Société

Pourquoi ne porte-t-on plus de perruques comme au XVIIIe siècle?

Temps de lecture : 4 min

[L'Explication #46] Un argument tranchant est entré en jeu.

Louis XVI, sous sa perruque. | Capture d'écran Château de Versailles via YouTube
Louis XVI, sous sa perruque. | Capture d'écran Château de Versailles via YouTube

Pourquoi envions-nous l'orgasme des cochons? Les gauchers sont-ils davantage intelligents? Quand il pleut, est-ce que les insectes meurent ou résistent? Vous vous êtes sans doute déjà posé ce genre de questions sans queue ni tête au détour d'une balade, sous la douche ou au cours d'une nuit sans sommeil. Chaque semaine, L'Explication répond à vos interrogations, des plus existentielles aux plus farfelues. Une question? Écrivez à [email protected]

Imaginez un instant que les perruques de l'Ancien Régime soient toujours à la mode. Qu'Emmanuel Macron officialise sa candidature présidentielle face caméra, les yeux à demi cachés par une imposante coiffe blanchâtre. Que Jean-Luc Mélenchon et Éric Zemmour s'affrontent dans l'émission «Face à Baba» en arborant fièrement deux belles perruques soyeuses, dont les mèches s'envolent à chaque diatribe. Deux hommes opposés sur tout, mais unis malgré eux par des liens capillaires indéfectibles.

Ce monde fait de chevelures postiches n'est (malheureusement) plus d'actualité, et les hautes sphères de notre société préfèrent désormais la sobriété d'une crinière de simple mortel. L'histoire aurait pourtant pu être tout autre, et il a fallu que quelques têtes tombent pour que les perruques en fassent de même.

Louis XIV, influenceur mode

Impossible de parler de la mort des perruques façon Ancien Régime sans parler de leurs heures de gloire. Car si leur chute fut brutale, leur popularité n'en fut pas moins soudaine et inattendue.

Les perruques connurent d'abord des jours heureux en Égypte antique, il y a 3.000 ans. Pour des questions d'hygiène, les habitants avaient pour habitude de se raser entièrement le corps avant d'enfiler sur leur crâne chauve des postiches faits de plantes tressées ou de crins. Une astuce beauté que ne manquèrent pas de piquer les Assyriens, Phéniciens, Grecs, et même les Romains, qui emportèrent finalement l'accessoire dans leur tombe. Cette lente descente aux oubliettes de l'histoire s'est accentuée au Moyen Âge par l'intermédiaire du moine bourguignon Saint-Bernard de Clairvaux, qui voyait dans les perruques une invention du diable.

Quelques siècles plus tard, un événement que bon nombre d'hommes redoutent encore aujourd'hui vint changer le cours de l'histoire capillaire: la calvitie. Alors que la mode était aux cheveux longs, le pauvre Louis XIII voyait les siens tomber comme des mouches. Sans doute inspiré par Élisabeth Ire d'Angleterre qui, à la fin du XVIe siècle, commençait à arborer sa célèbre perruque rousse, le roi de France franchit le cap. Aux alentours de 1620, il fut le premier souverain à porter ce couvre-chef, lui redonnant un nouveau souffle.

Ce nouvel élan se serait peut-être quelque peu tassé sans l'intervention d'un homme, qui eut le pouvoir pendant un bref instant de rendre populaire, voire désirable, la calvitie: Louis XIV. Lui aussi frappé par une alopécie précoce, le jeune homme décida très tôt de ne pas se laisser déplumer à la vue de toutes et de tous sans réagir. Il sortit alors une imposante perruque, accessoire qui ne le quitta plus jamais. Il faut dire que «le Roi-Soleil», ça en jette un peu plus que «le roi Chauve», comme fut appelé l'un de ses prédécesseurs.

Au XVIIe siècle, le paraître et l'importance des symboles sont à leur paroxysme. À la cour, tous les regards sont focalisés sur le roi, et les moindres de ses faits et gestes sont rapidement adoptés par ses sujets. Car Louis XIV n'était pas seulement le roi des Français: il était aussi le roi incontestable de la mode. L'aristocratie et la bourgeoisie de toute l'Europe se sont donc empressées de porter la perruque, devenue en un rien de temps un indicateur de rang social. Un détail qui expliquera aussi sa chute.

Les têtes tombent, les perruques avec

Avec les plus belles coiffes, Louis XIV affirmait sa puissance. Pour être toujours à la pointe de la mode, il aurait eu près d'une quarantaine de perruquiers qui dessinaient ses coiffes à la cour de Versailles en 1680, rapporte La Libre. Le métier prit un véritable essor, notamment après la création de la corporation des perruquiers sept ans plus tôt, ce qui favorisa l'émergence de styles nouveaux.

De la grosse perruque à la Louis XIV aux postiches dépassant les 15 centimètres, les tailles et formes de ces coiffes ont évolué pendant des décennies, jusqu'à devenir blanches au XVIIIe siècle. Au siècle des Lumières, l'on se met en effet à saupoudrer les perruques de poudre de riz ou d'amidon parfumé pour les blanchir.

La perruque gagne alors les femmes, mais aussi plusieurs corps de métier comme les avocats, les médecins et les soldats haut placés. Tout le monde se l'arrache sauf le bas peuple, qui ne peut qu'admirer de loin ces magnifiques coiffes frôlant parfois les 2 kilos. Du moins jusqu'à ce que la révolution passe par là, et allège quelque peu de ce poids les épaules des puissants.

La Révolution française de 1789 vint en effet mettre un coup d'arrêt brutal à cette pratique. Symboles des hautes classes sociales, de la noblesse et de l'aristocratie, les têtes coiffées de perruques finissaient bien souvent au pied de la guillotine. Un argument tranchant et suffisamment convaincant pour se réconcilier avec ses cheveux naturels et sa calvitie.

Ce tournant historique et capillaire sonna peu à peu le glas des chevelures postiches... jusqu'à aujourd'hui. Depuis quelques années, les perruques sont de retour sur le devant de la scène et coiffent désormais de nombreuses stars. On est en revanche loin du faste des rois d'antan: de nos jours, la discrétion est de mise. La perruque est morte, vive la perruque!

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