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Sotchi: les Jeux vont coûter très très cher à certains magnats russes

Grégoire Fleurot, mis à jour le 03.02.2014 à 17 h 58

Vladimir Poutine au centre de saut à ski "RusSki Gorki" dans la station de Krasnaya Polyana près de Sotchi, le 6 février 2013, REUTERS/Sergei Karpukhin

Vladimir Poutine au centre de saut à ski "RusSki Gorki" dans la station de Krasnaya Polyana près de Sotchi, le 6 février 2013, REUTERS/Sergei Karpukhin

C'est officiel depuis quelques jours: les Jeux olympiques de Sotchi, qui débutent vendredi 7 février, sont les plus coûteux de l'histoire. Le vice-Premier ministre russe Dmitry Kozak, en charge de l'organisation de la compétition au sein du gouvernement, a annoncé que le coût total des travaux s'élève à 50 milliards de dollars (37 milliards d'euros), pulvérisant le record détenu par les Jeux de Pékin en 2008 qui avaient coûté 26 milliards d'euros.  

Un chiffre d'autant plus marquant que l'organisation de Jeux olympiques d'hiver coûte traditionnellement moins cher que celle de Jeux d'été.

En fait, comme on peut le voir sur cette infographie, les Jeux de Sotchi ont coûté autant que la somme de tous les JO d'hiver précédents:

Mais plus que le chiffre faramineux de 37 millions d'euros, c'est la différence avec les estimations initiales qui frappe dans le cas de Sotchi. Vladimir Poutine avait en effet assuré lors de l'attribution du tournoi en 2007 que la note ne dépasserait pas 12 milliards de dollars (8,8 milliards d'euros).

Le Wall Street Journal consacre un long article à un exemple concret de dépenses ayant dérapé hors de contrôle, et aux conséquences désastreuses que cela implique pour ceux désignés comme responsables.

En 2007, quand des représentants du gouvernement ont demandé à Akhmed Bilalov, un businessman reconverti dans la politique bien connecté dans la région de Sotchi, et à son associé (son frère) s'ils voulaient construire la piste de saut à ski et l'espace média, ils ont sauté sur l'occasion.

Mais le contrat juteux s'est vite transformé en cauchemar.

Comme pour beaucoup d'autres chantiers des JO, des coûts imprévus sont vite apparus: des sols mouillés et une faille tectonique ont nécessité des travaux coûteux pour prévenir les glissements de terrain et les inondations, tandis les inspecteurs olympiques ont exigé la construction d'une nouvelle route pour relier l'entrée du site aux tribunes des spectateurs et au départ, doublant le coût du projet.

Au final, le coût du site de saut à ski est passé de 1,2 milliard de roubles au départ à 8 milliards de roubles. Des coûts additionnels que le gouvernement a refusé de prendre en charge, au grand dam de Magomed Bilalov, le frère d'Akhmed, qui s'occupait du projet.

La banque contrôlée par l'Etat, Sberbank, qui avait investi dans 25% de l'entreprise en charge des travaux, a peu à peu augmenté sa participation, poussant Magomed Bilalov vers la sortie. Au final, Sberbank affirme qu'elle va rentrer dans ses frais, grâce notamment à d'importants crédits accordés par l'Etat.

Quand Vladimir Poutine est allé inspecter le site en compagnie des chaînes de télévision, il a répété ces chiffres et, désignant nommément le «camarade Bilalov» comme responsable, déclaré devant les caméras:

«Bravo. Bon travail. Continuons comme ça.»

Dans les jours suivants, Bilalov a très vite perdu ses soutiens politiques et est devenu la cible d'une enquête criminelle pour abus de pouvoir pour avoir trop dépensé en voyages à l'étranger. Il fait actuellement profil bas au Royaume-Uni et suivra les Jeux à la télévision.

Grégoire Fleurot
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Journaliste
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