Politique

La semaine imaginaire de la République

Temps de lecture : 3 min

J'en ai marre d'être votre Beyoncé.

Dimanche, il faut aller voter pour Emmanuel Macron, même si ce n'est pas un conte de fées. | Louison
Dimanche, il faut aller voter pour Emmanuel Macron, même si ce n'est pas un conte de fées. | Louison

Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'une personnalité (ou presque) qui a fait l'actu et imagine son journal de bord.

Lundi 18 avril

Souvent, par allégorie, on me représente comme une femme, bonnet phrygien vissé sur le crâne et regard déter comme jamais. Je crois qu'il serait plus juste, et plus 2022, de m'imaginer au bout du bout du bout du rouleau. J'en ai marre d'être votre Beyoncé, qui se réinvente tout le temps, sourit même sur des talons de quinze avec un body en lurex qui rentre à moitié dans les fesses. J'ai envie désormais d'être montrée comme une héroïne d'Almodóvar, la clope au bec, le rimmel approximatif et l'air au bord de la crise de nerfs.

Mais on ne fait pas toujours ce que l'on veut dans la vie, rarement même, et comme vous comptez sur moi, toujours et encore, je vais me remonter la culotte ventre plat, me passer un peu d'eau sur le visage et bouffer deux ou trois chocolats fourrés façon boîte de Petri et ça ira, ça ira, ça ira.

En tout cas jusqu'à dimanche.

Mardi 19 avril

En fait dimanche ça paraît bien loin, là. Je comprends les enfants de la zone C, impatients d'être vendredi et en vacances pour se reposer un peu. Ou comme ces livreurs de chez Deliveroo, qui pourront peut-être profiter d'un peu de l'amende infligée à leur employeur pour prendre un jour de repos, ou quelques heures allez soyons fous, sans avoir à livrer des burgers pour des miettes. On peut rêver, car j'ai pas l'impression que la République soit au cœur des valeurs de ces nouveaux exploiteurs.

Quand on pense qu'il suffirait que les gens aillent chercher eux-mêmes leur sushis supplément microplastiques pour régler le problème des conditions de travail de ces personnes. Mais qu'à la place, ils hésitent à aller voter dimanche ou à commander un délice gourmand du Vietnam élaboré par un auto-entrepreneur adepte de la flexibilité. Oui c'est comme ça qu'on appelle un bo bun suremballé par un salarié exploité en 2022.

Non, vraiment, dimanche c'est loin.

Mercredi 20 avril

Vous savez quoi, avec le programme de ce soir, j'ai même pas eu envie de me lever ce matin. Je sais pas pourquoi, mais ça me fatigue d'avance de les écouter parler, les deux, là. Enfin, si, je sais pourquoi, ça m'avait déjà épuisée de les regarder se chamailler il y a cinq ans, et y a aucune raison que ça soit plus amusant cette fois-ci, même si depuis le CBD est en vente libre. Surtout que je suis à peu près sûre qu'ils évoqueront davantage les LBD.

Et pendant ce temps-là, comme un sale gosse qui n'a pas pu atteindre la finale interrégionale de ping-pong de sa catégorie de poids, l'autre insoumis décide qu'en fait le ping-pong c'est pour les nuls et demande à ses compatriotes de l'élire Premier ministre du jokari. Alors qu'avec l'élimination d'office des joueurs russes et biélorusses du tournoi de Wimbledon, y avait clairement une alternative pour une vraie reconversion. Et enfin un départ à la retraite.

Jeudi 21 avril

Je vous l'avais dit que ça serait pénible, et j'avais raison, mais j'avoue, toute République que je suis, et Dieu sait que j'en ai vu d'autres, même depuis 1905, je ne pensais jamais qu'un débat tomberait dans de tels extrêmes et de telles manœuvres de déstabilisation. Jamais je ne pensais voir une telle bassesse, une telle indignité. Je pensais que ce serait le lot de l'un des mes successeurs, la sixième ou le chaos.

Vous imaginez, tout de même, des gens qui prétendent à la plus haute fonction de l'État et qui en viennent à imprimer des tweets vieux de huit ans sur des feuilles A4. Et en couleurs en plus. Ou pire, qui font sciemment une série de choix désastreux qui conduisent à faire réveiller Gérard Majax pour un duplex sur BFM le lendemain à l'aube. Pauvre capital sommeil d'un magicien à la retraite, victime foudroyée de cette campagne décidément absurde.

Vendredi 22 avril

Je l'ai cherchée partout, j'ai fait le tour du monde. De Venise à Java, de Manille à Angkor. De Jeanne à Victoria, de Vénus en Joconde. Je ne l'ai pas trouvé et je le cherche encore. Et je crains de devoir le chercher encore longtemps, car Jacques Perrin, le Maxence en perm à Nantes, le prince rêveur de Catherine Deneuve, l'amoureux des Océans n'est plus.

Je ne sais pas ce que donnera le scrutin de dimanche car je ne suis que la République, je ne lis pas l'avenir dans les feuilles de thé des indécis, mais je peux vous dire une chose: si même les princes charmants quittent le navire sur la pointe des pieds, il faut s'assurer que l'on n'a pas déjà de l'eau jusqu'aux genoux.

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Je pourrais vous parler de ses yeux, de ses mains. Je pourrais vous parler d'elle jusqu'à demain. Mais à la place, je vous dirais qu'elle est fragile, cette démocratie, et que dimanche, il faut aller voter pour Emmanuel Macron, même si ce n'est pas un conte de fées.

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