Sciences

Comment se passe une éjaculation dans l'espace

Temps de lecture : 5 min

[L'Explication #31] Spoiler: les lois de l'apesanteur ont tendance à tout compliquer.

L'astronaute canadien Chris Austin Hadfield montre comment se comportent les liquide dans l'ISS. | Capture d'écran Top Fives via YouTube 
 
L'astronaute canadien Chris Austin Hadfield montre comment se comportent les liquide dans l'ISS. | Capture d'écran Top Fives via YouTube   

Pourquoi envions-nous l'orgasme des cochons? Les gauchers sont-ils davantage intelligents? Quand il pleut, est-ce que les insectes meurent ou résistent? Vous vous êtes sans doute déjà posé ce genre de questions sans queue ni tête au détour d'une balade, sous la douche ou au cours d'une nuit sans sommeil. Chaque semaine, L'Explication répond à vos interrogations, des plus existentielles aux plus farfelues. Une question? Écrivez à [email protected]

En imaginant la vie dans l'espace, à bord de la Station spatiale internationale (ISS), par exemple, certains se demandent comment font les astronautes pour laver leur linge. Ou encore pour vivre quotidiennement en apesanteur. D'autres ont parfois des questions bien plus recherchées et imagées, mais pas moins dignes d'intérêt pour autant: comment une éjaculation dans l'espace se passerait-elle?

La question vous paraît étrange? Eh bien figurez-vous qu'elle ne l'est pas tant que ça. Et puis, même si c'était le cas, le principe de cette chronique reste inchangé: ici, on répond à tout, des interrogations les plus existentielles à celles qui semblent les plus farfelues. Même si cela nous mène parfois à aborder dans un même article Richard Branson, du sperme, de la kryptonite et des harnais.

Au vu de l'actualité spatiale de ces dernières années, l'éjaculation dans l'espace est un sujet qui mérite toute notre attention (du moins pendant cinq minutes, le temps de lire cet article). La course effrénée au tourisme spatial engagée, entre autres, par SpaceX d'Elon Musk, Blue Origin de Jeff Bezos et Virgin Galactic de ce fameux Sir Richard Branson, pourrait bien mener davantage de personnes loin de notre chère planète bleue. À terme, si l'on en vient à squatter, voire à vivre sur de longues périodes, dans cette immensité infinie, certaines questions, notamment en lien avec la sexualité, finiront par se poser. Mieux vaut s'y préparer.

Une éjaculation technique

Le moins que l'on puisse dire, c'est que la recherche est maigre en ce qui concerne l'activité sexuelle en apesanteur. La NASA a complètement laissé le sujet de côté. Heureusement, nous ne sommes pas les premiers à nous poser la question, sur laquelle ont planché certains physiciens et astronomes. Disons-le d'emblée, le phénomène a surtout été étudié en ce qui concerne le pénis. Si le tabou qui maintenait la réalité de l'éjaculation féminine dans l'anonymat ici-bas a fini par voler en éclats, la physiologie des femmes fontaines n'attise pas encore la curiosité quant à la manière dont elle pourrait fonctionner dans l'espace.

Messieurs, il y a une chose que vous devez absolument savoir si, un jour, vous essayez d'avoir une érection à des kilomètres au-dessus de l'atmosphère: la tâche ne sera pas facile. La microgravité altère la circulation du sang dans le corps, notamment au début du séjour en apesanteur. Les fluides sanguins migrent des pieds à la tête et empêchent toute velléité d'érection pendant quelques jours. Le corps a besoin de ce laps de temps pour s'adapter aux conditions de ce nouvel environnement.

Mais une réaction totalement inverse peut aussi se produire. En raison du changement de pression, ces mêmes fluides sont susceptibles d'être poussés à se déplacer dans différentes parties du corps, provoquant une érection incontrôlée et particulièrement intense, peut-on lire dans le magazine américain Mel. Un phénomène observé par la NASA? Non. On doit ce retour d'expérience à l'astronaute Mike Mullane, qui explique à Men's Health s'être un jour réveillé, au cours de l'un de ses séjours dans l'espace, avec une «érection capable de transpercer de la kryptonite». Rien que ça.

L'astronaute Mike Mullane explique s'être un jour réveillé avec une «érection capable de transpercer de la kryptonite».

Passons aux choses sérieuses. À y regarder de plus près, s'accorder un orgasme dans ces conditions n'aurait rien de tellement enviable. Soumis à la microgravité, le sperme flotterait littéralement partout, de manière incontrôlée. Il se mettrait à s'envoler et, probablement, serait attiré vers le corps qui l'a expulsé. À l'instar de ce qui se produit pour les gouttes de transpiration, le liquide se collerait sur la peau sous forme de flaques, avant de s'accumuler sur l'une de ses parties, comme le creux nombril, par exemple. Peu ragoûtant.

Un phénomène similaire serait à l'œuvre en cas d'humidité vaginale, note le physicien et astronome John Millis. «L'humidité vaginale pourrait être un problème, car le liquide –comme la sueur et les larmes– aurait tendance à s'accumuler à l'emplacement de la sécrétion en l'absence de gravité. Cela n'empêcherait pas nécessairement l'excitation, mais j'imagine que ce serait inconfortable», explique-t-il au média BuzzFeed. Tout cela reste cependant hypothétique, étant donné que la NASA n'a jamais fait mention d'une relation sexuelle qui se serait déroulée en orbite et qu'aucune étude sur une éjaculation, masculine comme féminine, n'a été rendue publique.

Un dernier point mérite d'être mentionné, et pas des moindres: éjaculer dans l'espace, c'est aussi créer une mini-propulsion. «Vous demandez si éjaculer dans l'espace vous propulse?», reprend à la manière d'une question rhétorique Neil deGrasse Tyson, célèbre astrophysicien américain, dans un tweet dédié à élucider le mystère qui entoure ce sujet: «Liquide solide ou gaz: peu importe ce qui sort de votre corps, vous reculerez.» Quiconque se livrerait à sa petite affaire pourrait donc s'attendre à être légèrement projeté en arrière, même si ce ne serait que de façon minime, puisque, a priori, la masse corporelle est bien plus pesante que celle du volume de liquide séminal émis à cette occcasion.

Coït spatial, sortez les harnais

Maîtriser les effets de l'apesanteur a de quoi couper l'envie de qui voudrait s'offrir un instant de plaisir solitaire. Qu'en est-il d'un rapport sexuel entre deux personnes, voire plus, dans le cas d'une orgie interstellaire? Techniquement, cela semble possible, note Maxiscience. Possible, mais à condition de s'accrocher. Littéralement.

L'apesanteur et la microgravité rendraient la tâche peu aisée. Faute d'évoluer au-dessus d'un seuil minimum de gravité, les corps se retrouvent dans l'incapacité de s'attirer mutuellement. Les lois physiques qui ont cours en apesanteur ne favorisent pas le rapprochement nécessaire pour entrer en contact. Pire: dans ces conditions, deux personnes qui essaieraient de se toucher risqueraient de s'envoyer en l'air. Au sens propre.

Pour éviter qu'une caresse ou un coup de rein n'envoie l'un·e des partenaires valser à l'autre bout d'une station spatiale, une solution semble s'imposer: s'attacher solidement au vaisseau –mais aussi l'un à l'autre, à l'aide, par exemple, de harnais ou de sangles. Une opération qui a de quoi casser légèrement l'ambiance pour qui ne goûte pas aux pratiques kinky.

En apesanteur, deux personnes qui essaieraient de se toucher risqueraient de s'envoyer en l'air. Au sens propre.

Faire l'amour à des kilomètres au-dessus de la Terre semble aussi compliqué qu'épuisant. Soumis à la microgravité, le cœur n'a pas à pomper le sang aussi vigoureusement vers le reste du corps. Les muscles s'affaiblissent et le métabolisme devient plus paresseux. Dans ces conditions, l'accélération du rythme cardiaque consécutive au coït pourrait épuiser l'énergie de la personne concernée. Sans oublier les désagrements que pourrait occasionner la sueur sécrétée à l'occasion d'un rapport sexuel. Comme on l'a mentionné plus haut, la transpiration s'agglomère en grosses gouttes lorsqu'elle n'est pas assujettie à l'attraction terrestre. Ces amas liquides voleraient aux quatre coins de la station. Personnellement, je ne suis pas sûr d'être prêt à signer pour tenter l'expérience.

Quoi qu'il en soit, la multiplication des séjours prolongés en orbite imposera à la NASA de lever le tabou sur la manière dont on peut atteindre le septième ciel en toute sécurité lors d'un voyage interstellaire. Pour finir sur des faits concrets, du sperme a déjà été envoyé dans l'espace. Sous forme lyophilisée, ces émissions ont été recueillies sur soixante-dix souris et transportées à bord de l'ISS dans le cadre d'une expérience scientifique menée en 2013. Au terme de six années passées dans ce milieu, ces échantillons ont été rapportés sur Terre. Conclusion: l'exposition à des niveaux élevés de rayonnement cosmique n'a pas nui à la qualité du liquide séminal. Les spécimens ont donné naissance à des souriceaux sains et normaux. De quoi alimenter tous les fantasmes à propos de l'avenir de l'humanité vers l'ère spatiale.

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