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Méga-surprise: le Qatar a acheté la Coupe du monde 2022, et la Fifa est corrompue

Temps de lecture : 2 min

L’émir du Qatar, le cheik Hamad bin Khalifa al Thani, et Sepp Blatter après l’annonce de l’attribution de la Coupe du monde de football 2022 au Qatar le 2 décembre 2010 à Zurich, REUTERS/Christian Hartmann
L’émir du Qatar, le cheik Hamad bin Khalifa al Thani, et Sepp Blatter après l’annonce de l’attribution de la Coupe du monde de football 2022 au Qatar le 2 décembre 2010 à Zurich, REUTERS/Christian Hartmann

Le Qatar a acheté l'organisation de la Coupe du monde 2022. Si vous avez vécu sur une autre planète depuis trois ans et n'en étiez pas encore convaincu, le Sunday Times de ce dimanche 1er juin devrait finir le travail.

Le journal britannique a obtenu des millions de documents secrets (emails, lettres et virements bancaires) qui prouvent que l'ancien vice-président qatari de la Fifa, Mohamed Bin Hammam, a versé 5 millions de dollars à différents dirigeants du football mondial pour s'assurer de leur soutien à la candidature de son pays.

Ce rebondissement médiatique fait beaucoup parler, mais ne devrait surprendre personne. Les soupçons de corruption ont commencé avant même la décision controversée. En octobre 2010, le Sunday Times (déjà lui) accusait plusieurs membres du comité exécutif d'avoir proposé de vendre leur vote, entraînant leur suspension et des amendes. Le mois suivant, quelques jours avant le vote, la BBC diffusait une enquête accablante sur la corruption à la Fifa.

Le 2 décembre 2010 à Zürich, le Qatar est choisi à la surprise générale à 14 voix contre 8 pour les Etats-Unis alors que son dossier technique était le moins bon de tous les candidats et que des problèmes de taille comme la chaleur étouffante de l'été qatari en faisaient quelques mois auparavant une candidature fantaisiste.

Ce jour-là, le statisticien star du journalisme politique et sportif américain, Nate Silver, rappelait sur le site du New York Times que la décision était surprenante étant donné que le Qatar ne s'était «jamais qualifié pour le tournoi, a une population équivalente à celle du grand Las Vegas» et était, de tous les pays se présentant pour les tournois 2018 et 2022, «le seul désigné comme "à haut risques" par la Fifa».

A propos des soupçons d'achat de votes, il écrivait déjà:

«Pour faire simple, il n'y a absolument aucune preuve définitive. Mais cela ne veut pas dire que cette possibilité peut être écartée. [...] Le Qatar n'est pas le seul à avoir des raisons de payer des pots-de-vin pour gagner la Coupe du monde. [...] Ce qui différencie le Qatar, c'est que son dossier pour gagner le Mondial à la régulière est relativement faible. [...] Du point de vue des statistiques bayésiennes, cela augmente la probabilité que des pots-de-vin aient été versés.»

Dès mai 2011, les soupçons prennent beaucoup d'épaisseur. Deux journalistes du Sunday Times accusent, sur la base de témoignages de membres haut-placés de la Fifa, Mohamed Bin Hammam d'avoir acheté les votes de certains membres, dont l'autre ancien vice-président Jack Warner. Des accusations qui avaient entraîné la suspension des deux dirigeants mais n’avaient rencontré que peu d’échos dans les médias français. L'année suivante, l'hebdomadaire britannique publiait une nouvelle enquête accusant le Qatar d'avoir versé un million de dollars au fils d'un des votants.

En janvier 2013, c'était au tour de France Football, au travers d'un imposant dossier spécial, de pointer les graves soupçons qui planaient sur le vote, citant notamment Guido Tognoni, un ancien dirigeant de la Fifa qui comparait l'organisation à «une petite mafia». Plus récemment, le Daily Telegraph a publié en mars 2014 le résultats de nombreuses semaines d'enquêtes sur les sommes suspectes perçues par plusieurs membres du comité exécutif.

Avec le nouvel article du Sunday Times, vous pouvez donc raisonnablement enlever le conditionnel, les «si» et les «peut-être», et affirmer sans trop prendre de risque lors de votre prochaine conversation sur le sujet que le Qatar a acheté sa Coupe du monde.

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