Sciences

Pourquoi n'est-on pas sensible à ses propres chatouilles?

Temps de lecture : 3 min

[L'Explication #22] Une histoire de bagarre, de titillement d'aisselles et de beaucoup de guili-guilis.

Les chatouilles stimulent à la fois la partie du cerveau qui gère l'humeur et l'émotivité, mais aussi la zone responsable de la peur. | cottonbro via Pexels
Les chatouilles stimulent à la fois la partie du cerveau qui gère l'humeur et l'émotivité, mais aussi la zone responsable de la peur. | cottonbro via Pexels

Pourquoi envions-nous l'orgasme des cochons? Les gauchers sont-ils davantage intelligents? Quand il pleut, est-ce que les insectes meurent ou résistent? Vous vous êtes sans doute déjà posé ce genre de questions sans queue ni tête au détour d'une balade, sous la douche ou au cours d'une nuit sans sommeil. Chaque semaine, L'Explication répond à vos interrogations, des plus existentielles aux plus farfelues. Une question? Écrivez à [email protected]

Rien que de lire ce terrible mot, «chatouille», peut donner des frissons. À sa vue, on se remémore aussitôt cette fois où une personne malicieuse s'est amusée à nous chatouiller la plante des pieds jusqu'à ce qu'on la supplie d'arrêter, essoufflés et les abdos gonflés à bloc, sans oublier cette petite larme de rire au coin de l'œil. Une réaction presque excessive, pour de simples guili-guilis.

Vous avez sûrement déjà essayé (si ce n'est pas le cas, vous ne pouvez pas rêver meilleure occasion), mais se faire des chatouilles soi-même n'a rien d'aussi intense. Pas de rires. Pas de torsions dans tous les sens. Pas d'envie que cette sensation s'arrête net, vu qu'elle n'a tout bonnement pas commencé. Bref, c'est un fait: nous ne sommes pas sensibles à nos propres chatouilles.

Comment peut-on expliquer ce phénomène? Et pourquoi, de manière générale, craint-on les chatouilles? On vous explique tout.

Game over

Avant de nous plonger dans leur secret, revenons à l'origine des chatouilles et, plus précisément, à la raison de tout le remue-ménage qu'elles peuvent provoquer.

Le comportement le plus classique face aux «guilis» se traduit par une crise de fou rire incontrôlable, accompagnée de tortillements frénétiques qui ont vraisemblablement pour but de se libérer de son bourreau chatouilleur. Ce type de réaction a même un nom: la gargalesis. En comparaison, un autre type de chatouille existe, appelé cette fois-ci knimesis, et serait en revanche bien moins carabiné. Elle correspondrait plutôt à un léger effleurement, comme quand un insecte vous grimpe gentiment dessus, ou quand une plume vous caresse le bras. Pas de quoi se tordre dans tous les sens.

Revenons à nos moutons: que se cache-t-il derrière ce que l'on appelle donc la gargalesis? Selon le média Le Temps, les chatouilles stimulent à la fois la partie du cerveau qui gère l'humeur et l'émotivité, ce qui explique les rires qui les accompagnent, mais aussi la zone responsable de la peur. Ainsi, les chatouilles seraient à la limite entre le plaisir et la panique et ce, pour une bonne raison.

Pour les scientifiques, notre réaction excessive lors de chatouilles a en fait un but simple: montrer sa soumission face à un adversaire plus fort. Les disputes à base de chatouilles seraient une sorte de forme ancestrale de conflits, ajoute Maxiscience, et, en éclatant de rire, on montre à son opposant qu'il a gagné et que sa force est supérieure, ce qui peut nous éviter d'autres ennuis si le combat continue. Ce serait donc un mécanisme de défense primitif, trace d'un vieux réflexe de survie hérité de nos aïeux.

Ce n'est pas pour rien que les zones les plus chatouilleuses sont aussi exposées. Le cou, les côtes ou encore les pieds: ces parties du corps peuvent facilement être touchées lors d'un affrontement, et peuvent donc, lors d'un contact, vous faire rire et paniquer, pour votre sécurité. En quelque sorte, le message est: vous avez perdu, votre adversaire est plus fort, lâchez l'affaire.

Pas de guili-guilis avant la prière du soir

Passons au vif du sujet: pourquoi n'est-on pas sensible à ses propres chatouilles? Si vous avez lu l'article depuis le début, vous n'avez sûrement pas pu résister à l'envie de vous titiller les aisselles, juste pour vérifier, voire de vous caresser vite fait bien fait la plante des pieds en cachette. Résultat: le néant. Pas l'ombre d'un picotement.

Encore une fois, notre cerveau est à l'œuvre. Plus précisément, c'est le cervelet, la partie postérieure et inférieure de l'encéphale, qui s'active lorsqu'on s'apprête à s'auto-chatouiller. Responsable principalement du contrôle moteur au sens large, cette zone envoie l'information au cortex cérébral, qui, prévenu qu'un guili-guili va avoir lieu, peut ignorer la sensation. En d'autres termes, votre cerveau anticipe la stimulation, et préfère ne pas y faire attention.

Là encore, la nature est bien faite. Imaginez que tous les frottements volontaires d'une partie de votre corps sensible aux chatouilles provoquent directement tortillements et rires fracassants. Marcher deviendrait un réel enfer! Votre plante des pieds, constamment stimulée, enverrait des signaux à votre cerveau semblables aux pires chatouilles. Mieux vaut donc laisser les guili-guilis pour les autres. Pourquoi tant de dédain? Simplement pour vous protéger.

En ignorant votre autostimulation, votre cerveau peut se concentrer pleinement à analyser toutes les autres sensations entraînées par des éléments extérieurs, comme une piqûre d'insecte, par exemple. L'effet de surprise est lié à la réaction gargalesis et, a contrario, une stimulation prévisible et anticipée n'a ainsi pas autant d'effets. On en revient finalement à la source de la chatouille: c'est un véritable mécanisme de défense face au danger. Vous faire vous-même des guili-guilis n'est donc clairement pas détecté comme une menace.

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