Politique / Société

La semaine imaginaire du général de Gaulle

Temps de lecture : 4 min

Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'une personnalité qui a fait l'actu et imagine son journal de bord.

À Londres, en 1940. | STF via AFP
À Londres, en 1940. | STF via AFP

Lundi 9 novembre

Je vous ai compris. Mais l'inverse n'est visiblement pas vrai. Avant ma mort, il y a exactement cinquante ans aujourd'hui, je n'avais demandé qu'une seule chose: pas de funérailles nationales. Un demi-siècle plus tard, si j'en crois les tronches de circonstances qui se sont succédé devant ma tombe depuis ce matin et les trompettes ayant fraîchement révisé leur Marseillaise, c'est encore raté. Par chance, cette année, et pour une raison qui m'échappe, je ne vois que 50% de leurs têtes d'enterrement.

Si je n'étais pas mort, je crois que pour échapper à ce consternant spectacle, je me serais lancé hier dans le Vendée Globe, seul, sur un kayak, avec trois paquets de biscottes et une boussole. Ça n'aurait pas été plus pénible que de lire les fautes d'orthographe de mon successeur sur le livre d'or de ma fondation. Faudrait peut-être suggérer à Pfizer de lancer les recherches sur le génome de la faute d'accord, ça devrait intéresser presque autant de monde que le vaccin anti Covid-19 qu'ils sont sur le point de terminer. Encore que, on trouverait des gens pour dire que c'est encore un prétexte pour implanter je ne sais quoi, je ne sais où.

Les Français sont de drôles de zèbres.

Mardi 10 novembre

Je vous ai compris. Vraiment, hein. Mais faut me laisser tranquille maintenant, madame Royal. Je sais bien que la politique manque un peu de repères en ce moment, qu'à force de s'occuper des pôles, on perd un peu le nord (oh, elle est excellente celle-ci, je la note pour la redire à Yvonne ce soir), et que de passer ses journées sous un masque lavable dix fois doit finir par peser un peu. Mais enfin, ce n'est pas une raison pour venir invoquer, et même déranger mon souvenir encore plus souvent que Gérald Darmanin déclare la guerre dure aux drogues douces.

Moi, les seules amazones que j'ai pu connaître, c'était dans les livres de ma bibliothèque, et elles avaient l'air charmantes, quoi qu'assez combatives, presque pugnaces. À deux doigts de faire des collages dans la rue, même. Si les livres sont aujourd'hui aussi durs à trouver que des gens qui ne mettent pas leurs masques sous le nez ou qu'une parole de gauche dans la bouche de Marlène Schiappa, les amazones, en revanche, ont de beaux jours devant elles. J'apprends à l'instant, que pandémie oblige, l'élection de miss France 2021 est reportée sine die.

Les Français ne sont pas des volailles de Bresse.

Mercredi 11 novembre

Je vous ai compris. Oh oui, même avec votre masque devant la bouche, je vous ai compris et entendu, monsieur Hollande, quand vous avez demandé à monsieur Macron sous l'arc de Triomphe: «Ça va ? Pas trop dur en ce moment?». Comme beaucoup de Français et Françaises derrière leur écran, le soldat inconnu à quelques mètres de là, a dû lui aussi un peu ricaner.

Je n'en ai jamais douté, la vengeance est un plat qui se mange froid, comme un steak-frites acheté en cliquaineucolaicte (c'est Yvonne qui m'a appris ce mot). Faut dire aussi que de commémoration en commémoration, les occasions de se détendre se font un poil rare et qu'on ne peut pas toujours s'en remettre à Ségolène Royal pour détendre l'atmosphère (et les gaz à effet de serre).

En revanche, été comme hiver, armistice comme solstice, on peut toujours compter sur le soldat Jean-Luc Mélenchon pour se lancer dans une bataille médiatique avec lui-même. Après avoir dit que l'heure n'était pas aux grandes annonces politiques, il a retourné son masque (ce qu'Yvonne déconseille de faire) et s'est finalement déclaré candidat à l'élection présidentielle de 2022, à condition d'obtenir 150.000 parrainages citoyens. Ce qui n'a pas tardé. À l'heure où l'on ne sait même pas si l'on pourra réveillonner en famille, était-ce vraiment une priorité?

Les Français sont peut-être des buses.

Jeudi 12 novembre

Je vous ai compris. Malgré cette pudeur de gazelle, je vous ai bien compris madame Le Pen, quand vous refusez d'admettre que le nouveau président des États-Unis s'appelle Joe Biden. On a tous bien compris à qui s'adresse cet appel du pied qui prend de plus en plus des airs de dérapage pas très contrôlé. Pourtant, même les membres du Parti républicain, acceptent, les uns après les autres, la défaite de Donald Trump. Mais il faut croire que vous avez décidé que le réel n'était qu'une faiqueniouse comme les autres. (Yvonne, encore).

Je vous ai compris. M'habituant de plus en plus à cet accent chantant, je vous ai bien compris, monsieur Castex. Faut dire que vous parlez souvent en ce moment, et pour ne pas dire grand chose, alors, ça ne demande pas plus de concentration que de lire un post complotiste de Sophie Marceau. Dans votre dernière allocution, en plus de n'avoir pas annoncé quoi que ce soit, vous avez visiblement continué la partie endiablée d'un jeu inventé par Emmanuel Macron qui s'appelle le «ni-oui, ni-non, ni-monde de la culture».

Les Français ne sont pas bêtes à manger du foin, pourtant.

Vendredi 13 novembre

Je vous ai compris. Je ne vous ai pas oublié non plus. Je connais vos noms et vos sourires, sans jamais avoir eu l'honneur de vous croiser. Et pourtant, j'en ai reçu des honneurs. Ce matin, et tout le jour durant, je vais penser à vous. À ce funeste trombinoscope qui hante nos mémoires depuis maintenant cinq années. À ces chansons sur lesquelles vous aimiez danser (même si pour être tout à fait honnête, contrairement à Yvonne, je suis plus Gilbert Bécaud et Aya Nakamura que Eagles of Death Metal). Je penserai aussi à cette liberté, votre liberté, que des barbares ont pris pour des arrêts de mort.

Si les terrasses sont déjà un souvenir un peu flou pour les Parisiennes et les Parisiens, soyez assurés que vos silhouettes y sont toujours confortablement installées. A l'abri des regards et des fous de Dieu.

J'aurais aimé vivre au moins un demi-siècle supplémentaire pour pouvoir défendre mes compatriotes, ce terrible vendredi soir. Mais il paraît que j'avais déjà beaucoup fait pour le pays et qu'il était temps de me reposer. La relève tarde un peu à mon goût.

Les Français n'ont pas le cul sorti des ronces.

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