie de la crise

Un entretien avec Jérôme Jaffré, directeur du CECOP (Centre d'études et de connaissances sur l'opinion publique).

Jeudi 12 Février 2009
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faceàlacrise

Comment expliquez-vous la baisse rapide de la cote de popularité du Président de la République ?

Jérôme Jaffré: Nicolas Sarkozy souffre aujourd'hui auprès de l'opinion du décalage grandissant entre les thèmes de sa campagne présidentielle et de la première partie de sa présidence et une situation désormais marquée par une profonde crise économique et sociale. Phénomène aggravant aux yeux des Français, il n'a pas non plus adapté sa façon de présider à ce nouvel environnement.

En quoi le sarkozysme première version est en contradiction avec la crise?
Le programme politique principal du sarkozysme première version consistait à vouloir adapter la France et les Français au monde et pour cela de mettre en œuvre des réformes profondes et difficiles. Au moment où le monde paraît devenir fou, la nécessité de s'y adapter n'est plus du tout évidente. La contradiction est du même ordre avec la mise en avant de la valeur travail. Quand le problème principal redevient le chômage, ce n'est évidemment plus la question primordiale.

L'autre ressort de la baisse rapide de popularité du président tient de plus en plus à sa façon de présider: omniprésent, concentrant les pouvoirs. C'était déjà ce qui fédérait l'opposition au président. Il continue d'ailleurs de ci de là de tenir des propos provocateurs qui choquent dans une période difficile. Cela passe d'autant plus mal qu'il  donne aujourd'hui le sentiment de ne plus savoir où il va, de flotter, d'hésiter. Cela transparaissait lors de l'intervention télévisée de la semaine dernière dans des phrases comme : «je ne sais pas», «on verra», «ma tâche est difficile».

Quel retenez-vous de son intervention télévisée du 5 février?
Nicolas Sarkozy n'a pas réussi la pédagogie de la crise, domaine dans lequel il est d'ailleurs généralement moins bon que dans l'affichage du volontarisme. L'exemple le plus significatif est celui des aides apportées aux banques et à l'industrie automobile. L'opinion ne comprend pas comment un gouvernement qui déclarait que les caisses sont vides et qu'il faut absolument faire des économies paraisse débloquer soudain des milliards d'euros.

Peut-il enrayer sa chute dans les sondages?

D'abord un constat, son mode de gouvernement le place dans une position très difficile. Quand le président est le ministre de tout, il s'expose de façon inconsidérée. Le Premier ministre ne lui sert pas de bouclier qui est son rôle traditionnel dans la Ve République. Toute la fureur de la rue liée à la crise est d'ailleurs tournée vers le président. Pour sortir de cette situation, il faut absolument reconnaître la nécessité de changer de priorités et donner un contenu concret à son propos: «c'est à moi de protéger les Français». Cela peut être un chèque anti-crise pour les personnes modestes, une revalorisation des indemnités pour les chômeurs... les Français attendent du Président du concret face à la crise.


Propos recueillis par Eric Leser

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Comments

"Je ne vous mentirai pas" (N.Sarkozy 6/5/07)

Sur la nomination des PDG de l'audiovisuel, c'est simplement l'inverse de ce qu'a expliqué M. Sarkozy que le Parlement a voté ! Ce n'est pas une majorité des 3/5è qui doit "approuver" la nomination mais il faut 3/5è pour REFUSER la proposition.
Peu de chances donc que cela se produise...
Sans parler de la révocation dont SEUL M. Sarkozy reste maître, comme je l'ai déjà évoqué sur mon propre blog.

Selon, M. Sarkozy, la Grande Bretagne "n'aurait plus d'industries", à la différence de la France.
Sauf que l'industrie britannique représente 16,7% du PIB du pays quand l'industrie française n'en représente que 14,1%.
La Grande Bretagne est le 6è producteur mondial de biens industriels, devant la France !
Un ancien Ministre de Sa Majesté vient de déclarer : "Que M. Sarkozy attaque le Royaume Uni en utilisant des informations erronées est pire qu'une insulte".

Idem pour la baisse de la TVA anglaise qui n'aurait pas relancer la consommation ni fait baisser les prix (???!!!). Faux là encore. Un Rapport de la "Cour des Comptes" à Londres établit le contraire.
Notons d'ailleurs qu'il y a seulement quelques semaines, Nicolas Sarkozy considérait Gordon Brown comme un sauveur et qu'il fallait faire comme lui.
Maintenant "il ne veut pas lui ressembler"...
Outre l'élégance du propos, n'ai-je pas dit de longue date: "Souvent Sarkozy varie, bien fol qui s'y fie" ....

Passons sur Arcelor-Mittal. Les infos quotidiennes apportent de cinglants démentis aux affirmations présidentielles.

Sans oublier le professeur Axel Khan, indûment appelé à la rescousse et qui a sèchement démenti dès le lendemain....

Il paraît que les constructeurs automobiles ont juré leurs grands dieux de ne pas faire de "plan social" pendant cinq ans en échange d'un "prêt" gouvernemental.
Résultat, le lendemain même de la petite sauterie où Peugeot a reçu un chèque de trois milliards d'euros, elle annonce la suppression de 10 000 emplois en Europe....

Fini le temps béni de "l'extraordinaire" Présidence Européenne de M. Sarkozy.
La Slovaquie, la République Tchèque, l'Allemagne, la Grande Bretagne ont déjà pris le contre-pied du Président sarkozy. La Commission Européenne commence à en dire pis que pendre.
Pour le moins, la soi-disant super influence de M. Sarkozy sur ses pairs européens n'aura pas été très...longue!

jf.

Bien sur !

Jérôme Jaffré fait exactement la même analyse que J.M. Colombani. Des mesures incomprises face à la crise, des réformes impopulaires, voilà le fondement du mécontentement populaire. D'ailleurs Sarkozy viens de battre Mitterrand en terme d'impopularité ! C'est donc le président le moins apprécié de l'histoire de la Véme République !
Et puis, son erreur stratégique est d'avoir placé François Fillon au deuxième plan. Pourtant tout ses prédécesseurs l'avaient bien compris eux. Le Premier Ministre est le fusible du pouvoir. Que lui reste t-il pour retrouver sa popularité, réellement ? Ce n'est pas en distribuant des chèques à la population comme le soutien M. Jaffré. Il faut tout d'abord changer d'attitude face aux Français. Moins de mépris envers la rue et de fausse compassion envers les plus pauvres ("Je veux dire, souffrir quand on a pas d'emploi, on comprends le processus, mais ..." - N.S. Face à la crise) serait déjà une bonne piste. Prendre un peu de recul : arrêter de se montrer à la télé tous les jours, raréfier la parole présidentielle etc ... Malgré les conséquences néfastes que cela pourrait avoir (Cf mon commentaire sous l'article de JM Colombani "En fait il y a deux alternatives"). Peut être renouveler le gouvernement pour le geste ! Certainement geler l'ensemble des réformes en cours qui n'ont pas trait à la gestion de la crise.
C'est une série de mesures qui semblent impératives pour que le président ne chute pas encore plus bas. Parce que s'il continu comme ça, le mouvement social va s'amplifier et il ne pourra pas dire qu'on ne le remarque pas. Alors il n'aura plus que deux solutions : remettre en cause son mandat ou sa majorité ou ignorer le tout royalement (comme d'habitude) tout en sachant que cela revient à jeter de l'essence sur le feu !

Regression

Regression est le maitre mot de cette presidence et qui va au delà de la taile présidentielle.
Regression economique, intellectuelle, sociale, libertés individuelles, culturelle etc..
Il ne se dégage aucune vision de la France, de l'Europe ou du Monde à long terme mais plutot une politique de communication et d'agitation permanente déterminée par les sondages d'opinion et le pilotage à vue et peinant à masquer son vide existentiel

Roddenberry

N'est-ce pas sain ?

A un moment où nous pouvions penser que l'apathie touchait les Français, ils donnent aujourd'hui l'impression d'avoir un sain sursaut démocratique. Leur réaction, traduite par la côte de popularité du Président, marque au-delà de leur mécontentement, leur attachement à la République et à la façon dont elle est organisée depuis 1958. Les Français ne sont pas prêts, et c'est tant mieux, à accepter que le pouvoir soit concentré dans les mains d'une seule personne, fût-elle élue au suffrage universel. Face à la centralisation du pouvoir et à l'omniprésence du parti du Président, donc du Président, dans les instances nationales (Assemblée, Sénat, etc...), il est un débat qui doit revenir sur le devant de la scène, celui de la proportionnelle. Il s'agit là malheureusement, d'un voeux pieux. Comment en effet, imaginer qu'un parti dominant souhaite ne serait-ce que discuter du partage de son pouvoir. Pourtant, nous pourrions nous prendre à rêver en nous remémorant les déclaration du Président Sarkozy en avril 2007 à Bercy qui indiquait à l'époque qu'il souhaitait, en cas d'élection, "réunir toutes les forces politiques et discuter avec elles de la possibilité d'introduire un peu de proportionnelle au Sénat ou à l'Assemblée nationale sans créer le risque d'une instabilité qui serait désastreuse".
Il est désormais grand temps que cette réflexion soit menée et de façon sérieuse, grand temps qu'un coup de neuf soit donné sur notre système électoral, grand temps qu'un peu de piquant vienne réveiller les "grands" partis assoupis dans nos assemblées. Grand temps enfin, que du sang neuf redonne un coup de fouet à notre démocratie.

Bertrand de Buxis, Journaliste/enseignant

le français serait-il plus bête que les autres ?

Excusez-moi pour la violence du propos, mais la conclusion de cet article est profondément ridicule. Je cite : "donner un contenu concret à son propos: «c'est à moi de protéger les Français». Cela peut être un chèque anti-crise pour les personnes modestes, une revalorisation des indemnités pour les chômeurs...".

Comme si "protéger les français", c'était se contenter de donner un petit chèque aux chômeurs. Que ça doit être facile la politique quand on pense de manière aussi binaire ! Etre méchant c'est ne pas donner de chèque, être gentil c'est donner un chèque.
Ainsi pour être populaire il suffirait de saupoudrer la société de fonds publics histoire de satisfaire tout le monde. Je suis désolé mais cette vision étatiste qui fait de l'état providence la prostituée de tous les mécontents est archaïque. Une stratégie nationale de protection sociale ne se réduit pas à un clientèlisme d'état visant à acheter la duplicité de celui qui pleure le plus fort. Qui peut croire que face à une crise historique, il suffirait de refiler quelques backchish pour acheter une paix sociale ??

Quant au changement de modèle, ça frise l'obsession. Notre modèle (basé comme le rappelait Marcel Gauchon sur un conservatisme corporatiste) est un constat d'échec permanent depuis une quarantaine d'année, un modèle soit dit en passant qui n'a jamais inspiré personne dans le monde (mais c'est surement parce que les français sont plus intelligents que tout le monde). En quoi la crise actuelle viendrait changer ce constat ? Ce n'est pas parce la dérégulation financière anglosaxonne a mené dans le mur que le modèle français est sauvé.
De plus, croire que l'effondrement d'un modèle financier va mettre un terme à la compétition internationale relève d'une désarmante naïveté. Et une erreur d'analyse assez délirante... J'ai bien peur que la solution pour sortir de la crise soit un peu plus complexe que ce type de remarque type café du commerce. Et demandera un peu plus d'imagination. L'objectif est d'ériger une nouvelle architecture financière mondiale plus prudente et plus orientée vers l'investissement et l'activité économique (et donc moins vers la spéculation), pas de revenir à une planification économique centralisée.

immuable?

M Sarkozy est resté dans sa logique d'avant la crise,réformes ,réformes et toujours réformes ! Mais maintenant le plus important c'est la stabilisation des revendications et une véritable approche des problèmes actuels ,aprés cela il pourra reprendre les réformes sans donner l'impression d'être un papillon de nuit qui se heurte a une ampoule

PCc

Sarkozy est une sorte

Sarkozy est une sorte d'acteur has been, à l'heure actuelle prêt à tout et bon à rien...D'un autre côté, il ne fait que les choses prévus dans son programme, et dieu sait que peu de gens y ont fait attention à son programme, car il suffisait de l'écouter au meeting de Strasbourg avant les élections pour voir les orientation pour l'enseignement, et aller voir sur le site d el'UMP les idées mises en avant!
Il me semble évident qu'un manque de conscience et de lecture politique en France est ce qui met en avant des candidats présidentielles, soit pas prêt (Bayrou), soit contradictoire (Royale) , soit manipulateur et Orateur comme personne!
A noter que son intervention aurait pu rassurer des français n'allant pas plus loin que le discours, le week end suivant son intervention, sur canal + dans "Plus clair" passer la vidéo des habitant de Gandranges regardant le discours du président, trés instructif, Sarkozy étant tout de même, un grand menteur...
Ne faudrait-il pas mieux préparer les français aux prochaines élections??

Just go on...

agitation stérile

Je souhaiterais que quelqu'un se dévoue pour dire à Nicolas Sarkosy que çà y est , il a été élu et qu'il peut arrêter de s'agiter, et commencer à réfléchir.

louise31

Le président Sarkozy a-t-il compris quelque chose à la crise ?

Pour réussir la pédagogie de la crise, encore faudrait-il que Sarkozy ait compris quelque chose à la crise. Certes, il n'est pas le seul dans ce cas, mais ce qui n'est pas rassurant lorsqu'on l'écoute, c'est que l'on a l'impression qu'en matière de programme économique, comme dans les autres domaines, loin de s'entourer de spécialistes et d'arbitrer après s'être fait expliquer les thèses en présence, il se lève le matin avec une idée géniale, genre café du commerce, et nous la communique le plus vite possible en chargeant ses ministres, conseillers etc. de ramer derrière pour trouver comment la mettre en pratique en limitant les dégâts.
Lors de son élection, son programme économique relevait plus de l'idéologie que d'une réflexion économique. Toutes ses réformes s'inscrivaient dans l'idée que le modèle libéral était en quelques sortes la fin de l'histoire. Le problème n'était pas de savoir si ce modèle était le plus performant, mais comment secouer les "pesanteurs" françaises pour faire tomber les "archaïsmes" qui nous distinguaient encore des anglais ou des américains. De ce fait un catalogue à la Prévert pouvait se justifier si on partageait cette vision économique. L'approche idéologique était un bon moyen d'atteindre des objectifs économiques.
Mais aujourd'hui on en est plus là. L'histoire a rattrapé ce modèle économique et les réformes les plus emblématiques qu'il a réussies à faire passer semblent pour le moins contre productives quelque soit la doctrine que l'on adopte.
Comment se réjouir en période de chômage massif de ce que l'état finance en partie les heures supplémentaires ? Comment craindre une situation à la Grecque avec une montée brutale du chômage des jeunes et se féliciter d'avoir reculé l'age de la retraite ? Les 35 heures et leur corolaire, l'annualisation du temps de travail sont-elles toujours le mal absolu, la source de toutes nos difficultés, ou au contraire nous ont-elles en partie protégé depuis le début de la crise ?
Le modèle économique qui sous-tendait l'idéologie et justifiait les réformes Sarkozy a explosé. Qu'est-ce qu'il nous reste ? On peut qualifier de pragmatique la disparition des mesures les plus "cafés du commerce" comme le développement du crédit hypothécaire ou la dépénalisation des crimes économiques qui n'ont pas eu le temps d'être mises en musique avant que la crise n'explose, mais ça ne suffit pas à inventer une nouvelle politique ou à justifier d'une nouvelle idéologie.
Pour qu'une pédagogie puisse nous être vendue, il faudrait déjà que le président nous propose une vision économique crédible, avec une remise à plat de ce qui a été fait et une perspective, une direction qui ne se résume pas à quelques slogans tels que "travailler plus pour gagner plus" ou "continuer la réforme" (de qui, de quoi, pour aller où?) dans un moment où le souci d'un grand nombre de français c'est de garder son travail.

P.S. L'utilisation abusive de la forme interrogative dans cette intervention, est un hommage à la dialectique mise en oeuvre par notre président dans ses interventions :-)

El Gato

Le costume était déjà trop grand !!

Je reste persuadé que l'élection d'un Président de la République est avant tout, l'adhésion au charisme d'un homme ou d'une femme, grand absent des dernières élections. Au-delà de l'exaspération provoquée par le personnage, nous prenons conscience que la démocratie ne peut pas être un tremplin pour n'importe qui. L'omnipotence ostentatoire de ce Président, nous ferait presque regretter, celle de nos "élites"passées, qui se satisfaisaient d'un ou deux, voire trois changements de ministères.
Néanmoins, en cette période cruciale sous-estimée et ou sous-informée, un seul être ne suffirait pas à expliquer et à résoudre les innombrables problèmes qu'elle provoque.

PEAMS

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