Culture

Pourquoi les Grecs avaient-ils un faible pour les petits pénis?

Temps de lecture : 3 min

[L'Explication #70] Tout, vous saurez tout sur le zizi (des Grecs).

Les Grecs sculptaient des corps athlétiques et démesurément musclés... mais pourvus d'un tout petit phallus. | Denny Müller via Unsplash
Les Grecs sculptaient des corps athlétiques et démesurément musclés... mais pourvus d'un tout petit phallus. | Denny Müller via Unsplash

Pourquoi envions-nous l'orgasme des cochons? Les gauchers sont-ils davantage intelligents? Quand il pleut, est-ce que les insectes meurent ou résistent? Vous vous êtes sans doute déjà posé ce genre de questions sans queue ni tête au détour d'une balade, sous la douche ou au cours d'une nuit sans sommeil. Chaque semaine, L'Explication répond à vos interrogations, des plus existentielles aux plus farfelues. Une question? Écrivez à [email protected]

Le corps sculpté, les muscles saillants, le regard déterminé, l'allure élégante et... un tout petit pénis? Si vous vous êtes déjà retrouvé nez à nez avec une imposante statue grecque ou romaine, nul doute que ce détail phallique ne vous a pas échappé. Caché entre des couches de peau fripée, un pénis plus petit que la moyenne pendouille, comme s'il avait été sculpté avec beaucoup de retenue sur un corps athlétique qui, lui, frôle la démesure.

Cette particularité interpelle. D'autant que les sculpteurs de l'époque ne manquaient jamais de dévêtir leurs statues, comme pour montrer fièrement leurs minuscules réalisations. Les hommes de l'époque étaient-ils bel et bien membrés de la sorte? Que nenni.

Petits sexe, grande vertu

Si les Grecs –puis les Romains– aimaient particulièrement placer des statues à poil un peu partout, c'est tout simplement parce qu'ils n'avaient aucun tabou autour la nudité masculine. Au contraire, elle était célébrée. On vouait à l'époque un véritable culte aux corps athlétiques et héroïques. Il n'était ainsi pas rare de voir des athlètes s'entraîner dans leur tenue d'Adam.

Les pénis de ces coureurs sportifs nus, qui se balançaient comme un véritable métronome entre leurs jambes, n'étaient en vérité en rien différents de ceux des hommes d'aujourd'hui. Même taille, même standing. En revanche, comme maintenant, leur représentation –ici en statue– était tronquée pour correspondre aux standards de l'époque.

Dans nos représentations actuelles, le corps masculin idéal aurait tendance à être doté d'un pénis généreux et proéminent, symbole que l'on attribue à une certaine virilité. À l'époque de la Grèce antique, c'était tout le contraire! Les petits phallus étaient un signe de distinction sociale, de vertu et d'intelligence.

Dans la civilisation grecque, l'homme doit être capable de dépasser son animalité, ses désirs et ses pulsions pour laisser place à la raison. Seule son intelligence doit gouverner ses actes envers la cité et il doit être maître de ses émotions. Autrement dit, il ne doit pas penser avec son phallus. Représenter un homme avec un sexe au repos et de petite taille, c'est donc faire de lui quelqu'un de civilisé, vertueux et réfléchi –quitte à lui enlever quelques centimètres dans le pantalon pour coller aux standards. Une vision de la virilité qui s'est perpétuée à travers la civilisation romaine, mais qui n'est pas arrivée jusqu'à nous.

Gros pénis, gros problèmes

Cela veut-il dire qu'à l'époque, avoir un gros phallus était synonyme de railleries et de quolibets? Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils étaient mal perçus et, contrairement à leurs homologues riquiqui, on les associait plutôt à un caractère obscène, laid, voire bestial. Un mot en particulier était même employé à l'époque pour désigner les sexes jugés bien trop volumineux: le fascinus, soit le «maléfice», qui désignait une fascination par l'horreur, rapporte la revue Sciences Humaines. Rien que ça.

Au vu des caractéristiques que l'on attribue dès lors aux porteurs de sexe imposant, rien d'étonnant à ce qu'on les retrouve associés à tout un tas de personnages repoussants que personne n'aspire à être: satyres, barbares germains, esclaves... Tous se voient affublés d'un pénis démesuré et dressé, preuve de leur décadence. Une sorte de contre-modèle de l'idéal masculin.

Une représentation de gros sexes pouvait également faire office de repoussoirs, voire de protection. À destination du mauvais sort, ou d'ennemis. Le dieu Priape, divinité de la fertilité au pénis gigantesque, constamment en érection, était ainsi gravé sur des lieux dangereux tels que les ponts et carrefours, ou encore sur le mur d'Hadrien, ajoute la revue scientifique. De quoi en faire le dieu le plus représenté de l'Antiquité romaine.

​Finalement, la hype des petits sexes finit par s'éteindre progressivement pendant le Moyen Âge avec l'essor du christianisme et de la pudeur, avant de revenir en force à la Renaissance. Une preuve? Le David de Michel-Ange, datant du début du XVIe siècle. Son pénis bien visible n'est pas plus gros qu'une Knacki. Mais ce n'était qu'un dernier tour de piste.

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