Société

«Je ne le sens pas. Il est trop propre sur lui pour être honnête»

Temps de lecture : 11 min

[Épisode 3] Sans le savoir, la mère d'Arthur Noyer avait déjà entendu parler du meurtrier de son fils. Ce dernier lui avait raconté une rencontre désagréable avec un ancien maître-chien, quelques jours avant sa disparition.

Nordahl Lelandais avec son escorte au deuxième jour de son procès, le 5 mai 2021 à la cour d'assises de la Savoie. | Élise Costa
Nordahl Lelandais avec son escorte au deuxième jour de son procès, le 5 mai 2021 à la cour d'assises de la Savoie. | Élise Costa

Le 18 décembre 2017, le ciel de Chambéry manque de couleur. Le directeur d'enquête de la section de recherches, Geoffrey Bernard, jette un œil au cadran. Il est presque 17h30. Face à lui, Nordahl Lelandais est entendu en garde à vue depuis le matin. L'examen des caméras de vidéosurveillance, confirmé par l'étude de téléphonie mobile, a indiqué la présence du suspect à Chambéry la nuit du 11 au 12 avril 2017, à l'heure de la disparition du caporal Arthur Noyer. Le 25 avril 2017, sur son téléphone portable, il a cherché «décomposition d'un corps humain».

***

Cécile Noyer ne veut pas créer de polémique, mais elle en est sûre, elle en a parlé. Le 21 avril 2017, son fils Arthur avait disparu depuis près de dix jours. Un analyste criminel l'avait alors reçue dans son bureau de la gendarmerie de Challes-les-Eaux. Une fois la porte fermée, il avait eu ces mots: «Parlez-moi d'Arthur. Du moment où il est né à aujourd'hui.» Chaque détail comptait. Cécile était arrivée à 8h30 et «ça a duré la journée», se souvient-elle. Elle n'a fumé qu'une cigarette ce jour-là. Le gendarme qui l'a entendue se rappelle: «Elle n'a pas voulu s'alimenter non plus.»

C'était une conversation du dimanche soir comme tant d'autres, excepté que ce serait la dernière. Dans la cuisine, Cécile retournait les tranches de poisson pané dans la poêle brûlante pour le dîner. Au téléphone, Arthur lui confirmait rentrer bientôt pour le festival du Printemps de Bourges. Elle lui avait demandé comment s'était passé son week-end. Arthur avait alors répondu: «On est sorti et on a été abordé par un gars qui voulait s'incruster dans notre groupe. On l'a envoyé chier. Tout ce qu'il nous a dit, c'est qu'il était ancien maître-chien.» Elle croit aussi se souvenir de cette phrase: «Je ne le sens pas. Il est trop propre sur lui pour être honnête.»

À LIRE AUSSI L'inquiétante étrangeté de Nordahl Lelandais, épisode 2: «Vous vous levez le matin, vous voyez la photo de votre gamin et vous ne le trouvez pas»

Des mois plus tard, Cécile Noyer était tombée, «dans L'Express ou Le Point», sur un portrait de Nordahl Lelandais. Cela l'avait mise mal à l'aise, sans qu'elle ne puisse expliquer pourquoi. Quand elle l'avait relu à la faveur de la nuit, quelque chose dans la description du suspect lui avait sauté au visage: il y avait écrit «maître-chien».

Cécile avait appelé son avocat Me Boulloud: «Je l'ai dit, ça. Je l'ai dit.» Avant de signer sa déposition du 21 avril 2017, elle avait bien remarqué que ce détail n'y figurait pas. Mais le gendarme lui avait assuré: «Madame, un gendarme ça n'oublie rien.»

Entendu à la barre, l'analyste criminel confirme la procédure, décrit la technique d'audition: la personne entendue fait un récit libre, sans interruption, avec des questions ouvertes. Face à la cour, il plonge la main dans la poche de sa veste militaire puis déplie la feuille A4. Sur le brouillon de l'audition, retrouvé dans un déménagement, «il n'y a pas les mots “maître-chien”», assure-t-il. Le gendarme répète: «Je ne pense pas que j'aurais pu oublier ce détail. Je l'aurais noté.»

«On trouvait que ça n'avançait pas... convient Cécile, tout en sachant que la disparition de son fils a été prise au sérieux. Mais c'est vrai qu'il faut du temps.» Quand Me Boulloud, son avocat, demande au directeur d'enquête de l'affaire Arthur Noyer si, sans l'affaire Maëlys instruite à Grenoble, les gendarmes de Chambéry auraient pu remonter la piste de Nordahl Lelandais, Geoffrey Bernard ne peut réprimer un haussement de sourcils: «Ça aurait été compliqué.»

«Froideur émotionnelle»

Maëlys de Araujo avait disparu dans la nuit du 26 au 27 août 2017 à Pont-de-Beauvoisin, un village situé juste de l'autre côté de la rivière séparant l'Isère de la Savoie. Nordahl Lelandais connaissait bien la région. Des mois durant, l'affaire Maëlys fit la une des journaux et l'ouverture des bulletins d'informations. À chaque fois, de nouveaux détails émergeaient. Me Alain Jakubowicz, l'avocat de Nordahl Lelandais, bouillonnait. Les pages du dossier se dispersaient au vent, portées par la fascination populaire. Il déposa plainte pour violation du secret de l'instruction «en raison des multiples fuites dans la presse». Il était trop tard.

À la brigade de Chambéry, les enquêteurs suivaient l'affaire comme le reste de la France. Ils n'avaient pas besoin d'être à l'affût, il leur suffisait d'être attentifs. Et un élément retint leur attention. Nordahl Lelandais possédait une Audi A3 de couleur grise.

Les gendarmes s'étaient alors repassé les images de vidéosurveillance de la ville de Chambéry le soir de la disparition d'Arthur Noyer. En bas de l'écran, l'heure d'enregistrement défilait à côté de la date: 11/04/2017. Arthur Noyer, vêtu d'une veste blanche, marchait en compagnie de ses amis. Arthur Noyer et ses amis rentraient dans un bar. Arthur Noyer se dirigeait vers le Carré Curial, une ancienne caserne d'infanterie rénovée en centre culturel et festif à Chambéry.

Soudain, un doigt avait pressé la barre espace du clavier. Pause. 23h08. Elle était là. Devant la caserne du 13e bataillon de chasseurs alpins, une Audi A3 couleur grise passait en trombe. Elle roulait ensuite à travers la ville entre 00h40 et 2h57 du matin. Il était noté: «Modèle trois portes, présentant un autocollant sur la vitre arrière gauche, et un défaut d'éclairage de la partie gauche de la plaque d'immatriculation.» Le véhicule ne possédait pas d'antenne. Les phares avaient eux aussi une particularité: ils étaient bleutés.

Une comparaison était alors effectuée avec la voiture saisie dans le cadre du dossier de Maëlys de Araujo. Il s'agissait de la même Audi A3. Aussitôt, les enquêteurs firent une recherche en téléphonie: le téléphone de Nordahl Lelandais bornait bien à Chambéry, puis au relais de Saint-Baldoph –exactement aux mêmes heures et à la même vitesse que le téléphone d'Arthur Noyer la nuit de sa disparition.

Le 18 décembre 2017, à 17h30, la garde à vue de Nordahl Lelandais est toujours en cours dans les locaux de la gendarmerie de Chambéry, quand le directeur d'enquête Geoffrey Bernard reçoit un coup de fil. Les résultats ADN viennent de tomber. Le crâne découvert par un randonneur forestier trois mois auparavant est bien celui du caporal Arthur Noyer.

Nordahl Lelandais ne réagit pas à cette information. Les experts du Département des sciences du comportement de la Gendarmerie nationale relèvent, à son endroit, une «froideur émotionnelle» et un «détachement».

«Les aveux d'un tueur en série?»

Mais il n'y avait pas que l'Audi A3 grise et la téléphonie. Les caméras de vidéosurveillance postées aux quatre coins de Chambéry montraient également, le mardi 11 avril 2017, un homme déambulant dans la ville, se retournant parfois sur les passants. Il est vêtu d'une casquette, d'un haut clair et d'un jogging sombre. Nordahl Lelandais concède, en fin de garde à vue, pouvoir être cet homme. Le même jogging «Marshall» bleu marine a été saisi dans sa cellule de la prison de Saint-Quentin-Fallavier.

Qu'est-ce que cela prouvait? Concernant la suite des événements cette nuit-là, le suspect ne pouvait expliquer son trajet jusqu'à la commune de Saint-Baldoph à 3h du matin; il ne pouvait expliquer pourquoi ses deux téléphones portables avaient été éteints sur le trajet retour à respectivement 3h31 et 3h41; il pouvait, en revanche, expliquer sa recherche internet «décomposition d'un corps humain» deux semaines plus tard: il souhaitait revoir une émission consacrée au sujet. Après vérification du programme télé, il s'est avéré qu'aucune émission de ce type n'était diffusée à l'époque.

Entendu une nouvelle fois le 5 février 2018, Nordahl Lelandais admettait avoir pris Arthur Noyer dans sa voiture. Neuf jours plus tard, il admettait avoir tué «involontairement» la petite Maëlys. Le 29 mars 2018, il reconnaissait avoir tué le caporal du 13e BCA.

Sur les plateaux télé, des experts étaient invités à débattre de la question: «Nordahl Lelandais, les aveux d'un tueur en série?» Le profil de ses victimes était hors norme: d'un côté, une enfant de 8 ans; de l'autre, un jeune militaire de 23 ans. Des familles, de plus en plus nombreuses, se manifestaient, un dossier sous le bras: certaines n'avaient plus de nouvelles d'un proche depuis des années et avaient signalé sa «disparition inquiétante», d'autres avaient eu un corps sur lequel se recueillir, mais pas de coupable. Il y avait là un mélange de crainte et d'espoir, car l'absence de réponse est parfois plus difficile à supporter que la pire d'entre elles.

La cellule Ariane était ouverte depuis janvier 2018. 900 dossiers devaient être analysés. Sept gendarmes travaillaient à plein temps à la reconstitution de la vie de Nordahl Lelandais depuis le jour de sa majorité. Ses relevés bancaires, téléphoniques, ou encore ceux de sécurité sociale étaient épluchés pour voir tout rapprochement avec une affaire non élucidée. Où était-il le jour de la disparition d'Estelle Mouzin? Que faisait-il au moment de la tuerie de Chevaline? Petit à petit, les portes se sont fermées. Seuls 41 dossiers ont été repris pour investigations. La plupart d'entre eux se sont fermés à leur tour. Nordahl Lelandais n'était pas lié, de près ou de loin, à ces affaires. Avant le printemps 2017, l'ancien maître-chien semblait être un homme ordinaire.

La version de Nordahl Lelandais était la suivante: dans la nuit du 11 au 12 avril 2017, il avait pris Arthur Noyer en stop. Ce dernier lui avait demandé de le déposer à Saint-Baldoph. Dans la voiture, le caporal était très alcoolisé, très agité, et très énervé par sa soirée. Des jeunes lui avaient volé son téléphone portable. Il voulait en découdre avec eux. Nordahl avait tenté de le raisonner, puis il s'était garé sur le bas-côté: Arthur avait une envie pressante. Sur le siège passager, Nordahl avait retrouvé le téléphone d'Arthur. Lorsque Nordahl le lui avait tendu, Arthur l'avait pris pour le voleur. Il lui avait porté deux coups de poing au visage, l'un à la lèvre, l'autre à l'arcade sourcilière. Nordahl avait répliqué de plusieurs coups de poing «très violents». Arthur était tombé à terre. Il ne s'était pas relevé. Son pouls ne battait plus. Sa respiration était inexistante. Le caporal était décédé.

Pris de panique, Nordahl Lelandais avait alors mis le corps dans le coffre de l'Audi A3, éteint ses téléphones et jeté par la fenêtre celui de la victime tout en conduisant vers une route peu empruntée. Là, sur une départementale de montagne aux abords du col de Marocaz, il avait fait rouler le corps inerte dans le fossé. Il était rentré chez lui. Le lendemain, il était allé voir Fast and Furious au cinéma. Son copain Yacine avait beaucoup insisté.

Le vol du téléphone était exact et facilement vérifiable. Vers 2h30 du matin, seul sur la place du théâtre, Arthur Noyer se l'était bien fait dérober par deux individus. Cet élément collait. Le crâne retrouvé dans les buissons présentait «plusieurs lésions osseuses» autour du nez. C'était compatible avec la version de Nordahl Lelandais à propos des coups de poing.

Tout le reste dissonait.

«Si je l'avais recroisé le lendemain, il ne m'aurait pas reconnue»

Véronique est une jeune femme dont rien, pas même la solennité d'une cour d'assises, ne peut estomper la gaieté. Quand elle s'avance à la barre, son sourire est une respiration pour les parties civiles. Elle est l'une des dernières personnes à avoir parlé à Arthur Noyer.

Dans la nuit du 11 au 12 avril 2017, sur les coups de 2h30, Véronique rentre du travail. Sur le chemin, elle voit deux hommes sortir en courant d'une ruelle. «Ce que j'ai fait, c'est rien d'exceptionnel, rien de particulier. J'ai vu quelque chose de bizarre, et voilà.» Elle s'avance et tombe nez à nez avec Arthur Noyer.

«Ça va?, lui demande-t-elle. Ils t'ont tapé?» Arthur répond en haussant les épaules: «Non, j'ai pas bataillé.» Les hommes l'ont vu saoul et en ont profité pour lui piquer son téléphone portable. Arthur ne veut pas appeler la police. Il veut juste rentrer chez lui, à la caserne du 13e BCA. Véronique insiste. Ce n'est pas normal, il vient de se faire agresser. Il faut prévenir la police.

La caméra de vidéosurveillance filme Arthur Noyer discutant avec Véronique. Il cherche à s'asseoir, l'alcool fait basculer son centre de gravité, ses fesses glissent un peu sur le plot de béton face au théâtre. La caméra pivote. À l'image, l'un des agresseurs repose le téléphone sur un petit poteau de chantier à quelques mètres d'Arthur et Véronique. Véronique revoit l'homme, les mains en l'air, leur crier: «C'est bon! C'est bon!» Trois gardiens de la paix arrivent. Arthur Noyer ne veut pas porter plainte. Il a récupéré son portable.

Au moment de se quitter, Véronique lui adresse un «Fais attention à toi.» Arthur se penche pour un baise-main: «Toi, fais attention à toi!» À la barre, Véronique sourit: «Ça m'a fait beaucoup rire. Il était vraiment adorable, quoi!» Elle maintient ne pas l'avoir vu énervé. Bien éméché, oui, sans aucun doute. Elle dit: «Pour être honnête avec vous, si je l'avais recroisé le lendemain, je suis sûre qu'il ne m'aurait pas reconnue.»

«C'est une seule et même personne»

Dans la boîte où il s'est rendu avec son dernier compagnon de soirée, une autre caméra de surveillance tournait. Les images montrent Arthur Noyer en train de danser, puis de s'endormir, la tête dans les bras, sur le comptoir du bar. Un videur le raccompagne vers la sortie. Arthur Noyer avait, au mieux, l'alcool joyeux. Au pire, l'alcool somnolant. De l'avis de tous, il n'y avait pas une once d'agressivité en lui.

De plus, il se fichait éperdument de son téléphone portable: «C'était même un sujet de discorde, parce que pour avoir Arthur au téléphone... Il mettait des heures à répondre, juste par un mot, se souvient son meilleur ami Jean-Baptiste. Il le cassait tout le temps.» Un autre copain se rappelle d'une fois où quelqu'un avait cassé, par mégarde, le téléphone d'Arthur. Il avait à peine réagi. «C'était un objet comme un autre pour lui», insiste Jean-Baptiste.

Pourquoi aurait-il demandé à être déposé à Saint-Baldoph? Arthur Noyer n'y avait aucun ami, aucune relation, aucune connaissance. Il n'avait aucune raison, d'après l'enquête, de vouloir se rendre là-bas.

À partir du moment où Arthur Noyer entrait dans l'Audi A3, il n'y avait plus que la version de Nordahl Lelandais. Les médecins légistes pouvaient confirmer les fractures autour du nez. Du reste, le suspect parlait d'une bagarre. Nordahl Lelandais s'était pris en photo, avait vu des amis et son médecin traitant dans les heures suivant la mort d'Arthur Noyer. Aucun n'avait remarqué de blessure à l'arcade sourcilière. Rien ne permettait de déterminer la cause du décès d'Arthur Noyer. Aucune balistique. Le rapport de l'expert légiste note: «Disparition de l'os hyoïde, des pieds, des fémurs, du sacrum.» À part les os des membres supérieurs retrouvés dans la veste blanche d'Arthur, le reste avait été éparpillé dans la nature au gré des animaux sauvages.

À Chambéry, l'instruction concernant la mort d'Arthur Noyer touchait à sa fin. En l'absence d'éléments permettant de la caractériser, la préméditation n'avait pu être retenue. Nordahl Lelandais serait poursuivi pour meurtre. À Grenoble, l'enquête sur la mort de la petite Maëlys de Araujo suivait son cours.

Il fut ainsi décidé, pour des raisons politiques comme de procédure pénale, qu'il y aurait deux procès. Le premier à la cour d'assises de Chambéry. Le second, plus tard, à la cour d'assises de Grenoble. Les deux crimes touchaient deux victimes si différentes qu'ils semblaient, de toute façon, appartenir à deux hommes différents. Ainsi les parties civiles auraient chacune leur procès, les enquêteurs de chaque juridiction verraient leur carrière avancer, et une affaire n'éclipserait pas l'autre. La justice traiterait les deux dossiers séparément.

À la barre, le docteur psychiatre François Danet expose le plan de son rapport. Il parlera du «visionnage des vidéos pédopornographiques» de Nordahl Lelandais. Sur les bancs de la défense, Me Jakubowicz secoue la tête. Ce point concerne le dossier de la petite Maëlys, l'autre dossier dans lequel est impliqué son client, et pour lequel il sera jugé ultérieurement. Le docteur Danet regarde l'avocat, la bouche entrouverte. D'un doigt, il replace ses lunettes sur l'arête du nez, puis il dit: «Oui, mais c'est une seule et même personne.»

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