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«La répression ne gêne pas les honnêtes gens»: Frédéric Thiriez se trompe

Grégoire Fleurot, mis à jour le 04.12.2013 à 17 h 20

L'Allianz Riviera à Nice, le 16 septembre 2013. REUTERS/Eric Gaillard.

L'Allianz Riviera à Nice, le 16 septembre 2013. REUTERS/Eric Gaillard.

Le dernier week-end de football a été marqué en France par des images de violence à l'Allianz Riviera en marge du match qui opposait l'AS Saint-Etienne et l'OGC Nice, remettant au centre des débats la question de la lutte contre la violence dans les stades.

Comme à chaque incident (celui-ci a fait neuf blessés légers), les réactions politiques n'ont pas tardé, sous la forme d'un communiqué commun du ministre de l'Intérieur Manuel Valls et de la ministre des Sports Valérie Fourneyron condamnant les faits et estimant qu'ils «justifient [...] pleinement les mesures d'interdiction de stade ou d'encadrement de déplacements qui sont prises très régulièrement par les pouvoirs publics».

Et comme à chaque fois, Frédéric Thiriez a déclaré que «la répression ne gêne pas les honnêtes gens».

C'est en effet la phrase préférée du président de la Ligue de football professionnelle (LFP) pour justifier la politique répressive à l'encontre des groupes de supporters qu'il a participé à mettre en place depuis sa prise de fonction en 2002. Il l'a utilisée dès 2005, alors que les premières voix s'élevaient contre les contrôles d'identité à l'entrée des stades ou le fait que le PSG résilie des abonnements de supporters acquittés en justice.

En 2009, rebelote à l'occasion de la présentation d'une «charte d'organisation du match» censée notamment aider à la gestion des interdits de stade —le dirigeant attribuait au passage la paternité de l'expression au gardien du bon sens footballistique français Guy Roux. Pareil en 2011 lors de la présentation de la campagne «Sortons la violence du stade».

Malheureusement pour Frédéric Thiriez, qui en est à son quatrième mandat à la tête de l'organisme qui gère le football professionnel depuis sa dernière réélection par 84 voix contre 0 (il était le seul à se présenter), sa phrase fétiche est tout simplement fausse. Si la violence dans les stades de football, qui avait atteint son apogée avec deux morts aux alentours du Parc des Princes en 2006 et 2010, a indéniablement baissé depuis trois ans, cela s'est fait au détriment des libertés individuelles des supporters.

Dans un excellent article paru en avril dernier sur Rue89, Anthony Cerveaux revenait sur les nombreuses privations de libertés dont ont été victimes les supporters du PSG, les premiers visés par la politique de répression menée depuis 2006 et dont la majorité sont des «honnêtes gens» au casier judiciaire vide: interdictions administratives de stade (une sanction prise sans procès qui oblige les punis à pointer au commissariat tous les week-ends pendant les matchs) contre des manifestants pacifiques en marge d'un match ou des supporters ayant montré leurs fesses, arrêtés préfectoraux entravant sérieusement la liberté de circulation pour empêcher certains déplacements, supporters bloqués 8 heures dans un bus sans raison apparente pour les empêcher d'assister à un match, écharpes du PSG interdites au stade de France; etc.

Dernier exemple en date, la récente mise en demeure prononcée par la Cnil à l'encontre du PSG pour avoir dressé une «liste noire» illégale excluant certains supporters contestataires. La procédure a été clôturée le 8 novembre après que le club s'est mis en conformité.

On peut être partisan de la politique française de lutte contre le hooliganisme, qui privilégie la répression généralisée et parfois aveugle sans concertation avec les associations de supporters au ciblage des individus les plus violents, mais il n'est pas possible d'affirmer que celle-ci ne «gêne» pas un nombre non-négligeable d'«honnêtes gens».

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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