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Le hockey, la mondialisation heureuse

Yannick Cochennec, mis à jour le 23.02.2014 à 8 h 25

Suède contre Canada. Europe contre Amérique du Nord. La finale olympique de hockey arbitre un duel classique entre deux grandes écoles de la discipline même si les styles propres aux grands pays ont fini par s’uniformiser.

Ultime plat relevé des Jeux olympiques d’hiver, la finale de hockey sur glace à Sotchi n’aura peut-être pas le petit piment qu’aurait forcément constitué la présence de la Russie en finale face à l’ennemi juré, les Etats-Unis, ou le Canada. On se «contentera» donc de ce Canada-Suède, entre le champion olympique 2010 et le champion olympique 2006, que les amateurs de la discipline attendent tout de même avec grande impatience.

Eliminé, en effet, par la Finlande en quarts de finale, le pays organisateur a mordu la glace précocement, de façon inattendue, malgré son armada offensive incarnée notamment par Alex Ovechkin, prolifique en National Hockey League (NHL), dans son club de Washington, mais étrangement atone sur les bords de la Mer Noire.

La Russie court donc toujours après un titre olympique qui la fuit depuis 1992, à Albertville, où l’ancienne URSS avait évolué sous la bannière d’une équipe unifiée alors que s’était écroulé l’empire communiste. Cette traversée du désert olympique succède à une longue période d’abondance pendant laquelle l’URSS avait trusté huit médailles d’or sur dix possibles, entre 1956 et 1992.

Depuis 1998, et l’arrivée des stars de la NHL libérées pendant deux semaines par leur ligue professionnelle nord-américaine pour pouvoir participer aux Jeux olympiques, la donne a, il est vrai, changé. Aux Jeux, la concurrence s’est forcément renforcée, notamment du côté américain et canadien, et parallèlement l’unité des Russes s’est, elle, fissurée avec la dispersion de ses troupes depuis 20 ans en NHL. La professionnalisation et la mondialisation du hockey lui ont été, en quelque sorte, fatales.

Le constat: au contact des clubs professionnels nord-américains, le style russe s’est dilué dans ce qu’il faut bien appeler la globalisation du jeu. «Avant, au temps de l’URSS, les joueurs russes s’entraînaient 300 jours par an au sein d’un même club, le CSKA Moscou, qui était la base de l’équipe nationale, rappelle Pierre Pousse, entraîneur national, assistant coach de l’équipe de France absente à Sotchi. 

Leur jeu était d’une technicité presque paroxystique, fait de passes, de redoublements de passes, contrairement aux Canadiens d’alors qui envoyaient presque systématiquement le palet vers l’attaque où ils avaient assez de talents offensifs pour travailler les défenses adverses et essayer de marquer. Quand le rideau de fer est tombé, les meilleurs joueurs de l’Est, Russes ou Tchèques, ont migré outre-Atlantique et ont dû s’adapter aux systèmes de jeu des franchises professionnelles nord-américaines qui se ressemblent tous plus ou moins. Ils ont perdu un peu de leur naturel d’origine.» 

Avant la chute du communisme, le hockey nord-américain, si l’on voulait caricaturer, était plus «sauvage» alors que son homologue russe était plus «maîtrisé» comme si économie libérale et économie administrée se reflétaient étrangement dans le miroir de la glace.

La rencontre de ces deux mondes, dans les années 1990 et 2000, a débouché sur un même mélange technique et tactique qui irrigue désormais les principaux championnats également alimentés par les joueurs venus du Nord de l’Europe.

Le brassage pro n'a pas tout lissé

Que ce soit en NHL, où un tiers des hockeyeurs ne sont pas nord-américains, mais aussi en KHL, la ligue professionnelle russe fondée en 2008 et qui s’est substituée à la Superliga, les systèmes et les styles de jeu sont devenus à peu près interchangeables et influent sur les équipes nationales. «Alex Ovechkin est presque un joueur de hockey canadien dans sa manière de jouer, sourit Pierre Pousse. Lors de ce tournoi olympique, Canadiens et Russes fonctionnaient d’ailleurs à peu près sur le même mode.» L’équipe russe se partageait numériquement entre 16 joueurs issus de la NHL et 9 de la KHL.

Demeurent néanmoins des spécificités gardées depuis l’enfance et l’adolescence et que ne lisse pas complètement le brassage professionnel. Parmi les hockeyeurs issus des grandes nations du hockey, le Finlandais est ainsi joueur très technique avec une très grande conservation du palet, pratique à risques. 

«C’est pareil pour le Suédois, mais avec une pointe de réalisme en plus devant la cage», note Pierre Pousse. «Chez les Nord-Américains, sortir le palet le plus rapidement de sa zone et aller aussitôt vers la zone offensive pour travailler la cage adverse est la priorité, poursuit-il. Si les Américains sont en progrès dans ce registre, ils restent néanmoins en retrait par rapport aux Canadiens dans le domaine offensif

Les Russes continuent, eux, d’être très techniques grâce à une immense qualité de patinage, mais comparativement à leur passé soviétique, ils sont devenus nettement plus individualistes alors que les Tchèques, qui ont une culture de hockey plus ancienne que les Russes et sont aussi des artistes, sont plus collectifs. 

Il n’empêche, après cette description comparative à grand trait, échangez les maillots des équipes nationales et il est probable que vous ne saurez pas qui est qui. «Mais cette uniformisation n’est pas problématique, précise Pierre Pousse. Ce qui a été perdu en variété a été gagné en niveau général. Le hockey n’a jamais été aussi fort et spectaculaire.»

Une ligue puissante et cosmopolite

Gary Bettman, le puissant patron de la NHL, capitalise d’ailleurs et indique qu’en 20 ans, l’affluence de la ligue en saison régulière est passée «de 11 ou 12 à 20 millions de spectateurs» avec des connections de plus en plus internationales pour une NHL plus cosmopolite que la NBA, la MLB et la NFL.

Et au fait, y aurait-il un style français dans un pays dont la culture hockey reste relativement mince? «Oui, cela vient, remarque Pierre Pousse. Après une longue période influencée par les joueurs canadiens et notamment québécois nous ayant d’abord rejoints, l’arrêt Bosman a permis de diversifier nos influences. Aujourd’hui, nous arrivons, par exemple, à conserver le palet plus longtemps grâce à l’apport des Scandinaves.»

En 2013, à l’occasion de la phase qualificative pour ces Jeux olympiques, la France a manqué de très peu son billet pour Sotchi. Seul joueur français en NHL, dans le club des Stars de Dallas, Antoine Roussel, 24 ans, pense néanmoins que le hockey français est sur la bonne voie et qu’il peut revenir aux Jeux olympiques, comme de 1988 à 2002, grâce un bon réservoir de jeunes.

Né à Roubaix, Antoine parle avec un fort accent québécois dû à un long passage dans la Belle province. Comme un autre symbole de ce «melting pot» du hockey sur glace qui, techniquement et tactiquement, utilise désormais une sorte de langue commune.

Yannick Cochennec

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