Mondial 2014 / Sports

Au Brésil, le football est une religion. Mais pas une religion qui permet de s'offrir un jour de congé

Temps de lecture : 2 min

Le brasseur FOCA est une petite entreprise qui a eu une grande idée. Celle d'enregistrer le football comme religion officielle au Brésil avant de lancer un site informant les employeurs qu'ils étaient légalement tenus de libérer leurs salariés pendant la Coupe du monde pour pratiquer leur foi. Si vous allez sur le site et remplissez un formulaire, la compagnie enverra un email à votre employeur brésilien pour l'informer que vous êtes un «footballien» et qu'«en conséquence, en vertu de l'article 14 de la loi sur la liberté religieuse», vous avez légalement le droit de quitter le travail pendant les matchs.

Lucas Vinicus Silverio, une personne se présentant comme le community manager de la bière Foca, m'a promis lors d'un chat Facebook qu'il ne s'agissait pas d'un hoax:

«C'est une vraie campagne. Le football a été effectivement enregistré officiellement comme religion et maintenant, tous les fans de foot ont les mêmes droits que les croyants des autres religions. L'employeur doit laisser son salarié aller voir le match. La loi est du côté de ce dernier.»

C'est en tout cas comme cela que le magazine Ad Age a présenté les choses, en y croyant à moitié. Bravo, donc, footballiens brésiliens, vous avez trouvé une astuce. Profitez bien de votre bière bénite pendant que vous regardez la Seleçao dominer le monde, confortablement installé loin de votre bureau.

Ou pas.

«Il s'agit d'un hoax, c'est absolument sûr. Le Brési n'a pas de loi sur la liberté religieuse», m'a expliqué par email Homero Batista Mateus da Silva, qui enseigne le droit du travail à l'université de São Paulo et fait office de juge aux prud'hommes locaux depuis dix-huit ans. «La Constitution fédérale de 1988 garantit la liberté de croyance et de religion, mais sans qu'aucun droit n'y soit attaché concernant le travail.»

Le droit du travail brésilien ne liste pas la pratique religieuse parmi les raisons qui autorisent un salarié à être absent. Il n'y a pas non plus d'article 14. «Si vous pratiquez une religion et voulez respecter une fête, vous devez en supporter le coût», explique le professeur Homero.

Au final, il ne s'agit donc de rien de plus que d'une intelligente campagne de marketing viral qui a déjà produit 15.000 vues sur YouTube, 10.000 visiteurs sur le site internet jeudi et attiré l'attention d'un magazine américain spécialisé dans la publicité. Et quand on lui demande si un Brésilien pourrait tenter de profiter du site Futebol Religião pour s'offrir un jour de congé, l'universitaire répond qu'«aucun Brésilien ne se laisserait avoir». Pourquoi? «Il y a quelques affreuses erreurs de portugais sur le site, ce qui est suffisant pour révéler qu'ils ne sont pas sérieux.»

Jeremy Stahl

Traduit par Jean-Marie Pottier

Jeremy Stahl Journaliste

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