Société

La semaine imaginaire de la tour Eiffel

Temps de lecture : 3 min

Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'une personnalité qui a fait l'actu et imagine son journal de bord.

Des gens se promènent sur une plateforme de la tour Eiffel au premier jour de sa réouverture, le 25 juin 2020. | Thomas Samson / AFP
Des gens se promènent sur une plateforme de la tour Eiffel au premier jour de sa réouverture, le 25 juin 2020. | Thomas Samson / AFP

Lundi 22 juin

J'ai des courbatures jusqu'au deuxième étage. Hier soir, c'était le 21 juin de l'an 2020 après Jésus-Christ et l'an 38 après Jack Lang. Hier soir, c'était la Fête de la musique. Moi qui pensais bêtement que cette année, Covid-19 oblige, ce serait pour une fois une soirée calme, genre une soupe sept légumes, un épisode de Columbo et au lit, c'est raté. J'ai beau avoir 131 ans, je ne résiste pas à une bonne grosse teuf, et si j'en crois ce que j'ai vu du haut de mes 324 mètres, je ne suis pas la seule. Près du canal Saint-Martin, ça chantait, rue de Paradis c'était l'enfer des agoraphobes, et même à Levallois-Perret, ça swinguait encore plus fort que la balance de la Justice par avis de tempête.

Un qui doit aussi avoir quelques courbatures, c'est le président des États-Unis. Son meeting à Tulsa avait des faux airs de reprise de Beyoncé à la clarinette sous une pluie battante avenue de l'Opéra. Un gros bide, quoi. Et si on en croit les images de lui, descendant de son hélico, la cravate rouge aussi défaite que sa mine, on se dit qu'il aurait dû troquer son verre d'eau bu à une main contre un mojito saveur gel antibactérien.

Mardi 23 juin

Même si je suis très heureuse de vivre à Paris, parfois je me dis que je me marrerais plus outre-Atlantique avec mes copains les gratte-ciels ricains. Surtout depuis presque quatre ans, où chaque jour le même Donald Trump, qui a bouffé une fois une bavette dans mon deuxième étage, trouve une nouvelle façon de divertir la planète et moi avec. En ce moment, il doit faire trop chaud pour jouer au golf car on sent qu'il a du temps pour peaufiner ses blagues. Les deux dernières sont si bonnes que je m'étonne qu'un comique français ne les ai pas déjà piquées.

En gros, ils ont les meilleurs tests du monde pour détecter le Covid et du coup ils ont plus de cas et donc faut faire moins de tests et les gens seront guéris. Rhaaa je la raconte tellement moins bien que lui, c'est dommage. C'est un peu comme la blague du végétarien reconfiné parce qu'il y a un cluster dans un abattoir, elle est hilarante, mais je ne saurais pas bien la traduire de l'allemand.

Mercredi 24 juin

Ce matin, je pense à ces élèves de CP qui, traînant les pieds, sont retourné·es à l'école pour trois raisons. La première: éviter de finir dans un fait divers après avoir épuisé la patience des parents, des grands-parents et même des arrière-grands-parents. Ensuite pour récupérer le pull tyrannosaure ou Reine des neiges 2, oublié en classe le vendredi 13 mars. Et en troisième lieu bien sûr, pour faire la photo de classe la plus absurde que l'humanité ait connue. Je les imagine dans vingt ans, retrouver ce cliché où il ne sera pas possible de reconnaître quiconque dans cet alignement de fronts surplombant des masques plus ou moins réglementaires.

Je pense à eux car moi aussi, c'est un peu ma rentrée aujourd'hui: après avoir eu la paix la plus totale pendant plus de trois mois, me revoici envahie de touristes. Comme je suis presque aussi taquine qu'un ministre de l'Éducation nationale, j'ai rouvert mes portes, mais pas mes ascenseurs. Les gens qui m'aiment prendront l'escalier. Et puisque dehors la canicule est de retour, je risque d'entendre une phrase assez tendance en ce moment: «j'étouffe».

Jeudi 25 juin

On ne le sait pas beaucoup, mais je suis une passionnée de politique. Peut-être parce que je partage un surnom avec feue Margaret Thatcher, ou peut-être pas. En tout cas, j'en suis friande comme un touriste l'est de ces porte-clés à mon effigie. Et ce soir je vais être servie, car m'est offert sur un plateau de télévision, avec climatisation et plan social, un débat politique inédit. D'un côté trois femmes politiques, de l'autre deux journalistes, elles aussi appartenant au deuxième sexe. Cent pour cent de femmes à l'antenne, on frise la dystopie.

Heureusement, les échanges risquent d'être cent pour cent langue de bois et polémique en mousse. Pour faire remonter mon taux de testostérone, j'attends avec impatience la traduction française du livre de John Bolton, ancien conseiller à la sécurité nationale de mon copain de la bavette du deuxième étage. Apparemment, là aussi c'est saignant, mais sans la portion de frites qui va avec.

Vendredi 26 juin

J'ai beau être l'un des plus grands monuments du monde, parfois, j'avoue, j'aimerais bien être une toute petite souris. En particulier aujourd'hui, quand j'ai appris qu'Emmanuel Macron recevait à déjeuner en son palais un certain François Hollande, qui doit encore se souvenir de l'ancien digicode. Peut-être même essayer de se renseigner sur le nouveau. Au cas où. Quoi qu'il en soit, je me demande bien ce que ces deux-là ont pu se raconter le temps d'un repas et ce que le chef des cuisines leur a mijoté. Malgré la chaleur qui règne sur la capitale aujourd'hui, je suis à peu près sûre que c'était une soupe, à la grimace celle-là.

À quelques centaines de mètres de là, j'en connais une qui doit boire du petit-lait, en attendant de sabrer le champagne. Sauf surprise, Anne Hidalgo devrait être réélue maire de Paris après le vote qui aura lieu ce dimanche. Il y a cinquante ans, ceux qui pensaient qu'en 2020 des voitures volantes sillonneraient la capitale avaient tout faux: le futur roule à vélo, dans d'anciens couloirs de bus.

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