Société

La semaine imaginaire de Pierre-Jean Chalençon

Temps de lecture : 4 min

On est dans un pays libre, donc quand il reste du caviar et des endives de fin de marché dans le frigo, c'est bien notre droit le plus fondamental de les partager entre amis.

Après avoir avalé des kilos et des kilos de daurade à la fois trop et pas assez cuite, j'ai eu un éclair de génie: POISSON D'AVRIL!!! | Louison
Après avoir avalé des kilos et des kilos de daurade à la fois trop et pas assez cuite, j'ai eu un éclair de génie: POISSON D'AVRIL!!! | Louison

Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'une personnalité qui a fait l'actu et imagine son journal de bord.

Lundi 5 avril

La semaine démarre sur les chapeaux de rougets trop cuits. Mon téléphone sonne et sonne encore, je n'ai presque plus le temps de me filmer en train de chanter avec un enthousiasme un peu forcé «Le lundi au soleil» de Claude François. Franchement, c'est dur. Comme la viande si bien préparée de mon grand ami et petit chef Christophe Leroy. Le mec faisait des frites à Johnny, c'est vous dire s'il y connaît un rayon en matière de gastronomie et de bon goût.

En tout cas, je comprends pas pourquoi cette histoire monte comme un soufflé quand il n'est pas raté par mon grand ami. On est dans un pays libre, donc quand il reste du caviar et des endives de fin de marché dans le frigo, c'est bien notre droit le plus fondamental de les partager entre amis. Bon et si on a beaucoup d'amis, et qu'on préfère, pour pas les gêner, les faire payer en passant le paillasson, bah là aussi c'est notre droit, merde, enfin je veux dire c'est quoi ce monde de la bien-pensance aseptisée? Si on continue comme ça, c'est l'escalade moi je vous le dis, et on pourra même plus enfreindre la loi tranquillement ou même poser avec le fondateur d'un parti d'extrême droite.

Mardi 6 avril

Après avoir avalé des kilos et des kilos de daurade à la fois trop et pas assez cuite, j'ai eu un éclair de génie: histoire de me débarrasser de toutes ces carabistouilles encore plus vite que de brûlures d'estomac après un dîner préparé par mon grand ami tout ça tout ça, j'ai profité de mon interview de tout à l'heure sur BFM (j'étais si beau d'ailleurs, je crois que la caméra m'aime autant que je l'aime... putain c'est beau on dirait du Johnny... et du coup j'ai envie de frites molles... bref) pour sortir de mon bicorne la meilleure défense, à faire pâlir tous les avocats du monde, même ceux servis avec des bouquets de crevettes décongelées au micro-ondes: le poisson d'avril!

Alors attention hein, pas le poisson d'avril comme quand Vladimir Poutine fait semblant de se présenter aux élections et en fait il est déjà élu jusqu'en 2032. Nan, un poisson d'avril à la française, avec dedans des morceaux de truffe gros comme des lacunes en matière de stratégie vaccinale et des relents de réduction de vinaigre balsamique plus acide que les attaques de la maire écologiste de Poitiers sur le domaine de l'aviation.

Mercredi 7 avril

Bon bah le coup du poisson d'avril n'a pas été totalement efficace. Un peu comme ce flacon en format familial de Primpéran bu après mon dernier brunch chez mon grand ami qui est aussi l'ennemi du dressage. D'ailleurs, d'habitude le mercredi, on regarde «Top Chef» ensemble, en critiquant les candidats qui ne savent même pas cuisiner le surimi. Mais là, le cœur et l'estomac n'y sont pas. On vit une drôle d'époque, c'est moi qui vous le dis, et si je vous le dis c'est que c'est vrai, d'ailleurs je suis pas antisémite car une fois j'ai mangé un bagel au pastrami.

Bref, si mon cher Napoléon voyait ce qu'est devenue la France pour laquelle il s'est tant battu, il demanderait à mon grand ami Christophe Leroy de lui préparer une poire Belle-Hélène, histoire d'en finir au plus vite avec ce monde de merde. Ce serait quand même plus sympathique que de sauter d'un pont. Et plus efficace que d'attendre la fin des débats à l'Assemblée nationale sur l'euthanasie, plus piquant qu'un oursin à 250 euros la paire. Sploutch de balsamique et rondin de truffe du fond de ma poche en supplément.

Jeudi 8 avril

Faudrait savoir un peu. Un coup on gueule parce que soi-disant c'est pas bien d'organiser des dîners en douce, un autre on gueule parce que c'est pas bien de ne pas prévoir assez de chaises pour que tous ses invités soient bien assis. Moi je dis, en ne prévoyant pas de fauteuil pour Ursula von der Leyen, le président turc Erdoğan n'a pas voulu faire une démonstration de sexisme dégueulasse comme une mayonnaise-de-trois-jours-mais-ça-va-en-touillant-ça-se-sert-quand-même, non; c'est juste qu'il avait prévu un apéro dînatoire et que ça a fini en dîner tout court et ça manquait de chaises pliantes. Le nombre de fois où ça m'est arrivé au Palais Vivienne ces derniers temps, vous n'imaginez pas.

On sous-estime beaucoup le nombre de gens qui veulent mal manger, mais ensemble, et on surestime de façon affligeante les soi-disant ennemis des femmes, qu'elles dirigent l'Europe ou qu'elles ne soient pas assez jolies pour finir sur des posters, comme mon grand ami de grand ami, Johnny. Mais je vous laisse, ça toque à la porte en disant «police». Je ne me souviens pas avoir invité Sting pourtant.

Vendredi 9 avril

Ce matin, je me sens comme un trentenaire qui aurait reçu une première dose d'AstraZeneca, comme un vigneron bourguignon qui aurait tout misé sur sa cuvée 2021 ou comme un thon rouge de Méditerranée fraîchement pêché pour être bientôt cuisiné par mon grand ami Christophe Leroy: pas totalement totalement détendu, en somme. D'habitude le vendredi avec Christophe, on se compare la taille des tranches de truffe, mais ce matin on a appris qu'on était placé en garde à vue.

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Alors autant vous le dire, c'est pas le plus chouette des vendredis de l'année, même si je sais qu'après la pluie viendra le beau temps d'aller raconter chez Cyril Hanouna comment j'ai vécu ces terribles heures d'interrogatoire. Et puis j'ai pas envie de trop me plaindre, d'abord parce qu'il n'y a pas de caméras autour donc ça serait gâché comme un homard Thermidor avec du ketchup, mais aussi parce que quand je vois qu'au Brésil ils en sont à 4.000 morts par jour du Covid en ce moment, et qu'ils n'ont même pas de truffe pour se distraire, je trouve ça triste, beaucoup plus triste. Un peu comme une reine de presque 95 ans qui redevient célibataire.

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