Société / Culture

Les bingos de l'été français

Temps de lecture : 3 min

[Épisode 4] Quatre grilles pour rendre hommage à nos villages.

Le village de Cadenet, que décrit Jean-Pierre Le Goff dans La fin du village, vu de la plaine. | Marchall via Wikimedia Commons
Le village de Cadenet, que décrit Jean-Pierre Le Goff dans La fin du village, vu de la plaine. | Marchall via Wikimedia Commons

Au hasard d'une brocante située dans une zone artisanale sans attrait d'un village du Var, j'ai remis la main sur Une année en Provence de Peter Mayle, un livre qui a beaucoup fait pour la réputation touristique de la France, en particulier celle de la Provence.

Ancien publicitaire londonien, Peter Mayle y raconte son installation dans le Luberon avec sa femme. Près de trente ans après la première parution en 1993 de ce journal de bord qui narre les incompréhensions culturelles avec les locaux, il n'est pas difficile de deviner ce qui a fait son succès, au point que des visites de la Provence sur les traces de Peter Mayle furent organisées.

Dans un genre qui emprunte autant aux Monty Python qu'à Marcel Pagnol, l'auteur réunit ce qu'il faut de pittoresque et d'autodérision, parvenant à se moquer autant des Provençales et des Provençaux bourrus et de leur sens de l'humour parfois glacial, que de la réserve des Anglais déphasés par ce microclimat culturel, sans oublier ces Parisien·nes snobs qui retapent des maisons pour les transformer en «pays de magazine», arrachent des vignes pour en faire des courts de tennis et recréent dans le sud de la France, le temps de l'été, une sociabilité qui n'est finalement qu'une migration de leur réseau professionnel. De janvier à décembre, le récit est ponctué d'observations de terrain et rythmé par le running gag des relations du couple avec l'équipe d'artisans du bâtiment en charge de la rénovation de leur maison.

Vingt ans plus tard dans La fin du village, le sociologue Jean-Pierre Le Goff, qui cite Peter Mayle dans son introduction, réalise une plongée autrement plus approfondie et d'une tonalité plus sombre dans un bourg situé en bordure du Luberon, Cadenet. Au fil des années, la population du village est rejointe par de nouvelles couches provenant de l'extérieur, d'abord les populations pendulaires venues d'Aix, puis les Parisien·nes, encore, qui dans la foulée du prolongement du TGV à Avignon et Aix-en-Provence au début des années 2000 s'installent dans la région ou y acquièrent des résidences secondaires.

Cette incontournable pièce de notre patrimoine commun

Alors que Mayle insiste sur le pittoresque et la joie de vivre dans une Provence de carte postale idéalisée, célébrant le chant des cigales, le jeu de boules et la sociabilité bon enfant de voisinage, Le Goff décrit un village qui, comme beaucoup d'autres, disparaît en tant que tel pour laisser place à une autre configuration plus éclatée.

Écrire sur son village, d'origine ou d'adoption, est une passion de l'édition française. Cet été plus que les précédents, nombre d'entre nous retrouvons ces villages, y séjournons ou y passons simplement. Bien sûr, il y a les villages-stars du tourisme, ceux qui ont été entièrement reconfigurés pour la saison estivale et sa population multipliée par deux, cinq ou dix. À l'autre extrémité, et en plus grande quantité, on trouve les villages-dortoirs devenus banlieues résidentielles ou les villages-rues qu'on traverse sans vraiment s'y arrêter. Même ceux-là proposent désormais quelque modeste chambre privée en Airbnb dans un lotissement quelconque.

Beaucoup de villages français, pourvu qu'ils soient situés dans une région attrayante, occupent une position intermédiaire vis-à-vis de l'économie touristique: sans être des têtes d'affiche du pays visité, ils ont développé un certain attrait pour retenir l'estivant de passage, dans l'espoir d'échanger quelques devises contre une tranche d'art de vivre et d'authenticité locale. Ils ont fièrement mis en scène leur passé et les vestiges de leur vie quotidienne, que ce soit par une fête, une visite guidée, un petit musée lié à une pratique agricole ou industrielle locale qui faisait la spécificité du pays –parfois même, en érigeant un petit rond-point ou une aire de pique-nique qui célèbre leur folklore.

Cet été, il n'y aura pas, ou peu, de fêtes de village. Mais nous aurons renoué avec cette incontournable pièce de notre patrimoine commun. Voici quelques bingos qui leur rendent hommage.

Bingo de village français standard:

Bingo de restaurant estival de village:

Bingo de livres de vide-grenier de village:

Bingo de routes nationales:

Un été français
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