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Les JO 2024 à Paris, c'est encore loin, mais c'est déjà maintenant

Yannick Cochennec, mis à jour le 10.02.2014 à 18 h 40

Les pieds à Sotchi, la tête à Paris: dans dix ans, la capitale organisera-t-elle les Jeux olympiques? La question est déjà d’actualité, puisque la candidature devra être officiellement déposée dès l’année prochaine. Mais une fois encore, ne rêvons pas…

REUTERS/Bazuki Muhammad.

REUTERS/Bazuki Muhammad.

La campagne municipale n’en parle pas, ou alors à voix très basse. De concert, Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet ont indiqué qu’il était encore trop tôt pour évoquer le sujet.

Mais dès que la nouvelle équipe qui prendra possession de l’Hôtel de Ville sera connue au soir du 30 mars, il sera alors presque urgent d’étudier le dossier à fond et de prendre une décision pour savoir si, oui ou non, Paris peut être candidate à l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques d'été en 2024.

En apparence, rien ne presse, mais l’échéance est moins lointaine qu’on l’imagine. En effet, les dossiers de candidature des villes postulantes devront être déposés en septembre 2015 dernier délai, sachant que le Comité international olympique (CIO) désignera l’heureuse élue en 2017 dans un lieu qui sera connu en mai prochain.

A l’évidence, la nouvelle maire de Paris n’aura pas de temps à perdre et devra très vite donner une orientation lors des tout premiers mois de son mandat. Le Comité national olympique français (CNOSF) vient lui de lancer une étude pour le projet d'opportunité de candidature de la France à l’horizon 2024. Un rapport sera rendu en novembre et sera décisif pour le CNOSF comme pour la nouvelle municipalité. Tout s’arrêtera ou partira de cette date.

Plus de huit ans après le fiasco de Singapour, qui avait vu Londres brûler la politesse à Paris pour les Jeux de 2012, la blessure n’a pas complètement cicatrisé, ni dans la capitale ni au sein du mouvement olympique français, qui s’est pris dans l’intervalle une autre gifle avec la débâcle, cette fois attendue, de la candidature d’Annecy pour les Jeux d’hiver de 2018.

Pourquoi retenter sa chance? Paris (et la France) a-t-elle besoin des Jeux olympiques? Telles sont les questions auxquelles le sport français va devoir répondre assez vite en fonction aussi d’une concurrence potentielle que l’on annonce féroce. 

Épouvantail américain

Les Etats-Unis pourraient proposer une candidature. Le Canada envisagerait de jouer la carte de Toronto. L’Afrique du Sud n’écarte pas l’idée de se mettre sur les rangs afin de devenir le premier pays africain à célébrer les Jeux à domicile. En Europe, Rome et Berlin tâtent le terrain. La Turquie, avec Istanbul, n’entend pas de son côté tourner la page après son récent échec contre Tokyo pour les Jeux de 2020 et se dit à nouveau prête pour 2024.

Parmi ces multiples adversaires, il est clair qu’une candidature américaine pourrait faire figure d’épouvantail. Les Etats-Unis n’ont plus accueilli de Jeux olympiques depuis ceux de Salt Lake City en 2002. En 2024, cela fera donc 22 ans (et même 28 pour les Jeux d'été, depuis Atlanta 1996): c’est long pour les Etats-Unis, qui financent grassement le CIO par le biais de la chaîne américaine NBC. Après le camouflet infligé à Chicago et à Barack Obama, venu défendre «sa» ville à Copenhague en 2009 dans la perspective des Jeux de 2016, le CIO, une institution qui reste tout sauf purement démocratique, pourrait avoir envie de se «racheter» auprès de l’un de ses principaux bailleurs de fonds.

Dans ce contexte, rien n’est simple, on le voit, pour Paris, déjà battue pour l’organisation des Jeux de 1992, de 2008 et de 2012, et qui n’a plus envie d’être humiliée comme elle l’a été la dernière fois alors que son dossier d’évaluation avait été le mieux noté. L’amertume ne s’est pas complètement dissipée, comme le montrent les récents propos d’Anne Hidalgo dans L’Equipe, début décembre:

«Pour présenter une candidature, il faut que plusieurs conditions soient remplies. D’abord, une clarification du mode de désignation des villes et la garantie d’une transparence et d’une démocratie dans cette désignation. Ensuite, les Jeux ne doivent pas être dispendieux et déraisonnables. Ce n’est pas au contribuable parisien de payer les Jeux. Il faut un engagement total du mouvement sportif, du gouvernement et de la nation. S’il y avait une candidature, ce serait à l’échelle du Grand Paris: les Jeux doivent servir un territoire sur lequel se trouve le foncier disponible. »

Il n’est pas sûr que le CIO aura apprécié ces paroles le soupçonnant publiquement d’être d’anti-démocratique. Qu’Anne Hidalgo ne rêve pas non plus: le CIO n’a jamais évolué dans la clarté et cela n’a pas changé en dépit des scandales de corruption du passé. Quant à l’idée de Jeux qui ne seraient pas coûteux, autant renoncer sur le champ à toute candidature.

Les politiques tenus à l'écart

Heureusement, cette fois, les politiques devraient être un peu (mais seulement un peu) tenus à l’écart d’une éventuelle candidature Paris 2024. C’est une promesse faite dans le sillage de l’échec de Paris 2012, où ils avaient été jugés comme trop présents au détriment des «sportifs». Elle pourrait être tenue grâce à la création depuis avril d’un petit groupe de travail déjà à l’œuvre et dirigé par Bernard Lapasset.

En effet, l’actuel président de l’IRB (l’organisme qui tient lieu de fédération internationale de rugby), qui connaît les méandres du mouvement olympique pour avoir réussi à faire intégrer le rugby à sept au programme à partir des Jeux de Rio en 2016, est à la tête de cette équipe qui fédère différentes personnalités du sport français afin de réfléchir sur l’utilité ou non d’une candidature en 2024, voire au-delà.

Jean-Claude Killy, Guy Drut et Tony Estanguet, les trois membres français du CIO, font évidemment partie des personnalités consultées au sein de ce Comité français du sport international (CFSI). Mais pour ces trois-là, une extrême prudence reste de rigueur en raison notamment de la faible représentation française au sommet des différentes fédérations internationales –mal dont la France souffrait déjà en 2005 au moment de Singapour et dont elle n’a pas vraiment guéri depuis.

En novembre, François Hollande, qui ne se rendra pas à Sotchi (mauvais point aux yeux du CIO), a reçu Jean-Claude Killy, Guy Drut et Tony Estanguet, puis les trois représentants du mouvement sportif (Valérie Fourneyron, Denis Masseglia et Bernard Lapasset), et enfin Thomas  Bach, le nouveau président du CIO, manière de prendre la température au moment où la France s’essaie à une diplomatie sportive.

Bach lui a confirmé ses projets de réformes du mouvement olympique, concernant notamment le processus de sélection des villes candidates, dans la mesure où il veut inciter les villes à sortir des dossiers trop formatés, rédigés sur les conseils de consultants sachant maîtriser parfaitement tous les arcanes olympiques, et qui au final se ressemblent tous. «Nous devrions plutôt demander comment ils pensent que les Jeux pourraient s'inscrire dans leur environnement naturel et social, et dans un plan viable économiquement sur le long terme», a-t-il déclaré.

Ne pas utiliser l'argument du centenaire

Une formule bien alambiquée qui n’éclairera pas beaucoup les penseurs d’un éventuel projet Paris 2024 qui savent, hélas, qu’un bon dossier ne suffit pas dans les eaux troubles du CIO. Savoir mentir doit faire partie aussi de la panoplie, comme Tokyo qui, à peine choisie pour 2020, a révisé son projet à la baisse.

Quant à plastronner qu’il serait symbolique de voir Paris accueillir les Jeux olympiques cent ans exactement après les Jeux de 1924 tenus dans la capitale, c’est un argument de campagne à ne surtout pas utiliser (même s’il le sera notamment par les politiques –c’est déjà le cas). Athènes avait joué cette carte du centenaire en rêvant de Jeux en 1996. Moralité: Atlanta (et Coca-Cola) avait triomphé au mépris de l’histoire, mais au profit d’intérêts commerciaux.

Comme le suggère Guy Drut, si Paris veut vraiment les Jeux en 2024, que la population le dise déjà par le biais d’un vote élargi à l’Ile-de-France. En cas de oui franc et massif, il sera alors l’heure de se prendre à rêver tout en faisant les additions. Hélas, cette voie-là ne sera vraisemblablement pas choisie, ne faisant pas partie de la tradition dirigiste française.

Yannick Cochennec

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Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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