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Mondial: les Italiens se moquent du code éthique du sélectionneur Prandelli

Grégoire Fleurot, mis à jour le 15.05.2014 à 16 h 21

Cesare Prandelli et Gianluigi Buffon lors de la présentation du maillot italien pour la Coupe du monde 2014 à Milan, le 3 mars 2014. REUTERS/Stefano Rellandini.

Cesare Prandelli et Gianluigi Buffon lors de la présentation du maillot italien pour la Coupe du monde 2014 à Milan, le 3 mars 2014. REUTERS/Stefano Rellandini.

La question du comportement et de l'exemplarité des internationaux est décidemment un sujet bien délicat à gérer. En France, les joueurs de l'équipe de France qui ont un comportement jugé incorrect sont suspendus par la Fédération: Nicolas Anelka avait écopé de 18 matchs de suspension pour ses insultes envers Raymond Domenech en 2010, Samir Nasri de trois matchs pour ses insultes à l'encontre d'un journaliste à l'Euro 2012 tandis que Yann M'Vila avait été suspendu 19 mois pour une virée nocturne en pleine préparation d'un match important avec les Espoirs.

En Italie, le sélectionneur Cesare Prandelli s'est saisi du sujet de manière originale depuis son intronisation après la débâcle italienne du Mondial 2010 en édictant un code éthique: les joueurs qui se comportent mal sur ou en dehors du terrain, dans leur club ou avec la sélection, risquent de ne pas se faire appeler.

Le système, qui a pour seul juge le sélectionneur lui-même, a d'abord eu un certain succès auprès du public et des journalistes dans une période où les problèmes se multipliaient dans le football italien (affaires de matchs truqués, violence dans les stades, etc.).

Mais quatre ans après, alors que Prandelli vient d'annoncer sa liste élargie de 30 joueurs pour le Mondial brésilien, son code éthique est devenu la risée d'une partie du pays, notamment sur Twitter. En cause, les différences de traitement des joueurs en fonction de leur statut ou des matchs à venir.

L'attaquant Pablo Osvaldo avait été écarté du groupe pour la Coupe des confédérations l'été dernier pour avoir «déserté la cérémonie de remise de la coupe (d'Italie) sans l'autorisation du club» après la défaite de l'AS Roma contre la Lazio. En mars dernier, c'était la star de la Roma Daniele De Rossi qui avait subi la loi du code d'éthique pour un coup de poing lors d'un match, tandis que le mois suivant, son coéquipier et meilleur buteur de la Roma Mattia Destro était écarté des tests médicaux pour les sélectionnables au Mondial pour un geste similaire.

Mi-avril, Cesare Prandelli affirmait que son code d'éthique était plus que jamais en vigueur:

«J'en ai marre de voir certaines actions. Les joueurs de l'équipe nationale doivent avoir la force de ne pas tomber dans la provocation. Le code d'éthique va subsister, même pendant le dernier mois (avant la Coupe du monde). Celui qui fait une erreur restera à la maison. Je suis sûr que personne ne fera d'erreur.»

Mais voilà, dimanche 11 mai, deux jours avant l'annonce de la liste de 30 joueurs pour le mondial, c'est le défenseur de la Juventus et cadre de l'équipe nationale Giorgio Chiellini (67 sélections) qui craque, assénant un coup de coude au Romain Miralem Pjanic, qui lui vaut trois matchs de suspension par la Ligue italienne. Prandelli annonce aussitôt que Chiellini sera dans les 30:

«Pour moi, ce n'est pas un geste violent. Il n'a pas levé le bras pour faire mal.»

Le défenseur sera finalement bien dans la liste, tout comme Mattia Destro, dont le coup de poing a semble-t-il été oublié. Pour les Italiens (à part les supporters de la Juventus), c'est l'injustice de trop et la preuve que le code de l'éthique de Prandelli n'est pas appliqué de la même manière à tout le monde. Sur Twitter, les blagues consistant à faire dire des contre-vérités à Prandelli avec le hashtag «#veritaprandelliane» («vérité prandellienne») se sont multipliées:

«A la revoyure, le but de Maradona contre l'Angleterre au Mondial 86 est valable. C'est la balle qui tape le poing»

«Prandelli: Napoléon est parti spontanément à Sainte-Hélène pour un weekend.»

Sur le blog consacré au foot italien Seriaddicted, Federico Formica écrit:

«Une question reste en suspens: pour Prandelli, les décisions de la justice sportive sont-elles pertinentes ou pas? Comment peut-il être libre de "prendre ses propres décisions" sans se soucier des juges sportifs (Chiellini et De Rossi [Prandelli n'avait pas attendu la suspension officielle de ce dernier pour l'écarter, ndlr]) et, en même temps, appeler Balotelli après avoir reconnu que la justice sportive l'avait puni de façon adéquate pour son comportement violent).»

En octobre 2013, Prandelli avait en effet convoqué Mario Balotelli malgré une suspension de trois matchs infligée pour avoir insulté l'arbitre, estimant que la suspension de la Ligue était suffisante. A l'époque déjà, la presse avait fustigé un code «inutile».

La logique sportive a tendance à l'emporter sur celle du code éthique: les joueurs importants ne sont écartés que pour les matchs amicaux (c'était le cas de De Rossi). En 2012, Balotelli avait subi la loi du code pour un match amical face aux Etats-Unis, mais son mauvais comportement et son carton rouge juste avant l'Euro 2012 ne l'avaient déjà pas empêché d'être du voyage.

Finalement, la meilleure stratégie est peut-être celle de Didier Deschamps, qui a écarté Samir Nasri de son groupe pour la Coupe du monde à cause de son comportement plus que de ses mauvaises performances, sans pour autant invoquer de grands principes moraux ou prétendre à une quelconque égalité de traitement entre tous les joueurs. 

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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