Politique / Société

La semaine imaginaire de Gérald Darmanin

Temps de lecture : 4 min

Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'une personnalité qui a fait l'actu et imagine son journal de bord.

Gérald Darmanin à la préfecture de la Seine-Saint-Denis (Bobigny) le 20 octobre 2020. | Ludovic Marin / POOL / AFP
Gérald Darmanin à la préfecture de la Seine-Saint-Denis (Bobigny) le 20 octobre 2020. | Ludovic Marin / POOL / AFP

Lundi 19 octobre

Lorsque j'ai quémandé accepté le poste de ministre de l'Intérieur, je savais que les journées allaient être un tout petit peu plus denses qu'à la mairie de Tourcoing. C'est pour ça que j'ai demandé à Marlène d'être ma stagiaire ministre déléguée. Après tout, même ce bon vieux Navarro avait besoin d'une femme dans sa vie, surtout pour lui servir un verre après une grosse journée de boulot. Et Marlène fait super bien les mojitos, surtout que –allez je donne son petit secret elle ne m'en voudra pas, enfin peut-être que si, mais c'est moi le chef alors on s'en fout– elle ajoute entre deux feuilles de menthe un peu de liqueur de châtaigne. Franchement, si j'avais connu ce cocktail dans ma vie de jeune homme, ça aurait fait des étincelles.

Bref, depuis ma nomination, je trouvais qu'on avait une bonne dynamique, je parlais, elle écoutait, je faisais peur aux dealers de drogues dans les TER et elle souriait sous son masque lavable. Et puis patatras, la poisse au cul verdâtre comme disait ma grand-mère, un attentat vise un professeur, décapité pour avoir montré les caricatures publiées dans Charlie Hebdo. À l'origine de sa mise à mort ultra-violente, un déversement de haine de la part de parents d'élèves sur Facebook. Ah, ces réseaux sociaux de malheur...

Moi, ça m'a toujours choqué qu'on ait arrêté le Minitel et les télégrammes.

Mardi 20 octobre

Ce qui est bien quand on est ministre, en dehors du fait qu'on n'a plus besoin de passer ses journées à Tourcoing et qu'on peut griller plein de feux rouges, c'est que quoi qu'on dise, les gens vous écoutent. Même quand on dit des trucs vraiment très cons. C'est comme une sorte de super-pouvoir. Un peu comme celui de Jean Castex, mon N+1, mais inversé. Alors lui, personne n'écoute quand il parle, mais il peut faire fermer des départements en un claquement de doigts, à l'heure qu'il veut, dès qu'il veut, et forcer les gens à dîner à 18h12 en sortant d'un métro bondé.

Bon, après... son pouvoir a des limites: visiblement, les services hospitaliers sont saturés et ne vont pas tarder à déborder, comme la blanquette de ma grand-mère quand elle l'oubliait sur le feu. Et je peux vous dire qu'elle n'était pas halal, sa blanquette. Et son clafouti aux poires, qu'elle faisait tous les dimanches et que j'aimais tant, eh bah il n'était pas casher non plus. Ni halal. Ni tex-mex. Ni halal. Ni communautariste. Ni halal.

Moi, ça m'a toujours choqué qu'on apprenne d'abord aux femmes à lire plutôt qu'à faire des clafoutis.

Mercredi 21 octobre

Pardon de commencer la journée par un si gros mot, mais saperlipopette de nom d'une quenouille. Le pape François a déclaré être favorable à une union civile pour les couples homosexuels. Je dois avouer que mon sang n'a fait qu'un tour et que de rage et de désespoir, j'ai failli mettre à la poubelle tous les goodies que j'avais récupérés à la Manif pour tous en 2013. Même l'ensemble sel «un papa» et poivre «une maman», c'est dire. Enfin bon, on fait tous des erreurs de jeunesse, et même s'il a 83 ans, qui sommes-nous pour le juger ce pauvre monsieur?

Il faut que je me calme un peu à coups de sudoku d'ici à ce soir, car mon N+2 m'a convié à la Sorbonne pour la cérémonie d'hommage à Samuel Paty, dont on ne connaîtra jamais l'avis sur la façon dont les supermarchés sont organisés et c'est bien dommage. En revanche, je me serais bien passé des commentaires de mon N+rien, Richard Ferrand, qui fait que se moquer de moi. Encore un à qui ma mémé aurait tiré les oreilles. Il a déclaré que dans les supermarchés, il allait aux produits bretons parce qu'il était breton, alors que c'est même pas vrai, il est né à Rodez.

Moi, ça m'a toujours choqué que la Bretagne ne soit plus à la Grande-Bretagne.

Jeudi 22 octobre

De l'hommage d'hier soir, je garde encore quelques frissons. Pas à cause du discours de mon N+2, pas à cause de cette splendide Marseillaise (je parle de la chanson, pas d'une élue locale) qui a résonné dans la cour de la Sorbonne, mais parce que j'ai découvert un groupe de musique qui me donnerait presque envie de ranger mon intégrale de Didier Barbelivien quelque temps. J'ai demandé à Marlène, rangée pas loin, qui avait fait cette musique sur laquelle le cercueil du professeur est entré et elle m'a dit «bah c'est Youtou». Alors monsieur Youtou, si vous lisez ces lignes, sachez que vous avez fait vibrer mon cœur presque aussi fort que les 4 minutes 15 de «À toutes les filles». Et ce n'est pas rien.

D'ailleurs, les filles et les femmes de Pologne auraient sans doute besoin d'un peu de soutien en chanson, de Didier ou d'un autre (peut-être que Michel Sardou a du temps en ce moment). Désormais, les lois du pays rendent presque impossibles les recours à l'avortement, en passe d'être tout bonnement interdit.

Moi, ça m'a toujours choqué qu'on donne des ordres aux femmes, alors qu'il est tellement plus simple de leur faire des promesses.

Vendredi 23 octobre

La camomille que j'ai bue hier soir ne devait être assez dosée car impossible de m'endormir avant 4h. Du coup, j'en ai profité pour allumer mon poste de télévision et jeter un coup d'œil au dernier débat entre Joe Biden et Donald Trump quelques jours avant l'élection américaine. Au-delà des pronostics, je dirais surtout que ce genre de débat, c'est un peu comme la série des films du Gendarme de Saint-Tropez. C'est toujours la même chose: on ne s'ennuie pas vraiment mais c'est moins divertissant à chaque fois.

Un peu comme la crise du Covid-19 (oui, je dis «le» car les femmes sont des choses trop belles pour les associer à des maladies autres que la maladie d'amour, bien sûr), qui semaine après semaine, commence à lasser quelque peu le public, j'ai l'impression. Faudrait peut-être demander aux scénaristes de Navarro comment ils faisaient pour nous tenir en haleine à chaque épisode. Au gouvernement on patauge un peu, comme si on avait signé pour la saison de trop. Du coup, ça part légèrement en eau de boudin, comme disait Mémé.

Il est même question de confiner tout le monde à Noël. Bonjour l'ambiance autour du foie gras trouvé au rayon foie gras. En tout cas, le PS a déjà décidé, avant même d'en savoir plus sur l'évolution du virus, de reporter son congrès initialement prévu début décembre. J'imagine que ça n'a pas été trop long de prévenir tous les participants.

Ayant eu ma carte au RPR alors que j'étais même pas majeur, moi, ça m'a toujours choqué qu'on puisse être encore bolchévique de gauche.

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