Santé / Société

Quel est l'impact écologique de la cocaïne?

Temps de lecture : 4 min

[L'Explication #25] Des arbres plein les narines.

L'un des principaux points noirs de la production de cocaïne sur l'environnement est la déforestation. | Pesce Huang via Unsplash
L'un des principaux points noirs de la production de cocaïne sur l'environnement est la déforestation. | Pesce Huang via Unsplash

Sniffer une bonne rangée d'arbres, c'est plus ou moins ce qu'il se passe si vous consommez de la cocaïne. L'image est un peu exagérée, certes, et requiert une bonne dose d'imagination. Pourtant, elle résume parfaitement une situation bel et bien réelle: la fine poudre blanche que s'arrachent des millions de fêtards dans le monde est un fléau pour l'environnement.

De manière générale, l'impact écologique des drogues est largement moins médiatisé que leurs conséquences sur la santé des consommateurs. Les dangers de l'addiction à la cocaïne sont par exemple bien plus souvent mis en avant pour freiner sa consommation que la quantité de CO2 nécessaire à sa confection. Pour autant, que ce soit dans les narines ou sur terre, la coco fait des ravages. Quel est son impact écologique?

Un gramme de blanche, 4m2 de vert

L'une des principales conséquences néfastes de la production de cocaïne sur l'environnement est la déforestation. La culture intensive de la coca nécessite des terres, d'immenses parcelles bien souvent exploitées de manière illégale et qui sont appauvries par l'utilisation de pesticides. Dans les forêts, là où la coca passe, les arbres trépassent.

L'exemple le plus frappant est sans aucun doute celui de la Colombie et de ses régions environnantes, tristement célèbres pour être l'épicentre de la production mondiale de cocaïne. Chaque année, près de 100.000 hectares de forêts y seraient déboisés pour la culture de la coca. L'équivalent de 140.000 terrains de football.

Qu'en est-il si on ramène ça à une consommation individuelle? D'après le Natural History, chaque gramme de poudre blanche consommé conduirait à environ 4 m² de déforestation. En sachant qu'un gramme de cocaïne contient peu ou prou dix rails individuels (une ligne correspond généralement, selon le consommateur, à un poids compris entre 0,05 et 0,15 g), l'impact de chaque prise de cette drogue sur l'environnement est bien réel. Quand on parlait de sniffer des arbres.​..

Ce n'est pourtant que le morceau émergé de l'iceberg. La production intensive de la coca nécessite également d'énormes quantités de pesticides qui mettent à mal toute la faune des régions concernées. Si les abeilles sont parmi les principales touchées, ce serait au total près de 6.000 espèces animales qui, rien qu'en Colombie, seraient menacées par ce type de culture, rapporte Brut. Les communautés locales ne sont pas non plus épargnées: les trafiquants sillonnent sans cesse les forêts à la recherche de nouvelles terres et routes, délogeant sans scrupules celles et ceux qui entravent leur commerce illégal.

La production intensive de la coca nécessite d'énormes quantités de pesticides qui mettent à mal toute la faune des régions concernées.

Chaque étape de production de la coca est polluante. Et ne comptez pas sur les trafiquants pour réduire leur impact environnemental ou pour instaurer un «écolabel» certifiant une cocaïne respectueuse de la planète: c'est, à n'en pas douter, le cadet de leurs soucis. Il n'y a qu'à voir ce qu'ils font des nombreux produits chimiques utilisés lors de l'extraction des substances psychotropes contenues dans les feuilles de coca. L'acétone, l'acide sulfurique, l'essence et le kérosène finissent bien souvent dans les rivières alentour, détruisant tout l'écosystème et la biodiversité. Au total, 15 millions de litres de produits chimiques seraient déversés dans le fleuve Amazone, rapporte le média français. Les narines enfarinées sont prévenues.

Cocaïne, Netflix et cannabis

L'autre point noir de la cocaïne est son empreinte carbone. Du lieu de production jusqu'aux naseaux impatients des personnes qui la consomment, nombreuses dans les pays occidentaux, la poudre blanche doit parfois parcourir jusqu'à 10.000 km, selon Liliana Davalos, une chercheuse colombienne. Avec le transport routier, maritime, et parfois par hélicoptère pour sortir de cachettes reculées, ce commerce produit des émissions carbone en quantités non négligeables.

Si je me lance dans une comparaison entre des machines à laver et de la cocaïne, vous me prendrez sûrement pour un fou. Pourtant, en matière de coût carbone, on peut faire un rapprochement. Do The Green Thing, une ONG environnementale basée à Londres, a calculé qu'un gramme de cocaïne entraîne au total le rejet de 107 kg de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. Partant de ce calcul, Do The Green Thing s'est lancée dans un petit jeu d'équivalence, établissant une liste qui compare le bilan carbone de différentes quantités de cocaïne avec diverses activités quotidiennes. C'est ainsi qu'on apprend que 150 grammes de cocaïne ont le même coût carbone que... 22.929 machines à laver qui fonctionnent en même temps.

Bon, 150 g de cocaïne, c'est tout de même un sacré paquet. En réduisant légèrement cette quantité, la comparaison reste tout de même frappante. Par exemple, consommer 50 g de cette drogue reviendrait à acheter cinquante-six nouveaux iPhones, avant de les jeter dans une rivière. De manière plus réaliste, un rail de coke serait équivalent, toujours au niveau du bilan carbone, à regarder Netflix 143 heures d'affilée Soit plus que tous les épisodes de Friends mis bout à bout. De quoi faire une overdose de Ross.

150 grammes de cocaïne génèrent la même empreinte carbone que 22.929 machines à laver qui fonctionnent en même temps.
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Si c'est la cocaïne qui est ici incriminée et qui prend depuis plusieurs lignes de sacrés coups dans le caillou, les autres drogues ne sont pas moins ravageuses pour la planète. Par exemple, chaque kilo d'amphétamine produit rejette 30 kg de déchets toxiques, rapporte The Independent. Même le cannabis est pointé du doigt. Sa culture nécessite un apport énergétique important et un approvisionnement en eau deux fois supérieur à celui nécessaire aux tomates. La quantité de CO2 que rejette sa production est également dramatique: au bout du circuit, les émissions nécessaires à produire un joint équivaudraient à celles qu'il faut mobiliser pour cultiver un kilogramme de pommes de terre. Dire d'une weed très puissante que c'est de la patate n'a jamais pris autant de sens.

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