Santé / Sciences

Pourquoi le café-clope donne-t-il envie de faire caca?

Temps de lecture : 4 min

[L'Explication #17] Mélanger les deux, c'est jouer avec le feu (aux fesses).

Café, cigarette... Vous connaissez la suite. | Carl Nenzén Lovén via Flickr
Café, cigarette... Vous connaissez la suite. | Carl Nenzén Lovén via Flickr

Pourquoi envions-nous l'orgasme des cochons? Les gauchers sont-ils davantage intelligents? Quand il pleut, est-ce que les insectes meurent ou résistent? Vous vous êtes sans doute déjà posé ce genre de questions sans queue ni tête au détour d'une balade, sous la douche ou au cours d'une nuit sans sommeil. Chaque semaine, L'Explication répond à vos interrogations, des plus existentielles aux plus farfelues. Une question? Écrivez à [email protected]

Les 3 «c». Un chiffre, une lettre, et tout fout le camp. Le surnom que l'on donne à ce phénomène bien connu –un café plus une cigarette est égal à un caca– fait trembler plus d'un fumeur.

Il surgit souvent dans la matinée, sans crier gare, dès que l'on ingurgite notre première gorgée de café, cigarette à la main pour les fumeurs. Ou, pire encore, après la pause déjeuner, lorsqu'on est entouré de nos collègues de travail et que notre seul exutoire semble être les toilettes du bureau, juste à côté de la salle de réunion.

Pour d'autres, dont le transit est quelque peu difficile, ce phénomène est parfois le bienvenu. Il est accueilli comme un raccourci vers un monde plus léger, loin de la constipation et des ballonnements.

Ceux qui ont vécu ce phénomène ne peuvent que s'en souvenir. Comment l'expliquer? Est-ce à cause de la caféine, souvent pointée du doigt comme seule coupable? Pourquoi le mélange café-clope débouche-t-il sur un caca?

La caféine jugée innocente

Si les fumeurs sont coutumiers du fait, les non-fumeurs consommateurs de caféine n'y sont pas étrangers pour autant. L'envie d'aller sur le trône est bel et bien ressentie après un simple café chez de nombreuses personnes, et ce, que vous l'accompagniez d'une sèche ou non.

Face à ce phénomène, nous ne semblons en revanche pas tous égaux. Une petite étude faite auprès de quatre-vingt-dix-neuf buveurs de café a montré que seuls 29% des personnes fonçaient aux toilettes juste après avoir ingurgité cette boisson. Les femmes seraient même deux fois plus touchées par cette envie. Mais les résultats de cette étude sont à prendre avec des pincettes, étant donné la faible taille de l'échantillon étudié.

Le café semble malgré tout être véritablement au cœur du problème. Briserait-on la chaîne de ce phénomène en se tournant plutôt sur du décaféiné? La caféine, bien que régulièrement visée comme étant vectrice d'un transit fluidifié, n'y est en fait pour rien dans cette histoire, selon une étude américaine, menée par l'Université du Texas et présentée lors de l'édition 2019 de la Digestive Disease Week.

Comme bien souvent, des rongeurs ont fait les frais des questions les plus existentielles de l'humain. Les scientifiques de l'étude américaine ont en effet réparti plusieurs rats en trois groupes avant de leur administrer trois mélanges distincts: l'un a été nourri d'une solution à base de café mélangée à des bactéries intestinales; l'autre d'une solution identique mais avec du café décaféiné; et le troisième n'a tout simplement pas consommé de café.

Résultat, tous les rats qui ont ingurgité du café, qu'il soit avec ou sans caféine, ont vu leurs muscles de l'intestin grêle et du côlon se contracter de façon similaire, ce qui favorisait un meilleur passage des aliments solides. Cette expérience a donc prouvé que les effets laxatifs sont, du moins en partie, indépendants de la caféine, précise Maxisciences.

À qui faut-il jeter la pierre? Qui faut-il blâmer pour le nombre de fois où l'on a dû raser les murs en direction des toilettes après un café? Le coupable: un triple phénomène, qui se joue directement dans les entrailles lorsque cette boisson débarque.

Quand on boit du café, cela augmente la production d'acide gastrique, notamment l'acide chlorogénique, qui a le pouvoir de dissoudre les aliments. Tout ce que vous venez d'ingurgiter et qui se trouve dans l'estomac ne fait donc pas long feu, et est envoyé à vitesse grand V vers les intestins.

D'un autre côté, la caféine (qui est donc tout de même un peu complice) augmente la production de certaines hormones, dont la gastrine et la cholécystokinine, qui facilitent la digestion, ajoute le média scientifique.

Et ce n'est pas tout: le tissu de l'estomac et du petit intestin sont également stimulés par le café. Tout ce bon repas que vous venez de manger avant de boire le contenu de votre mug se voit donc passer en mode prioritaire vers la porte de sortie. Sans attendre, et parfois même sans sommation.

La cigarette, combo de tous les risques

Revenons-en au théorème des 3 «c»: un café plus une cigarette est égal à un caca. On l'a vu, le café met notre transit à rude épreuve et nous pousse parfois dans nos retranchements, à devoir gérer une situation embarrassante quand aucun WC n'est disponible à proximité, par exemple. Qu'en est-il de la cigarette?

La nicotine a elle aussi son mot à dire. Sa responsabilité est claire dans la règle des 3 «c»: elle agit directement sur le phénomène dit du péristaltisme, c'est-à-dire la contraction du tissu musculaire qui permet de déplacer et de dégrader les denrées alimentaires.

Fumer une cigarette stimule donc la contraction de l'œsophage, de l'estomac, puis de l'intestin, facilitant ainsi la digestion, l'extraction des selles et le chemin vers les toilettes. C'est aussi pourquoi une personne qui arrête de fumer peut-être prise de constipation. Son corps s'est habitué à voir son transit accéléré par l'effet de la cigarette.

Évidemment, accélérer le transit n'est pas le seul effet sur le corps qu'entraîne le tabagisme. Pour ne citer que lui, l'appareil digestif peut se voir gravement atteint sur le long terme par des ulcères de l'estomac notamment, ou, pire encore, être exposé à des risques de cancer.

Le café, en revanche, semblerait bon pour la plupart des gens –s'il est consommé avec modération évidemment, ce que le New York Times situe entre 3 et 5 tasses maximum par jour. Par exemple, boire environ cinq tasses de café quotidiennement, au lieu d'aucune, serait lié à une diminution de 30% du risque de diabète du type 2, selon une méta-analyse de trente études. En revanche, en boire un peu trop peut conduire à un état de stress et de tension intense.

Revenons à nos moutons. On peut dire que le café déménage et la cigarette accélère: il n'en fallait pas moins pour créer là un mélange de tous les dangers. Vous l'aurez compris, associer les deux, c'est multiplier les risques et l'envie d'aller sur le trône, même chez les plus aguerris et habitués du phénomène. En résumé, là où les 3 «c» passent, tout trépasse.

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