Politique

Pourquoi déteste-t-on François Hollande?

Temps de lecture : 9 min

L'ancien président a fait son retour médiatique avec la parution de son livre, «Les leçons du pouvoir» (Stock). Et avec lui, le retour, aussi du Hollande-bashing.

Illustration par Laurence Bentz
Illustration par Laurence Bentz

Non, Slate ne déteste pas François Hollande. Notre nouvelle série «Pourquoi déteste-t-on les…?» recense les stéréotypes les plus courants pour les expliquer et les démonter.

Journalistes, fonctionnaires, punks à chien… Retrouvez chaque semaine la déconstruction d'un nouveau stéréotype.

Tous les épisodes de la série «Pourquoi déteste-t-on les...?»

Haïr, maudire, mépriser, avoir en horreur, éprouver une aversion, ressentir une répulsion, hurler une antipathie... Ceux qui ne l'aimaient pas avant continuent de ne pas l'aimer après! Rarement un homme public, qui fut président de la République en activité et qui est devenu chef de l'État rangé des voitures, n'a suscité autant de détestation, voire de haine, de la part de certains segments de l'opinion.

Cet homme s'appelle François Hollande. C'est lui qui a présidé aux destinées de la France entre 2012 et 2017. Le simple fait d'énoncer ce rappel —il n'est l'expression que d'une simple évidence— fait se dresser les cheveux sur la tête de certains et, je le vois bien, provoque une intense chair de poule chez certaines. Mais ça peut être aussi l'inverse: les cheveux de certaines et la piloérection de certains. Quand ce ne sont pas des crises de tétanie.

Il est comme ça, François. Quand on le déteste, on le déteste vraiment. Sans mesure. Sans limites. Sans bornes. Sans barguigner. Pendant son quinquennat, deux catégories de personnes, à droite et à gauche, n'ont pu s'empêcher de lui tomber dessus à bras raccourcis. Lui «tomber dessus» est, à bien y regarder, une expression un peu faible pour décrire les tombereaux d'insultes qui se sont déversés sur lui, sans discontinuer, pendant cinq ans.

Ce «Hollande-bashing», qui fut l'apanage des réseaux sociaux et de Twitter en particulier, avait atteint un tel niveau qu'en 2016 une pétition fut lancée dans le JDD par des artistes, des intellectuels, des sportifs pour dire «stop». Il est vrai que c'était le moment où le président se demandait s'il allait se représenter pour tenter un second mandat. La réflexion valait bien un petit coup de main et un petit coup de sonde auprès de l'opinion. Le résultat ne fut pas très concluant.

A défaut d'emporter la conviction et une avalanche de signatures, ladite pétition provoqua des sourires gênés quand ce ne furent pas des rires francs et massifs. Comme celui de l'ancienne publication du Parti communiste (PCF), Regards, aujourd'hui éditée par une Scop (Société coopérative et participative) dont la co-directrice de publication est Clémentine Autain, élue députée de La France insoumise en juin 2017.

Dans un article du 22 novembre 2016, Regards illustrait sa moquerie, en pointant une des phrases de la pétition pour la tourner en dérision: «Ce dénigrement permanent met à mal toutes les institutions de la République et la fonction présidentielle. Il perdure encore aujourd’hui malgré la stature d’homme d’État que François Hollande a parfaitement incarnée.» Cette ultime tentative tardive pour tenter d'effacer cinq années de détestation resta vaine dans la sphère de «la gauche de la gauche».

L'adversaire, la finance, et le malentendu fondateur

Il faut dire que la partie s'était mal embringuée, assez rapidement, avec cette partie de l'électorat. Dès le départ, peut-être. Car sa relation avec Hollande s'était engagée sur un malentendu, un terme aimable pour ne pas accabler d'entrée la future victime. Ceux de la gauche radicale et de la gauche frondeuse lui préfèrent les mots tromperie et trahison. Car ceux-là avaient en mémoire une phrase du candidat Hollande délivrée le 22 janvier 2012, au Bourget, quelques mots sur son "adversaire" qui devaient constituer, selon eux, son bréviaire: «Cet adversaire, c'est le monde de la finance». Le problème est que la formule n'a eu aucune suite dans l'imaginaire de la gauche.

Puis est venue s'ajouter l'affaire de la renégociation du Pacte budgétaire européen de stabilité. Pendant la campagne, Hollande avait menacé, en cas de victoire, de ne pas soutenir sa ratification par le Parlement français si le texte n'englobait pas des «mesures de croissance». Or, Angela Merkel tenait à ce mécanisme, sans qu'on y ajoute ou qu'on en retranche quoi que ce soit, comme à la prunelle de ses yeux. Une fois élu, le président français n'obtint que des miettes de la chancelière allemande. Pour ainsi dire rien.

Le résultat, en tout cas, fut assez éloigné des rodomontades de la campagne électorale. De là à transformer le malentendu en tromperie et trahison, il n'y avait qu'un pas qu'une partie de la gauche franchit allègrement. La détestation était en marche. Comment un homme qui avait menti à ce point à ses électeurs, entendait-on alors, pourrait-il être admiré et aimé. Les engagements non tenus ne pouvaient que susciter, au mieux, l'indifférence électorale, et, au pire, la détestation personnelle. Le processus du "mieux" se mit en branle pour provoquer la séquence électorale la plus catastrophique de la Ve République —tous les scrutins perdus— et celui du «pire» submergea Twitter.

L'inversion de la courbe du chômage, ce boulet

Et puis, il y a ce boulet de l'inversion de la courbe du chômage. Une semaine avant le premier tour de l'élection présidentielle, Hollande déclare: «le chômage n’est pas une fatalité. Et j’inverserai la courbe». Trois jour après ce premier tour, le 25 avril, il réitère cet engagement, en ajoutant: «j'accepterai d'être jugé sur cette promesse». Imprudent? Fier à bras? Il s'agit surtout pour lui de mettre en évidence une promesse identique non tenue de Sarkozy. Celui-ci s'était engagé, au début de son mandat, sur un taux de chômage en fin de parcours (5%): pari raté.

Qu'à cela ne tienne, Hollande insiste. Invité du 20 heures de TF1, le 9 septembre 2012, il se met en position de combat et détaille les mesures qui devraient lui permettre d'inverser cette foutue courbe. Rebelote le 16 mai 2013. Il y a un an qu'il est à l'Elysée, la promesse est toujours là et les aiguilles de l'horloge tournent. «L'inversion de la courbe du chômage, je m'y tiens», assure-t-il encore une fois, en fixant l'objectif à la fin de l'année. Rien n'y fera: les Français ne verront pas le chômage recule. Les statistiques feront apparaître, plus tard, quand il sera parti, un recul en fin de quinquennat. Et l'amour de la gauche s'envolera.

Conséquence de ce désamour, Hollande perd la confiance d'une partie de l'électorat de gauche et celle de l'électorat tout court. Sa base naturelle se désespère de le voir appliquer la politique pour laquelle il avait été élu. Le bémol est que cet électorat est alors à l'image du Parti socialiste façonné pendant onze ans (1997-2008) par un premier secrétaire qui s'appelait François Hollande, roi de la synthèse de façade et du compromis permanent entre les courants, donc entre les contraires.

Résultat des courses, une partie des électeurs attendait le lancement d'une politique social-démocrate matinée de libéralisme assumé tandis que l'autre voulait voir une politique de rupture à gauche avec remise en cause du cadre économique de l'Union européenne. Et comme Hollande, fidèle à son tracé et à son image, n'avait pas tranché, il ne prit franchement aucune de ces deux voies et perdit très vite la confiance des Français.

Un sondage récapitulatif de Kantar-Sofres de mai 2017 montre que la courbe de Hollande tout au long de son mandat est la pire des chefs d'Etat de la Ve République, depuis François Mitterrand en 1981. L'effondrement de sa confiance s'est produit pendant la première année de son quinquennat. La suite ne fut qu'une longue descente aux enfers car Hollande ne prit jamais soin de faire un récit prospectif de sa politique à destination de son électorat.

Via Le Figaro Magazine

Pour la droite, forcément illégitime

La droite, elle, n'a pas attendu les premiers mois pour manifester sa détestation du nouveau président de gauche. En 2012, à droite, on est sarkozyste, forcément sarkozyste. Alors, bien sûr, on a un souvenir cuisant du bashing dont son champion a été l'objet sur Twitter pendant les cinq années précédentes. Avant même d'entrer à l'Élysée, Hollande est donc la cible d'un tir nourri des snipers du réseau social. Tout y passe: sa rondeur, sa mollesse, son costume tirebouchonné, sa cravate de travers... Comment un type aussi mal fagoté pourrait-il devenir président de la République, glisse-t-on dans les dîners de la famille de droite. La détestation est quasi-irrationnelle. Incontrôlée. Physique.

Dès le soir de son élection, cette détestation a pris la tournure d'un procès en «illégitimité». Il est lancé par la maire (Les Républicains) d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), Maryse Joissains-Masini, aujourd'hui poursuivie pour détournement de fonds publics et prise illégale d'intérêts, chefs pour lesquels elle sera jugée à Montpellier. Le 6 mai 2012, alors que le résultat définitif du second tour de l'élection présidentielle n'est pas encore connu, elle déclare: «Je ne me sens pas liée par ce président de la République que j'estime illégitime.» Factieuse jusqu'au bout, elle ajoute que «Hollande ne méritait pas du tout d'être élu».

Voilà bien le noeud de la détestation à droite: l'illégitimité... car la victoire devait revenir à Sarkozy. La droite est persuadée qu'avec quelques jours supplémentaires de campagne, ce dernier l'aurait emporté. L'argument est indémontrable mais il cache, en réalité, un sentiment constant dans une partie du peuple de droite: la quasi-illégalité de l'arrivée au pouvoir de la gauche. Déjà en 2011, François Baroin, alors ministre de l'économie et des finances, avait clairement dit que la gauche était arrivée au pouvoir «par effraction» en 1997. Rappelons qu'elle avait gagné des législatives anticipées après une dissolution de l'Assemblée nationale prononcée par le chef de l'Etat, Jacques Chirac!

Pas merci pour ces cachotteries

Illégitime, coupable d'effraction et pourquoi pas de vol de victoire... Comment, dans ces conditions, respecter l'auteur d'un tel forfait? Il n'y a qu'une solution: le détester. D'autant que l'homme vu par le peuple de droite, en rondeur et bonhomie (et ce ne sont pas, pour lui, des compliments) est en réalité, aux yeux de ce peuple, brutal et dissimulateur. Pour preuve, le double épisode de sa séparation d'avec sa compagne, Valérie Trierweiler, par communiqué de répudiation interposé, et de sa liaison cachée avec l'actrice Julie Gayet, qui révèle un comportement rocambolesque, avec casque et virée motocycliste.

A ce moment précis, Hollande, qui est plutôt pudique sur sa vie privée, n'a peut-être pas pris l'exacte mesure des dégâts produits. «Son équation personnelle a été rudement abîmée et sa qualité reconnue d'honnêteté, sévèrement entamée», confie un expert des sondages, avant de poursuivre: «Il donnait à voir des choses fausses de sa vie privée, il était un président qui se cache». Pour un autre spécialiste «une image se construit sur le long terme et se déconstruit en un instant». Cet analyste ajoute que «Hollande, lui, a déconstruit son image avec constance». Dès lors, la détestation de la droite sarko-filloniste ne pouvait être, elle aussi, que constante.

Constante et croissante puisque la loi sur le mariage pour tous est venue couronner cette répugnance. «La droite, qui a déjà vécu son élection comme une injustice car, pour elle, Sarkozy, président formidable, ne pouvait pas être battu, note Emmanuel Rivière, directeur général de Kantar Public (Sofres), cette droite se voit infliger une loi qui défie son entendement.» En effet, comment, dans l'esprit de l'électorat le plus radicalisé, «un usurpateur peut-il, en plus du reste, remettre en cause les fondements mêmes de l'existence humaine?». A ce stade, la haine ne peut être qu'à son comble.

Ce mec sympa qui a préparé le barbecue

La postérité saura-t-elle faire la part des choses entre le désamour fondé et l'injustice irrationnelle? Saura-t-elle séparer le bon grain de l'ivraie dans cet océan de détestation? Saura-t-elle rendre justice et reconnaître des mérites à un président qui fut surtout le trop mal-aimé d'un quinquennat? Ce n'est même pas sûr. Car, malgré ses bons résultats en matière économique, dont on a encore du mal, à gauche comme à droite, à lui faire crédit, il a loupé la transition entre Sarkozy et Macron. Ce qu'un expert de la communication traduit en suggérant que «François Hollande n'était pas un président de son temps». «Il a pensé qu'on pouvait continuer à gouverner en faisant des confidences aux journalistes, affirme-t-il, alors que l'opinion était en quête d'autre chose.»

Pas sûr qu'il soit réhabilité un jour. Et pourtant. Au vu des statistiques flatteuses qui ont pointé le nez à la fin de l'année 2017, le mot de la fin pourrait revenir au DG de Kantar Public (Sofres). Il s'exprime au travers d'une métaphore printanière: «François Hollande, c'est le gars sympa qui a préparé le barbecue, en mettant le charbon de bois et le combustible, sous la pluie; Emmanuel Macron, c'est celui qui arrive et craque l'allumette, sous le soleil, pour faire une belle flambée.» A quoi tient la détestation? A un barbecue raté ou réussi.

Olivier Biffaud Journaliste

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