Société

Nicolas Brulez, «The Tattoorialist»

Temps de lecture : 2 min

«Le réel possède un avantage considérable sur la fiction, c’est d’être unique» - Raymond Depardon

Pour le deuxième épisode de sa websérie Voir la vie autrement, Tediber reçoit sur son matelas Nicolas Brulez, dont la double vie – infirmier psychiatrique et photographe d’individus tatoués – traduit le même intérêt bienveillant pour la marginalité.

La double vie de Nicolas

Sous le nom d’artiste The Tattoorialist, en hommage au bloggeur de mode new-yorkais Scott Schuman aka The Sartorialist, Nicolas Brulez commence sa carrière en amateur en documentant, tel un journaliste, les arrière-cours de la Fashion Week parisienne. Après avoir un temps immortalisé les wannabees de la mode, il se tourne vers d’autres sujets et s’intéresse alors à la sous-culture du tatouage.

De Paris à Montréal, en passant par Berlin, partout il photographie les corps et interroge le rapport à la mémoire et aux souvenirs qu’incarnent les tatouages. Aujourd’hui reconnu, édité et exposé, Nicolas a toutefois douté de sa légitimité dans ce domaine artistique.

Car cet autodidacte exerce en parallèle une toute autre activité a priori fort éloignée de la photographie : il est infirmier psychiatrique. Et pourtant, cette double vie que tout semble opposer repose sur un même intérêt pour l’humain marginalisé.

Voir l’individu plus que le tatouage

Le regard de bienveillance que le portraitiste pose sur ses patients ou ses modèles relève de la même empathie, prouve la même volonté de se colleter au réel et aux zones grises de la société. Comme il le dit lui-même, «j’ai tendance à ne pas voir le tatouage mais à entrer en relation avec la personne devant moi.» Tout comme on ne prend pas soin d’une pathologie, mais d’un individu.

À l’image de son «mentor», le cinéaste et photographe Raymond Depardon - qui a d’ailleurs travaillé sur la thématique de l’internement psychiatrique dans ses documentaires San Clemente et Douze jours -, The Tattoorialist observe le réel, en capte les marges et les retranscrit.

En duo

De ce quotidien bicéphale où la vie nourrit l’œuvre et vice versa, Nicolas tire une façon bien singulière d’envisager sa propre existence. Elle est, elle aussi, sous le signe du double. Car dans l’ombre de The Tattoorialist, se trouve Mylène Ebrard, la co-auteure de ses ouvrages, sa directrice de production et sa femme.

Véritable déclencheur (elle sera la première à exalter sa passion et à l’aider à s’autoriser à être photographe), elle est tout à la fois juge, inspiratrice, soutien. Tant et si bien qu’on pourrait même considérer le projet Tattoorialist comme une entreprise commune, le fruit d’un duo.

En se prêtant à l’exercice du portrait pour la websérie Voir la vie autrement, lui qui a plus l’habitude de le tirer que d’en être l’objet, Nicolas explicite son parcours peu commun et se confie sur cette double vocation qui en étonne plus d’un.

En ne sacrifiant ni sa passion, ni son métier, mais en les faisant coexister, The Tattoorialist prouve qu’on peut répondre aux normes sociales et demeurer à part, qu’on peut regarder la marginalité avec un œil bienveillant et sans préjugé, qu’être sensible au réel et sa beauté au quotidien ouvre le chemin vers le bonheur.

Slate.fr

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