Société

«Si j'avais des étudiants en psy qui se demandaient ce qu'est le délire, je leur parlerais d'Hubert Caouissin»

Temps de lecture : 14 min

[Épisode 4] Les quatre psychiatres qui ont expertisé le meurtrier de la famille Troadec se succèdent à la barre. Si la tragédie peut trouver sa source en 2013, 2006 voire 1940, tous s'accordent sur l'événement déclencheur.

La police mène des recherches près du domicile des Caouissin à Pont-de-Buis, le 9 mars 2017. | Fred Tanneau / AFP
La police mène des recherches près du domicile des Caouissin à Pont-de-Buis, le 9 mars 2017. | Fred Tanneau / AFP

Il est parfois impossible de dater le début des tragédies. Peut-être l'affaire avait-elle débuté quatre ans plus tôt, sur la base de sous-marins nucléaires de l'île Longue, au son d'un crayon heurtant le sol. Peut-être que tout a commencé soixante-dix-sept ans plus tôt, en 1940, quand une caisse remplie de pièces d'or est tombée dans le port de Brest.

À moins qu'elle remonte tout simplement au jour où Hubert Caouissin a rencontré Lydie Troadec.

Le 6 mars 2006, Hubert et Lydie se sont donné rendez-vous devant le cinéma de la place de la Liberté à Brest. Ils ont fait connaissance sur Meetic, le nouveau site de rencontres qui explose alors en bourse. Hubert Caouissin avait posté cette annonce qui se voulait «l'antithèse de toutes les annonces»: «Vilain crapaud cherche jolie princesse.» Il espérait une femme plus jeune –Lydie Troadec avait 37 ans, lui 35– mais au téléphone, il a «aimé sa voix».

Hubert et Lydie vont voir un film puis dînent au restaurant. À la fin de leur rendez-vous, Lydie a les pieds glacés. Dans la voiture, Hubert les prend dans ses mains pour les réchauffer. Chez lui, dira-t-elle, elle a tout de suite aimé «son côté pétillant, son intelligence, son allure, sa gentillesse, ses attentions». Et par-dessus tout, son humour. «Je ne l'avais pas à la maison. Ça fait du bien», explique Lydie. Elle croit savoir, quand on l'interroge, qu'Hubert la trouvait «gentille» mais qu'elle n'était «pas son style». Il préférait les blondes. Pourtant, Hubert reconnaît sa sensibilité, sa chaleur, et leur complicité; il assure: «C'était une évidence.» En réalité, si l'on doit aller au bout des choses, ils se sont aussi accordés sur leurs «cicatrices» (pour Hubert) et leur «valise de handicaps» (pour Lydie).

«Ta gueule, tu sais pas de quoi tu parles!»

Pierre Troadec, le père de Lydie, était un homme «très autoritaire». Lorsqu'ils étaient enfants, Lydie et son frère Pascal jouaient «beaucoup ensemble». Après leur déménagement rue Laurent Legendre, dans le quartier Recouvrance de Brest, leur relation était devenue «moins intense». Ils grandissaient: Pascal avait «ses copains» et Lydie «ses copines». Mais Pascal avait aussi des difficultés scolaires, et «il me tapait. Il me griffait le nez», relate Lydie. Leur mère, Renée, lui avait confié que c'était parce qu'elle réussissait à l'école: «Il supportait pas que moi, j'y arrive», signale donc Lydie. Pierre Troadec ne cessait de répéter à Pascal qu'il n'avait pas «la capacité de faire des études».

Lydie sait que son frère était victime de violences de la part de leur père: «Une fois, j'ai entendu des coups.» À son égard, Pierre Troadec exerçait un autre type de violence. Il avait souvent cette phrase pour Lydie: «Ta gueule, tu sais pas de quoi tu parles!» Il se disait pour l'égalité hommes-femmes mais quand même, avec lui, c'était «les hommes avec les hommes, les femmes avec les femmes».

Pour autant, Lydie Troadec tient à préciser: «Mon père savait mieux comment je fonctionnais quand j'étais petite. Sur le carnet scolaire, il fallait décrire comment l'enfant fonctionnait, et c'est mon père qui m'a décrite.» Lydie et son père s'éloignent vers ses 13 ou 14 ans, quand elle a cessé d'être une petite fille, pense-t-elle. Elle décrit Renée, sa mère, comme une «personne gentille mais handicapée des sentiments»: «Quand je pleurais, elle me disait: “Va dans ta chambre pour te calmer.”» Ce n'était pas une famille «démonstrative». Tous les week-ends, les enfants sont sommés de travailler sur les marchés avec leur père Pierre.

Une fois son bac G3 en poche, Lydie espère entamer des études d'infirmière. Son père affirme qu'elle n'est pas faite pour ça. Sa mère le soutient: Lydie est «trop fragile». Alors, elle choisit un BTS en secrétariat et bureautique. Puis, une fois son diplôme en poche et en dépit des protestations de son père, Lydie quitte la Bretagne pour Paris, «pour changer d'air et évoluer». Elle a emporté avec elle une petite habitude: au moment du coucher, elle coince une chaise derrière sa porte.

Quand Lydie évoque sa jeunesse avec Hubert, ce dernier sourit et répond que son enfance à lui était tout de même pire.

«Elle frappait aussi les autres élèves, mais plus moi»

Hubert Caouissin est né à l'hiver 1970 à Brest. Petit dernier d'une fratrie de quatre enfants, il a toujours eu le sentiment qu'il «n'y avait pas beaucoup de place pour [lui]». Maguy, sa sœur aînée de 9 ans, confirme: «Nous étions une famille quelconque. On vivait dans une petite maison à Brest, pour ne pas perdre de temps dans les transports et accéder aux meilleures écoles. Mais cette maison était beaucoup trop petite.» À la barre de la cour d'assises de la Loire-Atlantique, Maguy frotte ses mains: «On ne parlait pas trop de sentiments donc je ne sais pas ce qu'Hubert ressentait... Mais pour moi, c'était une source de stress.» Dans un soupir, elle lâche: «Et l'ivresse de ma mère...»

Selon Hubert Caouissin, sa mère, Marie-Françoise, aurait commencé à boire à sa naissance. Non pas pour fêter quoi que ce soit, puisque Hubert était né malade et fragile, mais parce que sa grossesse l'avait empêchée d'assister à l'enterrement de sa grand-mère qu'elle adorait. «Une nuit sur deux», Marie-Françoise faisait «des crises»: elle poussait des cris, frappait les murs et tapait le père d'Hubert. Parfois, le petit Hubert faisait «des syncopes». Les trois frères et sœurs, plus âgés, disposaient d'un bureau à l'étage pour travailler. Hubert avait la table du salon pour faire ses devoirs. Il voyait sa mère boire du rosé, la télévision allumée derrière un paravent installé là comme pour l'aider à se concentrer. Hubert a ce souvenir du bruit de la télévision qui le gêne. Et de la voix d'Ève Ruggieri, qui passait sur France Inter tous les samedis après-midi.

Face à la cour, Jean-Noël, le frère d'Hubert, s'emporte: «J'ai confié ma fille nourrisson à ma mère. Vous croyez que je l'aurais laissée à une femme alcoolique qui donne des coups?» Il lève son bras vers Hubert, assis dans le box des accusés, un masque sur le visage: «S'il est arrivé là aussi, c'est peut-être qu'il voyait tout en noir!» Jean-Noël secoue la tête, la voix radoucie: «Je ne dis pas qu'il ne s'est rien passé. Mais c'est exagéré.» Sans se lever, Hubert lui hurle: «Mais t'as rien vu toi! T'as rien vu!» Finalement, il regrette son éclat de voix et pleure: «Je m'excuse, Jean-Noël. Tu peux comprendre... On n'a pas vécu la même chose. Vous faisiez vos devoirs en haut. Vous voyiez pas ce qui se passait en bas.» Ils n'ont pas pu voir non plus ce qui s'est passé ensuite. Les trois aînés, plus âgés, ont tous quitté la maison en l'espace de dix-huit mois.

Hubert s'est retrouvé seul avec son père, sa mère, et les petites barquettes en plastique.

Il raconte: «Les barquettes aluminium, en plastique, elle stockait tout, tout...» Sa mère Marie-Françoise est atteinte du syndrome de Diogène, elle est une accumulatrice compulsive. Hubert Caouissin a longtemps reproché à son père de ne pas l'avoir mis à l'abri du chaos: «Ma mère, elle, elle fait pas exprès. Mais mon père, lui, il était lucide.» Dans son dos, Hubert et son père tentaient de vider les étagères en cachette: «Ça mangeait sur notre espace vital.» Quand Marie-Françoise prenait les deux hommes sur le fait, sa colère était terrible. «Ça faisait beaucoup d'histoires pour une barquette», explique Hubert Caouissin à la présidente de la cour d'assises.

À l'école, cela ne se passait pas beaucoup mieux. En CM2, rapporte Hubert, il est devenu «la tête de turc de la maîtresse». Dès le deuxième jour, elle lui avait demandé de réaliser une division de tête. Hubert n'y parvenait pas: «Là, j'ai compris l'expression “être saoulé de claques”», dit-il. Dans le box, il déplie son bras presque par réflexe, mimant le geste de l'institutrice: «Elle frappait aussi les autres élèves, mais plus moi. D'ailleurs, les autres élèves disaient que je devrais me plaindre à mes parents, ils étaient choqués.» Mais s'il s'en était plaint, qu'en aurait-il été puisqu'à la maison, comme l'admet son deuxième frère Ronan, «ils étaient élevés au martinet»?

Au collège, les autres élèves ont pris la relève: ils se moquaient de ses habits, renversaient ses affaires, le bousculaient, lui crachaient dessus. Il supportait «en attendant d'être grand». De ses 5 à ses 14 ans, Hubert Caouissin allait à la messe, où il officiait comme enfant de chœur chaque dimanche: «À force la liturgie, je la connaissais bien.» Mais aucune prière n'est venue le sauver.

Alors, quand en 2002, son père meurt d'un AVC, Hubert s'est «senti seul d'un coup». Il se souvient qu'enfant, son père lui disait tous les soirs qu'il l'aimait.

***

En décembre 2006, neuf mois après leur rencontre, Lydie Troadec emménage dans la maison d'Hubert Caouissin à Plouguerneau. Lui veut «beaucoup d'enfants»; elle est d'accord.

Lydie suit un traitement pour la fertilité en raison de ses ovaires polykystiques. Hubert est «très présent». Mais les effets secondaires étant trop importants, les médecins leur recommandent d'arrêter. «Et là, tout de suite après, je suis tombée enceinte», relate Lydie Troadec.

Le 8 juillet 2008, elle met au monde un petit garçon. À la maternité, le nouveau-né perd beaucoup de poids. On le nourrit à l'aide d'une sonde. Dès sa sortie de travail, Hubert se rend à son chevet pour le nourrir avec une pipette «pas plus grande qu'un crayon». L'état de santé du petit s'améliore. Au bout de dix jours, ils peuvent rentrer à la maison. Le couple préfère se retrouver seul avec le bébé dans un premier temps et demande à la famille de Lydie de ne pas venir de suite. Ses parents ne lui parlent plus pendant six mois.

Pierre Troadec, son père, «pouvait prendre la mouche pour pas grand-chose», reconnaît Lydie. Renée Troadec, sa mère, est née un 25 décembre. Son père l'exhorte: «Tu ne vas pas faire ça à ta mère! Viens pour son anniversaire et Noël!» Lydie, Hubert et le petit se rendent à Brest pour les fêtes de fin d'année. Pascal, sa femme Brigitte et leurs deux enfants, Sébastien et Charlotte, sont là eux aussi. Avec les parents, «tout se passe bien, pense Lydie. Puis à nouveau, silence radio jusqu'en avril 2009.»

«Ce n'est pas un burn out, c'est une préface au délire»

Il n'est pas de silence qui ne se brise pas. Le 14 février 2009, Lydie Troadec entend le diagnostic. Cancer du sein. Enceinte pour la seconde fois, à 40 ans, elle doit avorter pour suivre une chimiothérapie. Quand elle appelle son frère Pascal et sa femme Brigitte pour le leur annoncer, «ils ne m'ont pas demandé si c'était grave ou pas grave, et depuis combien de temps j'étais malade. Ils ont commencé à moins m'appeler.» Lydie Troadec baisse la tête: «J'étais un peu triste.»

D'une voix monocorde, comme s'il se voyait à nouveau tomber au fond de l'abîme, Hubert Caouissin raconte: «Et là, on descend, on descend...» Lydie fait une septicémie, subit quatre opérations dont une ablation des glandes lymphatiques. Le petit, qui n'a pas encore un an, est «complètement perdu». À ces mots, derrière la vitre du box des accusés, Hubert Caouissin hoquette tel un homme sauvé in extremis d'une noyade. Il avale une bouffée d'air et reprend le cours de la discussion, comme si de rien n'était. Bien plus tard, il indiquera devant la cour: «Depuis Orvault, je ne ressens plus les choses de la même façon. Y a quelque chose qui passe pas... Parfois il y a un déclencheur et je vais ressentir quelque chose, mais je ne peux pas savoir à l'avance ce que ça va être.» Avant de conclure dans un haussement d'épaules: «Et l'émotion est très éphémère.»

Mais le «vibrato émotionnel» d'Hubert Caouissin n'a jamais été très large: un jour, rapporte Lydie Troadec, Hubert lui avait signalé que si leur fils venait à mourir, il la quitterait pour une femme plus jeune. Les mains croisées dans son dos, Hubert Caouissin confirme: «Oui, j'ai été formel là-dessus. C'était une discussion dès le départ. Le cancer, tout ça, je pouvais tout assumer. À côté de ça, j'étais irréprochable. Mais le fait d'être père est la chose la plus importante au monde. Le reste n'est rien à côté.» Il précise qu'il était «très attaché» à Lydie, mais qu'elle avait sûrement «des sentiments plus forts à [s]on égard que l'inverse».

Fin novembre 2009, Pierre Troadec meurt des suites d'une opération pour soigner son cancer du côlon. «On m'a dit que c'était un cas sur 100.000, que tous ses organes étaient nécrosés», se souvient sa fille. Elle souhaite comprendre ce qui s'est passé, mais sa mère refuse l'autopsie. «Ça m'a hanté, dit-elle. Je me pose toujours des questions. Je n'ai pas d'explication. Pourquoi tous ses organes étaient nécrosés?» Renée Troadec ne pleure pas au décès de son mari, ses enfants lui reprochent de ne pas avoir de peine. Elle se défend: son traitement médicamenteux l'empêche de verser des larmes. C'est possible, après tout. «Moi non plus j'ai pas trop pleuré. J'avais de la colère par rapport aux médecins», révèle Lydie. Son frère Pascal, lui, était effondré. Brigitte, la femme de Pascal, avait fait cette remarque: «Tu es plus forte que ton frère» et Lydie y avait vu une critique. Une négation de sa propre douleur.

Le docteur Dubec parle, à propos de Lydie Troadec, d'une «intériorisation très vive des émotions». «Son moi est renforcé par la personnalité de l'autre», avance-t-il. Les problèmes du petit à sa naissance, son cancer du sein et le décès de son père avaient un point commun: la présence indéfectible d'Hubert. L'expert psychiatre développe: «Ces soucis ont entraîné une solidification du couple» et «une solidarité de scout» de Lydie vis-à-vis de son conjoint.

«Le délire à deux, traduit le docteur Dubec, c'est une contagion.» Le psychiatre cite l'exemple le plus célèbre des sœurs Papin. Il détaille: «Il faut un fou social –ou légal– et l'autre, qui ne l'est pas. Un, plus intelligent que l'autre. Un sujet actif, et un passif. Et il faut une vie commune isolée.»

Ainsi, peut-être que la tragédie a commencé avec le burn out d'Hubert, à la fin de l'année 2013. «Hubert Caouissin décrit un burn out mais en réalité, ce n'est pas un burn out, annonce le docteur Zagury. C'est une préface au délire.» Le moindre bruit amplifié, les insomnies à répétition, les coups de tête dans les cloisons et sur le tableau de bord de la voiture... Tout pousse à l'époque Hubert Caouissin «à se protéger et à chercher un lieu à l'écart».

Peut-être que la tragédie a commencé en 2015, quand le couple a acheté la ferme à Pont-de-Buis, dont l'existence même était cachée de tous.

Mais pour les quatre experts psychiatres, «l'étincelle sur le tonneau de poudre» date probablement du jour où Renée Troadec a évoqué l'existence de lingots d'or découverts par feu son mari Pierre.

«Le paranoïaque est convaincu et convaincant»

«Les choses prennent sens après coup, a posteriori», analyse le docteur Zagury. Il relate «le choix des mots» d'Hubert Caouissin («j'ai compris rétrospectivement», «cet épisode m'est revenu après»), le «vocabulaire très caractéristique» de l'accusé dont les idées délirantes s'enrichissent au fil des mois («piste», «traqué», «guet-apens»), et l'absence de preuves formelles: «Tous les éléments sont des indices, interprétés dans le sens de la malveillance.»

Le jour où la petite Charlotte a posé son chat sur les genoux de Lydie, qui souhaitait être enceinte, c'était à la demande de sa mère Brigitte, car Lydie n'était pas immunisée contre la toxoplasmose. Quand Sébastien disait que sa mère était aux toilettes, c'était un code, «une phrase qui a un sens». Ce Noël 2013 où Pascal et Brigitte ont tant insisté pour que le petit soit placé entre eux à table, près du ramequin des biscuits apéritif, c'était parce qu'ils souhaitaient que l'enfant meure en s'étouffant avec une cacahuète. Le petit est le dernier héritier des lingots d'or. «Ils pourraient le tuer pour tout garder pour eux», fait valoir Hubert Caouissin à la cour d'assises.

Hubert Caouissin est atteint d'un «délire chronique de type paranoïaque relativement structuré», livre le docteur psychiatre Coutanceau.

«J'ai pensé qu'ils pouvaient lui faire du mal, déclare Lydie. Mais j'allais pas jusqu'à cette pensée-là.» Mais, dès le début du procès, elle l'admet: «Hubert est plus intelligent que moi.» Hubert, lui, réfute le terme d'emprise: «Non, non, on discutait! Après... je reconnais que j'avais plus d'arguments.»

Le docteur Bensussan chargé d'expertiser Lydie Troadec regarde un instant les jurés de la cour d'assises de la Loire-Atlantique. Il explique: «Le paranoïaque est convaincu et convaincant, car il donne un panel d'indices.»

Dès lors, Lydie Troadec s'est retrouvée «engluée dans le brouillard délirant» d'Hubert Caouissin: «Lydie ne pouvait qu'y croire vu que c'est de son histoire dont il s'agissait, assure le docteur Dubec. Elle ne pouvait deviner que tout ce qu'elle disait de mal sur sa famille participait au délire persécutif d'Hubert.»

«Il ne me semble plus dangereux désormais»

«Dans sa tête, Hubert est essentiellement une victime, reprend le docteur Zagury. C'est pour ça qu'il parle beaucoup. Pour raconter le drame qu'il a subi, par quelles affres il a dû passer.»

Devant lui, le docteur Dubec ne regarde plus ses notes. Il prend une inspiration, et lâche: «Lydie a fourni à Hubert les instruments, et Hubert a construit une guerre.» Ou, comme écrivait Lacan dans sa thèse sur la paranoïa: «La statue jaillit du moule.»

À la fin de leur déposition, tous les experts psychiatres prononcent cette même phrase: «Si j'avais des étudiants en psy qui se demandaient ce qu'est le délire, je leur parlerais d'Hubert Caouissin.» Et tous, tour à tour, s'accordent à dire: «Il avait un délire concentré sur une famille. Hélas, ils sont morts. Au risque de vous surprendre, il ne me semble plus dangereux désormais.»

Entre les quatre murs rouges de la cour d'assises de la Loire-Atlantique, Hubert Caouissin écoute en silence les experts psychiatres déposer à la barre. Au fil des heures, ses épaules s'affaissent et sa tête s'incline vers le sol. Maître de Oliveira, avocate des parties civiles, demande à l'expert Coutanceau: et si cette folie était une simple manipulation de la part de l'accusé? Ne pourrait-il pas mentir comme le commun des mortels? Le docteur Coutanceau se retourne vers l'avocate en robe noire. Un instant, il écarquille les yeux. Puis il croise ses bras sur sa poitrine et entrouvre la bouche: «Si vous arrivez à me le prouver, je serais sur le cul.»

Le docteur Bensussan a noté, au cours de son entretien avec Lydie Troadec, «un vécu d'injustices, une rancœur très ancienne vis-à-vis de Pascal, et une propension à ressasser». Il parle de Lydie adoptant la conviction d'Hubert Caouissin, cite certaines de ses phrases: «Hubert me l'a dit et j'ai pensé comme lui.»

Et puis, il raconte une anecdote qui l'a lui-même saisi. À la fin de l'entretien, Lydie Troadec a commencé par avoir la gorge nouée. Sa voix s'est étranglée. Des larmes ont perlé sur ses joues, «pour finir en sanglots incoercibles». L'expert lui a demandé: pourquoi pleurait-elle?

«C'était pas seulement le placement de son fils. Ni la mort de son frère», expose le docteur Bensussan. «C'était l'absurdité.» Toute cette histoire de magot, de pièces d'or et de lingots... Lydie soudain doutait: «Et si tout ça était faux?»

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