Tech & internetSports

Capteurs, compteur, analyseur: les gadgets high-tech me rendront-ils meilleur en sport?

Seth Stevenson, mis à jour le 23.05.2014 à 17 h 26

J'ai testé la raquette de tennis Babolat Play Pure Drive, le Zepp, analyseur de mouvements pour golf et tennis, le 3Bays GSA Pro pour golf et le ballon de basket «intelligent» 94Fifty.

Seth Stevenson testant le ballon de basket 94Fifty. Capture d'écran

Seth Stevenson testant le ballon de basket 94Fifty. Capture d'écran

Je ne marquerai jamais le panier décisif pour les Celtics lors d’une finale de la NBA. Je ne mettrai jamais non plus de roue de bicyclette à Nadal sur la terre battue de Roland Garros. J’ai fini par m’y faire. Je serai à tout jamais un pauvre athlète du dimanche. Et pourtant, j’aime à penser que j’ai encore la possibilité de m’améliorer.

Je ne suis pas le seul. Nous sommes des millions de sportifs de troisième zone. C’est à nous que s’adressent les vidéos de coaching sur Youtube. C’est nous qui sommes le fonds de commerce des professeurs de sport. C’est nous qui achetons tous ces accessoires bizarres et parfois franchement ridicules censés nous aider à progresser.

La dernière tendance en la matière: des capteurs qui analysent votre condition physique et vous en dressent instantanément un compte-rendu. Bardée d’accéléromètres, de gyroscopes, de transmetteurs Bluetooth, etc., la nouvelle génération de matériels promet d’enregistrer la vitesse de votre swing au golf, la puissance de votre revers au tennis ou la rotation du ballon lors de votre shoot au basket.

J’ai testé plusieurs de ces produits afin de voir s’ils pouvaient améliorer mes compétences. La technologie peut-elle m’aider à me transformer en vrai pro lors de mes séances de basket hebdomadaires? A écraser à plate couture mon partenaire habituel au tennis? A m’épargner quelques précieux coups sur mon score au golf?

Il faut reconnaître que tous ces capteurs ont, à la base, un défaut majeur: connaître, disons, la vitesse de swing de votre fer 7 n’implique pas du tout que vous allez taper la balle correctement. La progression dans une pratique sportive implique une multitude d’ajustements subtils. Il faut adapter sa posture, son rythme, son équilibre, son alignement, sa fluidité... Seul un œil expert sera capable, en observant un mouvement complet, d’en déterminer les points faibles.

Néanmoins, même s’ils ne feront pas de vous un champion du jour au lendemain, certains de ces produits à capteurs peuvent avoir leur utilité. Voici donc mon classement personnel, du plus mauvais au plus réjouissant:

Raquette de tennis Babolat Play Pure Drive, 399,95 euros

Il y a quelque chose de jouissif, qui tiendrait presque de la science-fiction, à avoir en main une raquette de tennis avec un mini port USB caché dans la poignée. Difficile, en ouvrant le capuchon situé à l’extrémité de ne pas avoir l’impression d’être en train d’observer l’avenir du sport.

La promesse est évidente: vous jouez un set ou deux, vous branchez votre raquette sur votre ordinateur portable et vous pouvez télécharger immédiatement une analyse complète et détaillée de vos performances. J’étais impatient d’aller l’essayer à mon club.

Malheureusement, la réalité s’est avérée cruellement décevante. Malgré mes efforts répétés, je ne suis pas parvenu à faire marcher l’appareil. Et les nombreux commentaires disponibles en ligne confirment mes soupçons: la Babolat bugue.

Si mon ordinateur a bien reconnu la raquette, il n’a pu me sortir aucune donnée relative à ma session sur le court. J’ai appelé Babolat, qui avait déjà pris connaissance du problème et m’a assuré travailler sur une résolution du problème à long terme, avant de me proposer une solution à court terme pour pouvoir utiliser tout de même ma raquette. J’ai suivi leurs instructions à la lettre, mais ça n’a pas marché mieux.

Mais même si la Babolat avait fonctionné correctement, je trouve qu’il y a un vrai problème avec ce modèle. En effet, que se passe-t-il lorsque l’on souhaite jouer avec un tamis plus grand ou plus petit? Et si l’on veut pouvoir changer de raquette en milieu de set pour utiliser un cordage différent? Et si, sait-on jamais, on casse une corde? Le capteur étant logé dans la poignée et la poignée n’étant pas interchangeable, vous êtes forcé de jouer avec votre raquette à 400 euros si vous souhaitez obtenir vos statistiques. Ce n’est pas un petit défaut, surtout que l’on peut facilement le contourner, comme nous le démontre l’appareil suivant:

Zepp, analyseur de mouvements pour golf et tennis, 149,95 euros

Utilisables avec divers accessoires de montage, le Zepp peut servir à analyser votre jeu aussi bien au tennis qu’au golf ou au baseball. Je l’ai d’abord essayé pour le tennis. Il se glisse dans un compartiment en caoutchouc que l’on peut installer à l’extrémité de n’importe quelle raquette, même bon marché. Le capteur ne gênant pas à l’endroit où il est installé, il se fait vite oublier.

Au contraire de la Babolat Play, le Zepp est parvenu à me donner de vrais résultats. Je n’ai eu aucun mal à le connecter à mon téléphone via Bluetooth. L’application tennis Zepp a immédiatement téléchargé un aperçu du set que je venais de jouer avec un ami.

Les données fournies renfermaient quelques chiffres intéressants. Le Zepp avait comptabilisé 254 coups durant l’heure où j’avais joué, parmi lesquels il y avait eu 58% de coups droits et 35% de revers. Les données montraient que j’avais tapé mes coups avec la même force durant tout le jeu, mais que mes services avaient perdu en énergie vers la fin, sans doute parce que j’étais fatigué et que mon épaule commençait à me faire mal.

Je n’étais toutefois pas entièrement convaincu de la précision du portrait dressé. Le Zepp me disait que 47% de mes coups droits étaient des slices, ce qui ne pouvait être vrai (je sais que je les ai presque tous tapés à plat ou liftés).

Plus embêtant, il prétendait que je n’avais servi que 16 fois durant tout le set, ce qui est tout bonnement impossible. J’avais fait presque autant de services en un seul jeu qui avait compté de nombreuses égalités. J’ai signalé le problème à la société Zepp, qui m’a dit en avoir conscience et travailler à une meilleure reconnaissance des services.

Mais même si les données avaient été fiables, je ne sais pas à quel point elles m’auraient été utiles. OK, admettons que j’ai vraiment fait 58% de coups droits. Est-ce que ça veut dire que j’évite de faire des revers ou plus simplement que mon adversaire a fait principalement des coups droits croisés? Stratégiquement parlant, est-ce que je gagnerais à faire plus de revers ou pas? Ça, le Zepp ne le dit pas.

Plus tard, au practice de golf, j’ai glissé le Zepp dans un compartiment qui se fixe sur le gant. J’ai ensuite frappé plusieurs balles, en alternant driver et fer 7. Le capteur vous indique la vitesse de votre club (la mienne allant de 123 km/h à 165 km/h, selon mon niveau de frustration ou de colère) et compare le tempo de votre backswing à votre follow through (le mien tournait autour de 2,5/1, ce qui veut dire que mon backswing prend 2,5 plus de temps que mon follow through).

Il génère aussi une belle animation de votre swing, que vous pouvez faire pivoter pour le voir sous différents angles. Pour moi, c’était l’information la plus intéressante, puisqu’elle me permettait de comparer mon plan de swing au plan idéal suggéré par Zepp.

D’après l’appareil, mon swing est trop horizontal (comme un manège) et devrait être plus vertical (comme une grande roue). En regardant l’animation de mon swing immédiatement après chaque drive, j’ai essayé de redresser mon swing. Problème: ces swings plus verticaux ont donné des résultats atroces (avec des balles partant sur le côté et atterrissant dans les filets du practice à chaque fois).

Peut-être qu’un golfeur expérimenté se connaissant bien pourrait utiliser le Zepp pour faire des ajustements plus nuancés. Mais pour un nullard dans mon genre (record personnel: 106), les informations fournies par le Zepp ressemblaient fort à des coups d’épée dans l’eau. Je ne savais pas comment utiliser ses suggestions, j’avais besoin d’un professionnel pour repérer et corriger mes erreurs de débutant. Utilisé lors d’un cours, le Zepp pourrait toutefois peut-être s’avérer utile. Le professeur pourrait par exemple m’indiquer mon meilleur swing et l’enregistrer sur le Zepp afin que je confronte mes prochains swings à cet idéal lorsque je pratique seul. Mais en lui-même, le Zepp n’a pas suffi à améliorer mon jeu.

3Bays GSA Pro, 189 euros

Cet élégant petit capteur se loge discrètement à l’extrémité de tout club de golf standard. Je ne l’ai pas du tout senti. Et, à mes yeux, le fait de fixer l’appareil sur le club semblait devoir donner des résultats plus fiables que l’approche du Zepp, que l’on porte sur la main et qui inclut donc l’angle de tenue du club dans ses calculs.

J’ai adoré pouvoir, à la fin d’un drive, prendre mon téléphone portable et voir immédiatement une animation reproduisant mon swing (avec tout un tas de statistiques sur la vitesse de la tête du club, la puissance de l’impact, le tempo, etc.).

Le GSA Pro m’a semblé fiable: lorsque j’ai fait exprès de ralentir ou d’accélérer mon swing ou que j’en ai changé l’arc, l’appareil a reconnu la différence. Ma caractéristique favorite: le capteur m’a informé que je frappais presque toujours la balle avec la face du club trop ouverte et que mon swing était trop à l’extérieur de la balle. C’est une information vraiment utile, sur laquelle il est possible de travailler.

Mais, une fois encore, mettre tout cela en pratique serait bien plus facile si j’avais un professionnel à mes côtés pour m’indiquer les ajustements nécessaires au lieu de me laisser deviner comment y parvenir.

Ballon de basket «intelligent» 94Fifty, 295,95 euros

J’avais de très grands espoirs pour le 94Fifty, qui embarque des capteurs et un émetteur Bluetooth à l’intérieur d’un ballon de basket standard. Ce dernier peut mesurer la vitesse et la puissance du dribble, la vitesse à laquelle le shooteur dégaine après la réception d’une passe, l’angle du tir et l’effet donné au ballon.

Le 94Fifty est inutilisable durant un match (le ballon ne pourrait savoir quel joueur a fait quoi et il ne peut pas passer automatiquement d’une analyse des mouvements de balle à une analyse de shoot), mais l’application qui l’accompagne est parfaitement conçue pour un entraînement en solo. Je l’ai essayé avec quelques amis avant notre match hebdomadaire du mercredi soir, sur le terrain d’une école élémentaire de ma ville.

Pour ce que je peux en dire, le capteur semble très précis. Il a bien compté mes dribbles, m’a indiqué le nombre précis de tours par minute lors de mes shoots et a su reconnaître si la courbe dessinée par le tir en question ressemblait plutôt à un arc en ciel ou à une corde à linge.

En tant qu’outil de diagnostic, cela semble extrêmement pratique: il apparaissait évident que tous ceux qui avaient pris part à l’expérience avaient dribblé trop fort, tiré trop à plat et n’avaient pas donné assez d’effet au ballon. Et tout était vrai (une preuve de plus: dans mon équipe, les meilleurs shooters avaient réalisé les arcs les plus élevés et les tirs avec le plus d’effet, même si cela restait insuffisant.)

J’imagine que le 94Fifty pourrait être un cadeau de rêve pour un lycéen fou de basket (si tant est que l’on ose lui confier un ballon à 300 euros). L’application est destinée à vous faire aller de l’avant, avec un niveau de difficulté allant croissant au fur et à mesure que l’on progresse. Laissez votre ado tout seul avec son ballon dans le jardin et il aura de quoi s’occuper des heures durant, qu’il cherche à améliorer ses facultés ou à battre des records personnels.

Quant à moi, qui ne suis plus un ado et qui n’ai plus le temps de passer mes après-midi à tenter d’améliorer mes shoots, je pense que je ferais mieux de garder mon argent pour me payer à la place quelques cours par un professionnel.

Cela vaut aussi pour tous ces autres appareils: les gadgets de ce type ne constituent pas le meilleur moyen d’améliorer son jeu. Il y a clairement du potentiel en la matière, mais, si l’on souhaite progresser, le mieux pour l’instant reste d’acheter des heures de cours auprès du professionnel le plus proche (ou, pour ceux qui souhaiteraient vraiment ne consulter que les meilleurs professeurs –et faire fi de la géographie– vous pouvez opter pour l’analyse à distance d’un professionnel reconnu, à l’aide d’une application vidéo permettant des télépointages sur écran. Au passage, cela ne devrait pas constituer un plus gros casse-tête que pour les musiciens qui prennent des cours de guitare par Skype auprès d’un professeur célèbre vivant dans une autre région).

Néanmoins, il se peut que je me laisse un jour tenter par le 94Fifty. Je suis certain que la simple analyse et répétition de mes gestes améliorerait mon toucher de ballon (au minimum). Mais, malheureusement, cela ne m’empêchera pas de faire toujours 1,56 m et d’avoir toujours la détente d’un réfrigérateur et l’adresse d’une vache laitière à trois pattes. Rajon Rondo peut dormir tranquille.

Seth Stevenson

Traduit par Yann Champion

Seth Stevenson
Seth Stevenson (25 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte