Société

La semaine imaginaire de Manuel Valls

Temps de lecture : 4 min

Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'une personnalité qui a fait l'actu et imagine son journal de bord.

Manuel Valls lors d'une conférence de presse à Barcelone, le 19 juin 2019. | Lluis Gene / AFP
Manuel Valls lors d'une conférence de presse à Barcelone, le 19 juin 2019. | Lluis Gene / AFP

Lundi 13 avril

Tout avait pourtant bien commencé. La journée s'annonçait tranquille: chasse aux œufs le matin, petits tapas légers comme déjeuner vers 13h, sieste l'après-midi et discours sur la situation sanitaire actuelle par Emmanuel Macron le soir, à 20h02.

Seulement voilà, je ne sais pas si c'est parce que j'ai été ministre de l'Intérieur, mais chez moi les œufs ont tendance à bien se cacher. Du coup la chasse a finalement traîné jusqu'à 18h30, sans aucun succès et j'ai été contraint d'enchaîner maxi-tapas et micro-sieste. Alors forcément un peu dans le gaz, au réveil à 20h, j'ai profité des quelques secondes avant l'allocution présidentielle, pour saisir mon téléphone et applaudir le personnel médical sur Twitter.

Bon déjà, c'était pas très logique, on a beau être en 2020, le moyen le plus simple d'applaudir, c'est quand même d'applaudir. Mais en plus de ça, boulette de chez boulette, tout le monde sur internet a cru que je faisais une ola pour le président. Faut dire qu'il était tellement beau, comme un hidalgo, qu'une partie de moi a peut-être eu envie de le célébrer comme il se doit. Mais par prudence, je crois que je vais quand même tweeter des applaudissements toute la semaine.

Mardi 14 avril

Ils sont curieux ces Français, tout de même. Ils n'ont pas eu l'air vraiment très emballés par le discours pourtant parfait, merveilleux, fort, vibrant, cœur avec les doigts, du président. Apparemment les profs ne sont pas super chauds bouillants à l'idée de se faire éternuer dessus dans quatre semaines, même à 1m50, par des élèves de 3 à 17 ans. Ou plutôt, ils préféreraient ne pas dépasser le 37°C au bout de trois copies corrigées.

Pour ma part, le discours d'hier, c'est ce que j'ai vu de plus beau depuis des semaines. Mis à part peut-être les vidéos quotidiennes de Renaud Capuçon que je retweete à chaque fois, car oui, sous cette posture solide d'homme d'État impassible, se cache un petit cœur mou et mélomane. Tous ceux qui m'ont vu danser sur les Gipsy Kings à mon dernier mariage ne s'en étonneront pas.

Rien que de repenser à hier soir, à ce regard profond et cette lèvre qui vibre sous l'émotion, ça me fait monter les larmes encore plus vite qu'un tir de lacrymo contre une manif organisée par un syndicat du personnel soignant.

Mercredi 15 avril

Réveil dans la joie. Il paraît qu'Emmanuel aurait l'envie, pendant cette longue période de crise, d'un gouvernement d'ouverture. Des personnalités fortes, de tous bords, pour relever le défi du fameux «après». Des mois que j'attends ça. Des années presque. J'ai même essayé de le rendre jaloux en partant à Barcelone, pour qu'il me retienne, mais faut reconnaître que ça n'a pas eu totalement l'effet escompté. Qu'importe, mieux que l'amour au temps du choléra, il y a la méga-disponibilité au temps du corona.

Je vérifie mon téléphone. 98% de batterie, 4G à fond. J'attends. Je sens que ça vient. En attendant, presque déjà dans mes habits de presque ministre de la presque guerre, j'en profite pour retourner sur Twitter, histoire d'avoir l'air occupé quand Emmanuel va m'appeler. Dignement et en 280 caractères espaces compris, je rends hommage aux pompiers qui, il y a un an pile-poil, luttait contre les flammes dans Notre-Dame.

Rien que de repenser à ce drame, à Brigitte toute secouée devant le parvis, ça me fait monter les larmes encore plus vite qu'un tir de lacrymo contre une manif de sapeurs pompiers.

Jeudi 16 avril

Toujours pas de nouvelles du côté de l'Élysée, mais je ne suis pas inquiet, je sais que mon heure est venue, y a une rumeur qui tourne sur Twitter. Si je me concentre, je peux presque imaginer Emmanuel en ce moment en train de chercher l'indicatif pour Majorque.

Ah oui, parce que pour mon confinement, comme je n'ai plus mon F2 à Évry, je me suis dit que c'était plus simple d'aller aux Baléares. Je crois d'ailleurs que l'information commence à circuler dans la presse. À force de ne pas applaudir en vrai, certains ont dû se méfier. Mais que le président se rassure, quand il m'appellera, parce qu'il m'appellera, je n'hésiterai pas une seconde: l'homme d'État que je suis et resterai se fera rapatrier grâce à Europ Assistance et sa carte Visa Premier.

En attendant, et histoire d'avoir un sujet de discussion avec Brigitte au prochain dîner dans la salle des fêtes, je me commande Le Vieux qui lisait des romans d'amour de Luis Sepúlveda sur Amazon. Quand on pense qu'ils ne livrent plus la France pendant quelques jours. Quel drame tout de même.

Vendredi 17 avril

Stupeur et effroi au réveil ce matin en regardant l'écran de mon téléphone. J'ai dû frotter mes yeux dix fois tant il m'était impossible d'y croire. Pire que les près de 18.000 morts du coronavirus en France depuis le 1er mars. Pire que l'incendie incontrôlable autour de Tchernobyl. Non, pire que ça, pire que tout: comme un idiot, je me suis mis en mode avion toute la nuit.

Quand on sait qu'Emmanuel est du genre à envoyer des messages jusqu'à pas d'heure, j'ai vraiment eu les glandes. Si j'avais encore eu mon bouc, il aurait probablement grillé instantanément sur mon menton tellement ma colère contre moi-même et contre la technologie était grande. J'ai pris une grande respiration en manquant de faire sauter un des boutons du haut de mon pyjama en lin. C'est Susanna, ma femme, qui m'a appris à faire ça. Avant, je faisais des 49-3 pour me détendre.

Bref, je me suis reconnecté, et j'ai attendu. Toujours aucun message. Les seuls mots qui s'affichent sur mon écran sont bleus, et pour Aline. Elle a de la chance celle-là, au moins, quelqu'un a crié pour qu'elle revienne.

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