Coupe du monde 2014Sports

Onze matchs mythiques du Mondial à revoir en entier sur YouTube

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 27.06.2014 à 14 h 59

Quoi de mieux pour occuper le temps en ce jour où la Coupe du monde fait relâche?

Michel Platini face aux Brésiliens Julio César et Socrates lors du quart de finale contre le Brésil, le 21 juin 1986 à Guadalajara (Mexique). REUTERS.

Michel Platini face aux Brésiliens Julio César et Socrates lors du quart de finale contre le Brésil, le 21 juin 1986 à Guadalajara (Mexique). REUTERS.

Comme en musique et en cinéma, YouTube a fait de nous des fans de foot rétromaniaques. Rien de plus facile aujourd'hui que de revoir des buts de vieilles compétitions (y compris ceux de la toute première finale de Coupe du monde, en 1930). Ou même d'avoir accès à des matches entiers du passé.

La plupart de ceux qui ont marqué l'histoire du Mondial sont ainsi disponibles en ligne de la première à la dernière minute, même si certains manquent. Nous n'avons par exemple pas retrouvé l'intégralité de la mythique finale RFA-Hongrie de 1954 (même s'il en existe une reconstitution très extensive mélangeant photos, vidéos et commentaire audio) ainsi que de la demi-finale Hongrie-Uruguay, considérée par ceux qui l'ont vue comme l'un des plus beaux matchs de tous les temps.

Voici donc une sélection de onze grands matchs, à la subjectivité assumée, même si nous avons tenté un certain équilibre entre époques, équipes et scénarios. Les acharnés les regarderont en entier, d'autres préféreront y picorer une action ou quelques minutes. Un shot d'images et de commentaires vintages que nous commençons par une rareté pour les lusophones: la finale de 1950, disponible en entier sous la forme d'un commentaire radio d'époque de la radio brésilienne.

1.Uruguay-Brésil 1950Drame au Maracana

Le pitch. À Rio de Janeiro (Brésil), le 16 juillet 1950. Dernier match du tour final: Uruguay bat Brésil 2-1.

Le scénario. Promise au titre mondial à domicile, la Seleçao n'a besoin que d'un match nul (cette année là, la finale avait été remplacée par une poule à quatre) pour empocher sa première statuette devant 200.000 spectateurs, record d'affluence en Coupe du monde. Le titre lui semble promis quand elle ouvre le score en début de seconde mi-temps, mais son petit voisin renverse le score en treize minutes et rafle son second Mondial.

La scène. 79e minute. L'attaquant uruguayen Ghiggia fait une percée sur le côté droit et, dans un angle fermé, marque le second but. Le gardien noir Barbosa, méprisé des années durant pour sa performance et sa couleur de peau, dira de ce but, peu avant sa mort:

«Au Brésil, la peine maximale pour meurtre est de trente ans. Je purge la mienne depuis cinquante.»

2.Chili-Italie 1962La bataille de Santiago

Le pitch. À Santiago (Chili), le 2 juin 1962. Premier tour: Chili bat Italie 2-0.

Le scénario. Pas besoin qu'un match soit décisif pour qu'il soit heurté: pour leur deuxième rencontre de la compétition, le pays organisateur et l'Italie se livrent à un véritable pugilat, entretenu par la presse dans les jours précédents. La Squadra repart avec deux buts et deux cartons rouges à son passif.

La scène. 7e minute. L'Italien Ferrarini est exclu directement par l'arbitre pour une faute. La police intervient pour la première fois du match sur le terrain –ce ne sera pas la dernière.

3.Portugal-Corée du Nord 1966Remontée à la portugaise

Le pitch. A Liverpool, le 23 juillet 1966. Quart de finale: Portugal bat Corée du nord 5-3.

Le scénario. Emmenés par leur Ballon d'or Eusebio, les Lusitaniens affrontent, pour leur première Coupe du monde, la surprenante Corée du nord, qui a renvoyé au premier tour l'Italie dans ses foyers. Et se retrouvent menés 0-3 au bout de vingt-cinq minutes, avec un public prolo anglais pris d'affection pour les joueurs au maillot rouge du «Grand Leader» Kim Il-Sung, qui scande: «Un quatrième, un quatrième!» Mais le quatrième sera pour Eusebio, qui inscrit un quadruplé pour qualifier son équipe.

La scène. 1e minute. Alors que le commentateur s'étend sur la différence de taille entre les Portugais et les Nord-Coréens, les outsiders prouvent qu'il n'y a pas que la taille qui compte dès leur première attaque, conclue d'une frappe sous la barre.

4.Italie-RFA 1970«Le match du siècle»

Le pitch. À Mexico, le 17 juin 1970. Demi-finale: Italie bat RFA 4-3 a.p.

Le scénario. Si ce n'est le match du siècle, en tout cas la prolongation du siècle: cinq buts en dix-sept minutes à peine. Deux sélections de très haut niveau –l'Italie championne d'Europe sortante, la RFA avec l'ossature de l'équipe qui fera le doublé Euro-Coupe du monde en quatre ans– pour un invraisemblable chassé-croisé.

Et une image mythique: Franz Beckenbauer qui dispute une partie de la rencontre le bras en écharpe après que son équipe a utilisé ses deux remplacements. Ils ne sont pas nombreux, les matchs qui ont leur propre plaque commémorative...

La scène. 110e minute. Un corner à la rémoise des allemands aboutit à l'égalisation de Müller, d'une tête à bout portant. Sur le coup d'envoi, le grand défenseur et capitaine Facchetti lance Boninsegna, dont le centre trouve le plat du pied victorieux de Rivera. Le tout en soixante-quinze secondes!

5.RFA-Pays-Bas 1974L'affrontement total

Le pitch. A Munich (RFA), le 7 juillet 1974. Finale: RFA bat Pays-Bas 2-1.

Le scénario. L'histoire de la Coupe du monde a proposé des finales plus prolifiques, plus renversantes, plus tragiques, plus à suspense... Mais a-t-elle souvent offert une opposition plus symbolique que celle de cette édition où on inaugurait un nouveau trophée? Cruyff contre Beckenbauer –soit les lauréats des trois derniers Ballons d'or–, le football total contre le réalisme puissant, les soldats de l'Ajax contre ceux du Bayern, l'orange flamboyant contre le sobre blanc et noir, et deux pays opposés par l'Histoire... Et à la fin, ce sont les «méchants» qui gagnent, bien sûr.

La scène. 1e minute. Les Néerlandais enchaînent quinze passes après le coup d'envoi, puis Cruyff pique un sprint depuis le rond central, conclu le nez dans l'herbe après un croche-pattes de Vogts. Neeskens transforme le pénalty en force. Les Pays-Bas ne le savent pas, mais ce but (trop) précoce vient de leur faire perdre la Coupe du monde.

6.Italie-Brésil 1982«Le jour où le football est mort»

Le pitch. À Barcelone (Espagne), le 5 juillet 1982. Dernier match du second tour de poules: Italie bat Brésil 3-2.

Le scénario. Drôle d'endroit pour une rencontre historique. À Sarria, le stade de l'Espanyol Barcelone, aujourd'hui détruit, un des plus beaux Brésil de tous les temps (Socrates, Zico, Falcao, Eder, Junior…) n'a besoin que d'un nul pour se qualifier pour les demi-finales, mais joue pour gagner. Son élan se brise contre le réalisme de Paolo Rossi, en rédemption après le scandale du Totonero, qui inscrit un triplé. Le Brésil entier pleure, une nouvelle fois.

La scène. 89e minute. Sur un ultime coup-franc de Eder, le défenseur central Oscar claque une tête que Zoff sauve miraculeusement sur sa ligne. En Italie, on appelle ça la Parata: l'Arrêt.

7.RFA-France 1982Fabuleuse défaite

Le pitch. À Séville (Espagne), le 8 juillet 1982. Demi-finale: RFA bat France 3-3 a.p. (5-4 t.a.b.).

Le scénario. «Faisons un rêve». C'est le titre de L'Équipe au matin de la première demi-finale de Coupe du monde de la France depuis vingt-quatre ans. Sur le terrain, ce n'est pas du Guitry, plutôt de la tragédie: les Bleus jouent bien, perdent Battiston sur une agression du gardien allemand Schumacher, tirent sur la barre à l'ultime minute, mènent 3-1 en prolongations et se retrouvent devant aux tirs au but. Et perdent. Le lendemain matin, L'Équipe, contrainte par un bouclage tardif, titrera un seul mot, rarement vu un matin de défaite: «Fabuleux!»

La scène. 99e minute. Si, comme moi, vous n'avez pas vu le match en direct, vous avez quand même vu l'image: Rocheteau pour Platini, Platini pour Six, Larqué qui hurle «En retrait pour Giresse, en retrait pour Giresse!» et la frappe du petit Bordelais qui fait barrette.

Mais vous n'avez peut-être pas vu que c'était déjà lui qui était au départ de l'action, à 90 mètres du but allemand, sur un coup-franc rapidement tiré. Ni entendu le commentaire de Thierry Roland juste après:

«Les Français sont pratiquement en finale de la Coupe du monde.»

8.France-Brésil 1986Duel au soleil

Le pitch. À Guadalajara (Mexique), le 21 juin 1986. Quart de finale: France bat Brésil 1-1 a.p. (4-3 t.a.b.)

Le scénario. De la même manière que Pelé, l'homme aux mille buts, reste dans les mémoires pour ses splendides ratés (un lob, une tête, une feinte), le Brésil aux cinq titres a laissé dans l'histoire de la Coupe du monde une série de glorieuses défaites. Comme en 1982, la sélection de Tele Santana méritait mieux, mais se heurte encore à plus réaliste qu'elle et à un gardien en état de grâce, Joël Bats: un pénalty et deux tirs au but sauvés, des arrêts en pagaille, et ses poteaux si besoin.

La scène. 115e minute. Ça commence par une percée du Brésilien Alemao et un tir puissant repoussé en corner. Ça continue par une terrible contre-attaque française avortée sur une grosse faute brésilienne non sifflée. Et ça se finit sur une occasion ratée d'un rien par Socrates en contre-attaque. Le tout en à peine une minute...

9.Roumanie-Argentine 1994Maradona de l'Est contre orphelins de Maradona

Le pitch. À Los Angeles (États-Unis), le 3 juillet 1994. Huitième de finale: Roumanie bat Argentine 3-2.

Le scénario. Emmenée par le maestro Hagi, une des plus belles générations roumaines de l'histoire (Popescu, Petrescu, Belodedici, Dumitrescu...) fait tomber les vice-champions du monde en titre, dont le numéro 10 vient de quitter la compétition sur un contrôle anti-dopage positif mais qui alignent encore quelques sérieux arguments: Redondo, Ortega, Batistuta... Évidemment, les rois du contre roumains tomberont au tour suivant.

La scène. 58e minute. Ou plutôt 56'45'', l'instant précis où ça commence, par un corner argentin, occasion d'égaliser à 2-2. Dix-sept secondes plus tard, le ballon est dans les filets d'Islas après un contre terrible mené par Dumitrescu et conclu par Hagi.

10.Brésil-Pays-Bas 1998Finale avant la lettre

Le pitch. À Marseille (France), le 8 juillet 1998. Demi-finale: Brésil bat Pays-Bas 1-1 a.p. (4-2 t.a.b.).

Le scénario. Le triomphe ultime des Bleus l'a un peu fait oublier, mais le dernier carré de l'ultime Coupe du monde du XXe siècle Coupe du monde était remarquablement équilibré: une France très solide chez elle, le brillant outsider croate, un Brésil outillé devant mais un peu juste derrière et des Pays-Bas talentueux et arrogants, comme d'habitude.

L'opposition entre les deux derniers, un des «classiques» de la Coupe du monde, fut sans doute le plus beau match de la compétition. Et les amateurs d'histoire alternative se demandent encore ce qu'aurait donné une finale France-Pays-Bas...

La scène. 46e minute. Là encore, un but inscrit sur coup d'envoi, par Ronaldo, vingt secondes après la reprise, dans un pur style d'avant-centre. Le meilleur joueur du monde peut, à cette minute-là, encore tout espérer: un second titre de champion du monde, la couronne de meilleur buteur, le Ballon d'or. On sait comment ça finira.

11.Portugal-Pays-Bas 2006«La bataille de Nuremberg»

Le pitch. À Nuremberg (Allemagne), le 25 juin 2006. Huitième de finale: Portugal bat Pays-Bas 1-0.

Le scénario. Oui, ce match porte le même surnom qu'une bataille entre les nazis et les Alliés durant la Seconde Guerre mondiale. Ce jour-là, l'arbitre bulgare, M. Ivanov, sort seize cartons jaunes et quatre rouges. Et encore, certains cartons jaunes auraient pu virer au foncé, comme cette agression affreuse sur Cristiano Ronaldo, signée Bouhlarouz (qui aura droit à son rouge plus tard). Le pire, c'est qu'au milieu de ça, il y a eu des belles actions, comme celle qui amène le seul but du match, œuvre de Maniche.

La scène. 95e minute. Van Bronckhorst, qui vient juste d'être expulsé, Bouhlarouz et Deco regardent ensemble les dernières secondes du match, comme chez les minimes. Quelques secondes de douceur dans un monde de brutes.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (942 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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