Politique

Second tour Macron / Le Pen: la victoire des sondages?

Temps de lecture : 4 min

[L'Explication #53] Décortiqués sur les plateaux télé, likés sur les réseaux sociaux, vilipendés par certains et encensés par d'autres, ces petits graphiques colorés sont partout. Mais à quoi servent-ils exactement?

On comptait 193 sondages électoraux en 2002, puis 560 en 2017. 2022 pourrait battre de nouveaux records. | Joel Saget / AFP
On comptait 193 sondages électoraux en 2002, puis 560 en 2017. 2022 pourrait battre de nouveaux records. | Joel Saget / AFP

Pourquoi envions-nous l'orgasme des cochons? Les gauchers sont-ils davantage intelligents? Quand il pleut, est-ce que les insectes meurent ou résistent? Vous vous êtes sans doute déjà posé ce genre de questions sans queue ni tête au détour d'une balade, sous la douche ou au cours d'une nuit sans sommeil. Chaque semaine, L'Explication répond à vos interrogations, des plus existentielles aux plus farfelues. Une question? Écrivez à [email protected]

Les sondages avaient vu juste. Après plusieurs mois de campagne électorale et un premier tour incertain, les Français savent désormais pour qui ils pourront voter lors du second tour de la présidentielle. Si cet affrontement entre Emmanuel Macron (28,1% des votes au premier tour) et Marine Le Pen (23,3% des voix) donne une impression de déjà-vu, c'est parce que –au-delà d'un scénario similaire à celui de 2017– le résultat était attendu. À quelques jours du premier tour, quasiment tous les instituts de sondage avaient prédit ce dénouement.

Mais quel qu'ait été l'aboutissement de ce premier tour, il y a fort à parier que les sondages auraient été, de toute manière, pointés du doigt. Accusés d'influencer l'opinion en cas de prédictions correctes, ou considérés comme peu fiables s'ils se «trompent», ces graphiques colorés sont souvent mal vus. Mais même si les Français nourrissent une relation ambivalente avec ces statistiques, ils y portent de l'intérêt. Mais du coup, à quoi ça sert un sondage électoral?

À épancher notre curiosité

Vous avez l'impression que vous rencontrez de plus en plus de sondages à chaque élection présidentielle? Vous voyez juste. Leur nombre a connu une inflation spectaculaire au cours des dernières années. Selon un rapport de la commission des sondages, on comptait 193 sondages électoraux en 2002, puis 560 en 2017. Et il y a de fortes chances pour que 2022 soit l'année de tous les records.

Pour Frédéric Micheau, directeur général adjoint d'OpinionWay et auteur du Sacre de l'Opinion – Une Histoire de la Présidentielle et des Sondages publié aux Éditions du Cerf, «cette hausse est liée aux évolutions des techniques, et surtout, à la transformation spectaculaire de l'environnement médiatique avec le cycle d'information en continue, la multiplication des supports et évidemment internet et les réseaux sociaux».

Aussi, s'il arrive aux partis politiques cherchant à mesurer leur popularité ou encore à quelques entreprises de commander des sondages d'opinion aux instituts, Frédéric Micheau précise que les principaux commanditaires «sont essentiellement les médias, puisque le sondage est un produit d'essence médiatique en tant que tel». Et qui dit diffusion accrue par les médias, dit intérêt du public français.

«Même si les Français entretiennent une relation ambivalente avec les sondages, on remarque un fort intérêt de leur part, notamment parce qu'ils tendent un miroir à la société, explique le spécialiste. Il y a un petit fond de narcissisme dans la société française qui fait qu'on aime bien s'intéresser à nous mêmes. On aime bien aussi savoir si on se positionne du côté majoritaire ou minoritaire.»

À savoir qui nous sommes

Dès lors qu'un sondage est rendu public et qu'il porte «sur des sujets liés, de manière directe ou indirecte, au débat électoral», il est régi par la loi du 19 juillet 1977 relative à la publication et à la diffusion de certains sondages d'opinion. Les instituts de sondages se doivent alors de suivre diverses étapes stricts et de répondre à une méthodologie rigoureuse.

Une des étapes cruciales consiste à rassembler un panel de sondés censé répondre à une question. Les instituts procèdent alors à la sélection d'un échantillon représentatif de la population. C'est-à-dire, comme l'explique Frédéric Micheau, «un groupe d'individus dont les caractéristiques correspondent en tout point à celle de la population totale».

En se basant sur les statistiques de l'INSEE (l'Institut national de la statistique et des études économiques), les instituts tentent de «reproduire la population en miniature» afin de simuler l'opinion générale des Français. Mais s'ils font tout pour se rapprocher un maximum de la réalité, les sondages ne sont ni infaillibles, ni prophétiques.

À nous rendre attentif au débat électoral et à la vie démocratique

Il arrive que la tendance générale mise en lumière par les sondages soit plus ou moins éloignée de la réalité des urnes. Les plus de 25 ans se souviennent probablement du choc Chirac-Le Pen de 2002 qui restera gravé dans les annales de l'histoire présidentielle, mais aussi dans celle des sondages. Aucun institut n'avait prédit que le leader du Front national se qualifierait au second tour.

Dans un rapport publié en 2002, la Commission des sondages souligne la «nécessaire prudence devant accompagner l'interprétation des sondages d'opinion de vote», ajoutant que «les sondages ne sont qu'un instrument d'analyse de l'opinion dépourvu de valeur prédictive». Autrement dit, les sondages reflètent l'opinion des personnes sondées à un instant T. Une opinion qui peut évidemment évoluer au fil d'une campagne présidentielle. Ce phénomène est retranscrit au travers de ce que les spécialistes appellent la marge d'erreur.

«La marge d'erreur permet de rappeler que les sondages sont une approximation de la réalité, commente Frédéric Micheau. C'est un écart entre un point bas et un point haut qui indique que, si on interrogeait l'intégralité de la population, le résultat trouvé serait nécessairement dans cette borne. Cela veut dire que les résultats que nous publions ne doivent pas être lus au point près, mais en tenant compte de cette marge d'erreur.» Il ne faut donc pas tirer de conclusions hâtives d'un sondage sans considérer scrupuleusement les marges d'erreur. «C'est à la fois un conseil de prudence et une très bonne pratique», rappelle le spécialiste.

Quid des détracteurs des sondages? Ils expriment «une crainte démocratique tout à fait saine», confie Frédéric Micheau. «Cela montre que les citoyens sont attentifs au débat électoral.» Face à ce rejet, le spécialiste rappelle qu'il existe un ensemble de garde-fous censés rassurer les citoyens, dont un contrôle constant exercé par la commission des sondages qui agit tel un vigile, ou encore le grand nombre d'instituts qui assure la pluralité de points de vue.

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«Les sondages sont une interrogation naturelle humaine pour l'avenir. Une interrogation encore plus importante lorsqu'elle concerne la vie politique qui est le jeu des jeux, notamment face à l'élection présidentielle qui est un choix de société très important ayant des conséquences sur la vie des individus.»

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