Politique / Société

La semaine imaginaire de Jean-Michel Blanquer, le retour

Temps de lecture : 4 min

Il doit y avoir quelque chose dans l'air cette semaine, je trouve que tous les profs sont à cran.

Il doit y avoir quelque chose dans l'air, je trouve les profs à cran cette semaine. | Louison
Il doit y avoir quelque chose dans l'air, je trouve les profs à cran cette semaine. | Louison

Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'une personnalité qui a fait l'actu et imagine son journal de bord.

Lundi 11 octobre

Bonjour les enfants, c'est monsieur Blanquer, mais vous pouvez m'appeler Jean-Michel. Moi, par contre, je vais pas avoir le temps de retenir vos prénoms, surtout maintenant qu'on peut plus les écrire au feutre sur vos masques. Bref, je vais donc être votre instituteur toute cette semaine. Eh oui, croyez pas que ça m'amuse, mais la dame qui vous fait l'école à tous, alors que vous être au moins trente-huit si je compte bien, eh bah cette dame qui d'habitude le faire sans broncher pour un salaire qu'aucun président n'a jamais pu doubler, a décidé de poser des vacances.

Ouais, alors que c'est pas les vacances. Apparemment, le fait qu'une de ses collègues se fasse agresser par un élève et se retrouve par terre, bah ça lui a donné envie de voir la mer. Il doit y avoir quelque chose dans l'air cette semaine, je trouve que tous les profs sont à cran. Allez, c'est pas grave, on sort les cahiers, les encriers et les plumes et on va commencer par un peu de géopolitique avec la crise entre la Chine et Taïwan. Hein? Comment ça petit être au nez qui coule? La maîtresse a laissé des gommettes dans le placard? C'est quoi ça, un code secret pour la journée internationale du coming-out?

Mardi 12 octobre

Bon, alors, les enfants, il semblerait que vous soyez en deuxième année de maternelle, ce qui explique pas mal de choses, comme par exemple votre manque d'intérêt sur le bordel entre la Chine et Taïwan, et les conséquences fâcheuses que ça pourrait avoir sur le reste du monde. Comment Kevin? «Bordel», c'est un gros mot et je dois mettre un euro dans la tirelire Peppa Pig de la classe? Hein? Et tu t'appelles pas Kevin? Allez, au coin Kevin.

Pour les autres, je vous rappelle les règles cette semaine, le maître peut dire tous les gros mots qu'il veut, et il n'y aura aucun ruissellement des richesses dans Peppa Pig, car le maître est aussi un ministre de la Macronie et c'est pas dans le contrat de faire circuler le pognon de dingue à tout le monde. Voilà. Et si vous êtes pas contents, je vous dis le point commun entre votre copine Peppa et les cordons bleus à la cantine, et je peux vous dire que vous avez pas fini de chialer. Bref, l'autre règle fondamentale cette semaine c'est que tous les garçons de la classe s'appellent Kevin et toutes les filles Kevina, sinon on va pas s'en sortir. Qu'est-ce que tu dis Kevina au fond à gauche? «Et pour ceux qui sont ni une fille ni un garçon.»

Bordel... des maternelles woke.

Mercredi 13 octobre

Suite aux réflexions d'hier, j'ai décidé de tous vous appeler Jean-Claude. Et j'ai soumis l'idée de renommer tous les enfants comme ça ce matin en conseil des ministres, ils sont super partants. Appeler tous les mineurs avec un nom de boomer, c'est pas plus couillon que l'autre géant vert de Jadot qui veut les faire voter à 16 ans. Comme si vous étiez finis à 16 ans. Comme si vous étiez capable d'apprécier la merveilleuse gymnastique de reniement perpétuel que la politique impose.

Quoi Jean-Claude? Le mercredi, c'est gymnastique justement? Eh bah très bien, allez tous courir dans la cour pendant une heure, ça nous fera des médailles en athlétisme en 2032 ça, et mon chef il sera content qu'on start-up-nationise un peu Pierre de Coubertin. «L'essentiel, c'est de participer»… elle est bonne celle-là. Allez tout le monde dehors et en silence hein, on n'est pas dans une série Netflix ici, sinon le Jean-Claude du premier rang, avec ta bronchiolite qui pointe, je peux te dire que tu serais déjà zigouillé et même pas inscrit au générique. Ah bah voilà, il chiale.

Jeudi 14 octobre

Alors si j'ai bien compris les quelques retours de vos parents depuis hier, j'ai appris deux choses. Un, vous n'êtes que des sales balances, et franchement, je suis étonné de ne pas voir les noms «Davet» et «Lhomme» sur le registre de présence. Et deux, surtout, vos parents sont autant en pâte à tartiner qui tue les singes que vous, c'est consternant.

Ça ne m'étonne pas qu'ils vous foutent les uns après les autres dans des écoles privées Montessori pour apprendre la différence entre un vert tilleul et un vert sauge avant 5 ans, alors qu'à cet âge-là, vous devriez déjà être plongés jusqu'au nombril dans la carrière de Molière, quoi. Franchement, ça me déprime tellement fort que même l'application d'une couche épaisse de crème hydratante ne pourrait pas y faire grand-chose, c'est vous dire. Alors que bon, Emmanuel, mon petit proviseur à moi, il l'a bien expliqué l'autre jour aux sages-femmes, le post-partum est soluble dans l'extrait d'aloe vera. C'est fou comme les femmes ne s'y connaissent pas en matière de gynécologie. Hein Jean-Claude, c'est quoi la gynécologie? Au coin.

Vendredi 15 octobre

Ah mais ça y est, j'ai compris pourquoi les profs sont chiffons cette semaine. C'est vrai que ça va faire un an, dis donc. Ou plutôt quatre petites vacances et une grande comme on dit dans mon ministère. Eh bah, ça file hein. Un an déjà que Samuel Paty, en voulant réunir les gens, s'est fait couper en deux. Qu'est-ce que tu dis Jean-Claude? Je comprends rien quand tu parles avec ton test payant dans le nez. Pourquoi le gentil il est mort alors qu'il était gentil, alors que dans les dessins animés, c'est les dragons qui prennent des coups d'épée? Eh bah mon Jean-Claude, c'est parce que dans la vie, c'est pas toujours les gentils qui gagnent, et pire, c'est souvent les méchants qui s'en sortent. Ou pire, qui se tâtent pour savoir s'ils sont candidats ou non à la présidentielle.

Oui, le Jean-Claude derrière? «La vie, ça pue comme un gros camembert»? Ah mais tu sais, même le camembert en ce moment, c'est pas trop son heure de gloire. Encore un coup de la cancel culture pasteurisée si tu veux mon avis d'ailleurs. C'est quoi la cancel culture? Je vous expliquerai ça demain. Comment ça y a pas école le samedi? Eh bah putain vous n'avez pas le cul sorti des ronces, c'est moi qui vous le dit.

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Pose Peppa Pig, Jean-Claude.

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