Politique

La semaine imaginaire de Sandrine Rousseau 

Temps de lecture : 4 min

Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'une personnalité qui a fait l'actu et imagine son journal de bord.

Une semaine de plus, c'était pas grand-chose, nom d'un panda roux! | Louison
Une semaine de plus, c'était pas grand-chose, nom d'un panda roux! | Louison

Lundi 27 septembre

Je sens que ça va être une semaine hyper déconstruite. Une semaine en kit même. Une semaine que tu rapportes chez toi dans un carton plat, que tu passes des heures à assembler et qui tient debout à la fin, et bordel, t'es fière, parce que c'est toi l'a fait toute seule, même s'il te reste trois vis dans la main à la fin et que ça risque de bien se casser la gueule.

Une semaine Ikea quoi. Non vraiment, on n'est que lundi, mais je sens que c'est une semaine qui va être l'utérus créateur de plein de belles choses, une semaine qui va accoucher peinarde, en salle de travail pleine de bambous pour rafraîchir la température de la pièce, une semaine détendue, avec une sage-femme rien que pour elle, une sage-femme déconstruite aussi, mais pas au niveau du salaire, et puis surtout une sage-femme pas en grève, ni applaudie le soir à 20h pour la faire taire. Nan, une sage-femme respectée comme un restaurateur au SIRAH, ou même mieux, une sage-femme qu'on cajole comme un chasseur six mois avant une élection présidentielle. Mais, dans ce pays, on préfère les hommes qui déconstruisent les veaux pour en faire des blanquettes. J'ai l'impression que ma semaine penche un peu.

Mardi 28 septembre

En fait c'était pas une semaine Ikea, c'était une semaine Greta. Une semaine Greta, oui, et avec un taux d'œstrogène et des bouffées de chaleur qui ne regardent qu'elle. Une semaine où t'as envie de tout brûler, partout, mais où tu te souviens que ça augmente encore plus le taux de dioxyde de carbone dans l'atmosphère quand on fout le feu au patriarcat.

Une semaine où t'as envie d'avoir une semaine de plus pour voir les courbes s'inverser. Une semaine pour entendre des hommes parler à une femme de courbes sans qu'elle soit obligée de mettre discretos dans sa poche une clef entre ses doigts pour se défendre en cas d'attaque. Une semaine de plus, c'était pas grand-chose, nom d'un panda roux. En même temps, ça aurait aussi fait une semaine de plus à entendre celui qui signe d'un Z comme Zorro mais a une humanité proche de zéro, d'expectorer à grands renforts de médias qui lui tapent dans le dos l'idée que Vichy a quand même beaucoup fait pour les juifs de France entre 1939 et 1945. Je crois qu'Éric a confondu les juifs, même ceux qui s'appellent Pierre, Paul ou Jacques, avec les carottes.

Mercredi 29 septembre

Donc j'ai perdu. Voilà. Mais à une semaine près, je gagnais hein. C'est sûr. Le temps de toute façon, c'est jamais rien que le patriarcat qui nous donne sa temporalité masculine, à grand renfort de calendriers des PTT sur lesquels on a collé en couverture des photos de chatons avec des nœuds en bolduc sur les petites pattounes pour nous endormir. Nous, on préfère coller des affiches que souhaiter une bonne fête aux Yannick, le 27 décembre, ou aux Éric le… j'ai pas eu le temps de regarder, il m'a poussée.

Bref, à une semaine près, je suis sûre que beaucoup de choses changeaient. À une semaine près, l'œuf lancé sur Emmanuel Macron à Lyon, aurait été moins frais, la coquille plus fine, le jaune moins rebondissant, le blanc plus déterminé, et il se serait surement brisé pour faire une omelette au Jupiter. À une semaine près, Ségolène Royal, elle, aurait eu le temps de tourner 21.589.637 fois la langue dans son chabichou et aurait peut-être exprimé de façon moins comique sa seumitude en parlant de nouveau parti politique. Elle qui ne sait même pas placer le pôle Sud sur une carte.

Une semaine aurait peut-être pas suffi, en fait.

Jeudi 30 septembre

En revanche, à une semaine près, Nicolas Sarkozy prenait toujours de la prison ferme, vu que ça fait déjà deux fois depuis le 1er janvier que ça lui arrive. Nicolas Sarkozy, c'est un président tellement déconstruit que parfois, entre deux dédicaces dans les supermarchés et deux condamnations à de la prison ferme, on oublie qu'il a été aux manettes de l'État pendant cinq ans. Cinq ans à pas beaucoup tenir ses nerfs, mais à ne jamais se faire traiter de Commandant Cousteau frisant l'andropause.

Jamais, même avec un dictateur qui plante sa Quechua en cachemire sur la pelouse de l'Élysée. Moi, je propose de mettre l'essence à deux euros le litre et on ressort la guillotine du placard. J'ose même pas leur dire aussi que la blanquette de veau d'Arnaud Montebourg, je trouve que c'est d'un point de vue gustatif assez couçi-couça. Heureusement, quarante après l'abolition de la peine de mort, quelques esprits veillent au grain. Si tous les vieux mâles blancs cis hétérosexuels pouvaient être comme Robert Badinter…

Vendredi 1er octobre

À une semaine près, je gagnais. Une semaine. 168 heures. À peine le temps de lire les conditions générales d'une mise à jour de l'iPhone 13. Comme si le Ouïghour qui l'avait assemblé avait voulu se venger. Mais comme on vit dans un monde où la disparition des cordons bleus industriels dans les menus des cantines scolaires de Lyon fait plus de lignes dans les journaux qu'un génocide à ciel ouvert, et qu'aucun Ouïghour n'a été invité chez Hanouna pour l'instant, ça attendra.

À propos d'attendre, à 676 semaines près, Britney Spears, elle, n'aurait jamais été entravée dans sa liberté de femme, d'artiste, d'être humain, tout simplement. Treize ans pour déconstruire son père, c'est long. Tellement long qu'on dirait un chantier de voiries à Paris, ou le dernier James Bond qui sort enfin. Paraît que pour le prochain, il voulait faire de l'agent 007 une femme. À une semaine près, je suis sûre que le rôle était pour moi.

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