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La ville où l'Ukraine veut organiser les JO 2022 est un bastion de la contestation

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 19.02.2014 à 11 h 57

Une manifestation pro-UE à Lviv, le  28 novembre 2013. REUTERS/Marian Striltsiv.

Une manifestation pro-UE à Lviv, le 28 novembre 2013. REUTERS/Marian Striltsiv.

Alors que Kiev est à feu et à sang en plein Jeux olympiques, qui ont lieu à quelques centaines de kilomètres de là à Sotchi (Russie), la situation a valeur de symbole: Lviv, la ville où le pouvoir ukrainien aimerait organiser une des prochaines éditions des Jeux d’hiver, en 2022, est aussi une de celles qui s’est le plus autonomisée du pouvoir de Viktor Ianoukovitch.

Mardi 18 février au soir, des manifestants y ont envahi le siège de l’administration locale et de la police sans rencontrer de résistance, avant de mettre le feu à ce dernier, rapporte l’AFP. Fin janvier, le gouverneur régional nommé par Viktor Ianoukovitch –qui a recueilli seulement 5% des voix dans la ville à la dernière présidentielle– a dû démissionner sous la pression de la rue.

Le New York Times consacrait le 15 février un reportage, sous le titre «Une ville ukrainienne échappe aux mains du gouvernement», à cette cité de l’ouest du pays, située à seulement une heure de voiture de la Pologne. «Nous avons désormais deux pouvoirs ici, un formel, qui n’est pas concret et n’est reconnu par personne, et le pouvoir du peuple», expliquait Andreï Sokolev, un dirigeant syndical local.

Il y a trois jours, écrivait le quotidien américain, Lviv présentait un «contraste frappant» avec Kiev, la situation y étant plus calme. Début février, Libération faisait lui de la ville la «base arrière indispensable pour le “village” de la place de l’Indépendance, à Kiev. Des points de collecte de vêtements, de nourriture et de médicaments sont organisés dans les églises et des bus partent tous les jours pour la capitale».

Peu de temps après sa réélection, en mai 2010, Viktor Ianoukovitch avait annoncé la candidature de son pays aux JO de 2022. Interrogé au début des Jeux de Sotchi, le président du Comité olympique ukrainien, l’ancien perchiste Sergueï Bubka, s’est dit confiant dans les chances de l’Ukraine tandis que le vice-Premier ministre ukrainien et responsable de la candidature Oleksandr Vilkul a estimé que des Jeux fonctionneraient comme un «catalyseur» pour son pays dans la décennie à venir. Mais comme le notait le site Inside The Games:

«Leur prestation [des défenseurs de la candidature] a rappelé l’insistance de l’équipe de Tokyo 2020, pendant la réunion du CIO à Buenos Aires, à dire que les conséquences de la catastrophe nucléaire de Fukushima étaient "sous contrôle" et ne devaient pas influer sur la candidature. Le résultat final leur a donné raison puisqu’ils ont fini par l’emporter, mais il est difficile d’imaginer Lviv obtenir le même succès sans employer une approche plus directe et sincère de la crise actuelle.»

Hormis Lviv, le CIO doit choisir entre Oslo (Norvège), Pékin (Chine), Almaty (Kazakhstan) et Cracovie (Pologne), cette dernière faisant désormais figure de favorite, selon Reuters et le site spécialisé Francs Jeux. Une short-list de candidats doit être publiée début juillet 2014, l’élection de la ville-hôte étant prévue fin juillet 2015.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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