Société

La semaine imaginaire d'Olivier Véran

Temps de lecture : 5 min

La vue de mon corps semi-dénudé a fait aux Françaises et Français le même petit coup de chaud sous le tricot de peau que chez CNews quand ils ont appris qu'Éric Zemmour pensait de plus en plus à se présenter à la présidentielle.

Le ministre de la Santé, Olivier Véran, se fait vacciner contre le Covid-19 au centre hospitalier de Melun. | Thomas Samson / POOL / AFP
Le ministre de la Santé, Olivier Véran, se fait vacciner contre le Covid-19 au centre hospitalier de Melun. | Thomas Samson / POOL / AFP

Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'une personnalité qui a fait l'actu et imagine son journal de bord.

Lundi 8 février

Presque un an. À une grosse semaine près, cela fait un an que je suis ministre de la Santé. Autant vous le dire tout de suite, c'est comme pour la vague de froid, y a la température réelle et celle ressentie. Bah là en durée ressentie, je suis plus proche d'une petite guerre de cent ans que d'une des six jours. Alors bon, j'aurais pu aller m'acheter un petit cake aux fruits confits avant 18h pour fêter ça, mais comme on peut pas souffler ses bougies et que personne n'a envie de se retrouver avec des miettes de cake dans son masque jetable, je me suis dit qu'il fallait marquer le coup autrement. Et pour longtemps. Et à Melun. Ouais, je sais, la dernière partie du concept est un peu chelou.

Organiser une célébration à Melun, c'est un peu comme compter sur l'État pour agir rapidement et efficacement en matière de changement climatique. C'est pas gagné. Ou comme espérer qu'une année passe sans que Patrick Balkany ne soit mis en examen. Carrément coton. Du coup, j'ai opté pour une solution qui a fait ses preuves, surtout sur internet, et plus largement depuis la nuit des temps: je me suis dessapé devant des caméras, et avec le téton presque aussi apparent que la manœuvre politique, je me suis fait vacciner. Et j'ai même pas eu mal.

Mardi 9 février

Il n'aura suffi que d'une seule dose, de quelques secondes à peine et pouf, la France a immédiatement été sujette au syndrome qui consiste à s'émerveiller de la découpe au biseau de mon corps plutôt que de se concentrer sur la pénurie de doses de vaccins pour développer des anticorps. L'ARN a un message pour eux de ma part: chuis gaulé comme un dieu grec, et les vaccinations en masse sont renvoyées aux calendes de la même nationalité.

La vue de mon corps semi-dénudé a fait aux Françaises et Français le même petit coup de chaud sous le tricot de peau que chez CNews quand ils ont appris qu'Éric Zemmour pensait de plus en plus à se présenter à la présidentielle –et pas seulement le matin lorsqu'il se rase avec son coupe-choux d'homme viril qu'on cherche à remplacer, sauf à la télé. Le mettre à la tête d'un pays, c'est une idée aussi intelligente et vouée à la réussite que de continuer à nommer uniquement des hommes à la tête des institutions où se diffuse, comme une vilaine gastro-entérite, le virus du harcèlement sexuel et celui, tout aussi contagieux, de la loi du silence.

Mais revenons à mes pectoraux. Sont beaux, hein? D'aucuns diraient que l'amour flotte dans l'air, entre deux ou trois micro-gouttelettes de salive mal bloquées par des masques portés sous le naseau. D'ailleurs, en attendant l'hypothétique réouverture des terrasses, pour pécho maintenant, le mieux est d'aller faire ses courses. Je sais pas si c'est un effet secondaire du vaccin, mais je trouve qu'on vit vraiment une période formidable.

Mercredi 10 février

Alors j'avoue, j'ai été un peu déçu aujourd'hui en découvrant la liste des nommés aux César de cette année. Non pas parce qu'Isabelle Huppert n'est pas dedans (même si honnêtement c'est un peu le signe que l'apocalypse n'est plus pour dans longtemps ou en tout cas que tout fout le camp), ni même par l'absence de casier judiciaire des réalisateurs nommés (encore que d'ici au 12 mars et au rythme où va l'épidémie des révélations, plus rien ne m'étonnerait vraiment).

Non, ce qui m'a déçu, très déçu, c'est que ni mon grand pectoral ni mon triceps gauche ne se retrouvent dans la catégorie de l'espoir masculin. Faut croire que le cinéma, ça a muté aussi, et que ça sert plus à rien d'enlever la chemise pour réussir. Suis déçu comme un mec qui aurait investi dans 800 palettes de visières transparentes juste avant que la Haute Autorité de santé ne vienne dire que ça ne servait à rien. Ou comme un jeune, qui, au cœur d'un hiver constitué d'aide alimentaire et de pensées suicidaires se voyait déjà se trémousser au Solidays... Il a raison mon chef qui tousse presque plus, c'est dur d'avoir 20 ans en ce moment.

Jeudi 11 février

Faut reconnaître que depuis un an, je ne fais pas le métier le plus simple du monde. Je regrette un peu le temps où je faisais mes gardes, scrutais les IRM mouchetées comme des Pollock, et me marrais avec mes collègues du service de proctologie sur l'imagination des Français. Mais faut avouer que je suis pas le plus mal loti et quand je les observe, je crois que mes compatriotes sont désormais dans un état où plus aucun objet dans aucun orifice ne semble les divertir.

Conséquence fâcheuse de l'absence de vie artistique, culturelle et sociale, ils sont désormais obligés de se changer les idées en regardant, au choix, Jean-Luc Mélenchon tailler le bout de gras avec Hanouna sur C8, ou un duel aux allures de slow de fin de soirée entre Marine Le Pen et mon collègue au forfait illimité sur le service public, Gérald Darmanin. C'est quand même ballot: pendant que tout le monde se méfie du Covid-19, personne ne fait gaffe à la peste ou au choléra. Et là pour le coup, aucun pays n'a commencé à plancher sur un vaccin.

Vendredi 12 février

Bientôt le week-end, et bientôt l'heure d'aller m'acheter de nouvelles chemises avec manches prédécoupées. S'agirait de ne pas oublier que le jour de la deuxième dose viendra bien plus vite qu'une refonte des droits fondamentaux des migrants autour de Calais. Lorsque le président conseille d'aérer la pièce, je sais pas s'il pense qu'il sera écouté avec autant de zèle. C'est vrai que confisquer une tente ou un sac de couchage quand il fait une température ressentie de -15°C, c'est plutôt pas mal comme courant d'air. Il y avait les gestes barrières, la police française s'est lancée dans les consignes à barbelés.

Pas sûr pour autant que les ARS valident ces effets du froid, vu que la Moselle, qu'on n'appelle pas les Bahamas de l'Est, a actuellement des faux airs de mauvaise épreuve de cuisine fusion dans un épisode de «Top Chef». «Alors je suis parti sur une revisite de confinement en snackant le variant sud-africain et en twistant le tout avec une tempura de celui du Brésil. Ça croque pas mal sous le palais, pour ceux qui ont encore du goût c'est plutôt un agréable moment en bouche.» Et pour ceux qui ont l'impression de manger du carton bouilli depuis des mois, bonne nouvelle: ce soir, c'est la fête de vos oreilles avec les Victoires de la musique. Sans public. Gare à l'otite.

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